AKADÉMOS

 

 

Qu’est-ce qu’Akadémos ?

 

Akadémos, qui est aujourd’hui la revue officielle de la Conférence Nationale des Académies, n’était à l’origine qu’un simple bulletin de liaison inter-académique créé  par le médecin-général M. Edmond Reboul - notre fondateur avec le bâtonnier M. Albert Brunois, membre de l’Institut -  qui en a assuré seul la rédaction et la diffusion à l’époque où la CNA n’était encore qu’en gestation. Encore ce bulletin de liaison n’avait-il pas de nom. C’est au congrès de Rouen d’octobre 1994, congrès qui marque la naissance officielle de la Conférence et au cours duquel furent rédigés ses statuts, qu’à l’instigation de M. Albert Brunois la décision fut prise de faire de ce bulletin une véritable « Revue de la Conférence » que M. Edmond Reboul suggéra d’appeler « AKADEMOS,  en mémoire de celui qui, bien involontairement sans doute, fut le parrain de nos respectables sociétés savantes et pluridisciplinaires ». (Akademos n° 11, janvier 1995, page 31).
Tout en continuant à donner les comptes rendus des événements marquants de la Conférence, assemblées générales, réunions de bureau, nouvelles de l’Institut ainsi que des académies membres de la CNA, etc., Akademos s’étoffait et accueillait des articles de fond venus des uns et des autres. C’est ainsi par exemple qu’en avril 1996 le numéro 14, en même temps qu’il rendait compte des célébrations du bicentenaire de l’Institut auxquelles notre Conférence nationale avait été étroitement associée, consacrait  également tout un dossier au centenaire de la mort de Verlaine et au cinquantième anniversaire de celle de Paul Valéry, avec des contributions venant de confrères de différentes académies membres de la Conférence.
La seconde mutation d’Akadémos eut lieu en 2002 lorsque, à l’initiative de l’académie de Besançon alors en charge de la CNA, fut créée La Lettre des Académies. Tandis que celle-ci devenait « l’outil de communication interne » de la CNA (Lettre n° 1 de décembre 2002 ; voir sur le site la page créée à cet effet),  Akademos prenait un nouvel essor,  la CNA ayant décidé de publier, dans une revue que l’on pourrait « diffuser par exemple aux universités, aux municipalités, aux conseils généraux et régionaux », « un choix des meilleures communications ayant figuré dans les publications, mémoires, actes, annales, etc. adressées par les académies au bureau de la CNA ». Au passage, Akademos se voyait attribuer un accent. (In : Akadémos n° 21, juin-septembre 1996, préface de M. Charles Mavaut alors président de la CNA). Ainsi notre revue devenait-elle une sorte de vitrine de notre compagnie.
Aujourd’hui, alors que nombre  d’académies ont numérisé leurs Mémoires et que ceux-ci sont donc consultables en ligne, Akadémos continue sa  route et paraît sous deux formes : les numéros dits intermédiaires accueillent, sous la direction du rédacteur en chef Madame Catherine Lecomte (académie de Versailles), des articles pour la plupart inédits de nos confrères tandis que les Actes de nos colloques, en particulier parisiens, sont, à quelques exceptions près, publiés sous le titre de notre revue.


20 juin 2016.

Françoise L’Homer-Lebleu
Présidente de la CNA 2014-2016

 

AKADEMOS 

 

Numéro 37 - 2019

 

 

 

 

 

LAMARTINE EN POLITIQUE

 Un poète égaré ou l'échec d'un homme d'État

 

  par Jean-Amédée LATHOUD

Avocat général honoraire à la Cour de Cassation

  Membre des académies de Mâcon, Versailles et de Savoie.

 

 

             Si certains de ses poèmes, peu lus aujourd'hui, restent  célèbres,  Lamartine est un écrivain bien décrié « Une cigogne larmoyante » écrivait Lautréamont, un “Tino Rossi du Romantisme “ déplore Henri Guillemin, « une sorte d'Elvis Presley qui avait la capacité par son lyrisme de faire craquer les gonzesses » (Houellebecq ). L'homme politique fluctuant n'est pas pris au sérieux : modéré et légitimiste à la Restauration, le député de Saône et Loire évolua vers le progressisme, avant d'être un républicain militant et de sombrer sous Napoléon III.

 Pourtant acteur essentiel de la Révolution de février 1848, Lamartine  fut celui qui proclama la IIe République. Le chef du Gouvernement Provisoire, confronté à des très graves difficultés économiques et sociales, fut à l'origine de réformes considérables. Il proclama, dans l'agitation du Printemps des Peuples, la paix en Europe.

Soucieux de promouvoir la Fraternité (introduite alors dans la devise de la République) Lamartine au pouvoir trois mois ne rassura pas les possédants, ni les masses rurales et ne fut pas soutenu par les militants de gauche. Après les sanglantes Journées de Juin, il échoua à l'élection présidentielle de décembre, avant de disparaître sous le Second Empire.

 Aujourd'hui encore nos interrogations sur les valeurs de la République, l'importance de la question sociale, la maîtrise des finances publiques et du nécessaire maintien pacifique de l'ordre public invitent à nous souvenir de ce que nous devons à Lamartine.

 Nous examinerons son parcours vers le pouvoir, son œuvre politique locale et Nationale. Nous conclurons enfin en nous interrogeant sur les raisons de son échec et sur l'oubli de la postérité.

 

  Un jeune aristocrate de la Restauration

 Né en 1790 à Mâcon, d'une famille de petite noblesse attachée à la monarchie, Alphonse de Lamartine suit ses études secondaires au collège de Belley de 1803 à 1808. En 1812, son père le fait nommer Maire de Milly, par son ami le préfet de Saône et Loire, ce qui, à 22 ans, le fait échapper à la conscription napoléonienne. Pendant les Cent jours il s'engage dans les Gardes du corps du Roi Louis XVIII avant de s'enfuir quelques temps en Suisse. Il démissionne de l'armée lors de la Restauration. Gentleman campagnard du Mâconnais, il vit de sa fortune à Paris et dans ses propriétés familiales de Milly, Saint Point et Monceau.

 Il va connaître un succès littéraire immense lors de la publication des " Méditations poétiques (1820), les nouvelles méditations (1823), les harmonies poétiques et religieuses (1830) ", suivies de "Jocelyn " (1836). A trente neuf ans élu à l'Académie française, il atteint la gloire de « l'immortalité ».

 Légitimiste, défenseur de la Charte, il écrit une ode très conventionnelle sur " La naissance du duc de Bordeaux " (1820) et un " Chant du sacre en l'honneur de Charles Xen 1825.

 Il entreprend plusieurs voyages à l'étranger : il est attaché d'ambassade quelques mois à Naples en 1820, puis de 1825 à 1828 premier secrétaire à l'ambassade de France à Florence. Il effectue en 1832-1833 un voyage en Orient, de la Palestine au Liban, et revient par la Turquie.

 

 L'entrée en politique après la Révolution de Juillet 1830

 Apres les Journées de juillet, Alphonse de Lamartine donne sa démission de la diplomatie. Totalement libre, il va se consacrer à la politique :

1830, c'est la renaissance de la liberté, la fin de l'absolutisme  avec un roi des Français qui accepte le parlementarisme. C'est aussi l'irruption du peuple, « ce personnage nouveau et imprévu » (Leroux) célébré par les Romantiques qui s'en font les porte- parole.

 En juillet 1831, Lamartine s'était  présenté pour la première fois à la députation dans le Nord à Bergues dans les Flandres. Il est  localement soutenu par son beau frère le Baron Coppens notable à Hondschoote. Dans cette élection au suffrage censitaire il est battu, mais pendant la campagne électorale il avait publié  un texte important, "La réponse à Némésis"Ce texte en vers est une réplique à l'hebdomadaire local « le Némésis » qui lui reprochait d'avilir sa muse, par ambition politique et de solliciter les voix des libéraux, lui, le légitimiste chrétien. Le poète répond qu'il a le droit d'oublier son art quand la patrie est en danger et de s'engager au nom de sa foi religieuse et de son idéal de liberté.

 La même année 1831 il publiait à Paris " De la politique rationnelle". Dans cet ouvrage Lamartine invite le lecteur à ne pas se désoler du passé mais à analyser lucidement les transformations sociales en cours, fondées sur les principes de liberté et d'égalité, la vérité évangélique. Selon le poète la charité et la liberté doivent inspirer la marche en avant de l'humanité, l'éternelle lutte sociale, la marche progressive des idées et des choses.

Il expose que la France « a besoin d'un homme complet dans l'intelligence et la vertu, résumé sublime et vivant du siècle, fort de la force de sa conviction et de celle de son époque, un Bonaparte de la parole, ayant l'instinct de la vie sociale et l'éclair de la tribune, palpitant de la foi dans l'avenir, un Christophe Colomb de la liberté, capable d'entrevoir l'autre monde politique, de nous conduire par la persuasion de son éloquence et de la domination de son génie » ...Auto portrait ?

Il propose un gouvernement représentatif ouvert à la discussion et la recherche du consentement commun (« qu'on le nomme président ou roi, peu importe »....); il refuse le pouvoir aristocratique héréditaire. Il défend la liberté de la presse, un enseignement libre, répandu et gratuit. Il est partisan de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, de l'élection proportionnelle et universelle, d'une réforme de la législation criminelle fondée sur la réinsertion et l'abolition de la peine de mort. Il veut un Etat qui administre sans les excès de l'administration centralisée.

 

Un député évoluant du soutien à la monarchie de juillet à l'opposition de gauche

 En 1833, Lamartine se présente une seconde fois à la députation dans le Nord à Bergues à proximité de Dunkerque : il est élu ; il  sera  réélu en Flandres une seconde fois en 1834. A la Chambre jusqu'en 1837 le député légitimiste évolue vers un soutien critique au gouvernement  de  Louis-Philippe,  revendiquant  d'être au dessus des partis. Il intervient à la tribune sur la question d'Orient et en faveur de l'enseignement secondaire ;  il réclame des enquêtes permanentes sur  les maladies industrielles  (1834), il plaide pour la liberté de la presse et la suppression de l'esclavage  (1835), l'abolition de la peine de mort (1836).

 Lamartine , philanthrope  et chrétien,  souhaite  un vaste  système de charité sociale. Il n'est pas partisan  de l'intervention de l'Etat  dans l'économie  mais  s'inquiète en 1835 à la tribune du « sort des classes laborieuses, de ces masses de prolétaires si souvent foulées sous nos lois aveugles ». En désaccord avec le socialisme de Fourrier, les Saint -Simoniens et le collectivisme des communistes, il plaide pour que les travailleurs de l'industrie en cas de chômage obtiennent au moins une indemnité de subsistance.

Agitant le spectre de l'émeute et de la révolte sociale, il espère convaincre la majorité conservatrice et « Louis - Philipparde » qu'il est de l'intérêt même de la société de faire preuve d'humanité en faisant reculer la misère et les souffrances du prolétariat. « La question des prolétaires est celle qui fera explosion dans la société actuelle, si les gouvernements se refusent à la sonder et à la résoudre.»

 Aux élections législatives de 1837, Lamartine élu à l'unanimité à Bergues opte néanmoins pour la circonscription de Mâcon. Il sera ensuite confortablement réélu au suffrage censitaire dans sa ville natale en 1839 ,1842 et 1846.

 Partisan de réformes, Lamartine en 1838 exprime avec éloquence à la tribune parlementaire son hostilité au principe des concessions des lignes de chemin de fer accordées aux sociétés privées : dans plusieurs discours jusqu'en 1845, il plaidera pour les nationalisations. Dés 1839, il s'oppose avec vigueur au chef de la majorité gouvernementale Adolphe Thiers. Il s'exprime encore sur la question d'Orient. Dans la perspective de la dislocation prévisible de l'empire ottoman il propose une répartition de protectorats entre les grandes puissances respectant les nationalités (1839 et 1840). Il propose des reformes ambitieuses sur l'enseignement secondaire. Il demande une nouvelle fois l'abolition de l'esclavage. (1840).

 En 1841, en réponse au poète allemand Becker qui publie un nationaliste et guerrier  " Rhin allemand ", Lamartine signe  une " Marseillaise de la paixpacifique où il célèbre le Rhin libre et paisible : que « les sept couleurs, arc en ciel de la paix, serpentent dans tes eaux » !

 A la fin 1841, Lamartine, à la demande de plusieurs amis, croit pouvoir présenter sa candidature à la présidence de la Chambre. Erreur d'appréciation : lors du scrutin, le 28 décembre il est sévèrement battu (64 voix sur 309 votants). Seule la gauche modérée lui a accordé ses suffrages ; son parti est alors pris, et il se détache définitivement des conservateurs. Après avoir sommé sans succès les ministres au cours des années précédentes de ne pas gouverner par la peur et la répression, de ne pas s'arrêter à 1'égoïsme des propriétaires mais de répondre aux besoin des masses, Lamartine en est venu à souhaiter un gouvernement démocratique. Il est maintenant clairement dans l'opposition.

 Ses interventions ultérieures à la Chambre le positionnent à gauche. Il s'oppose violemment au ministère Soult- Guizot : « Ils se cramponnent immobiles et toujours tremblants à quoi que ce soit!» (1842). Il prononce de grands discours sur le droit au travail (1844), contre les crédits pour les fortifications de Paris, inutiles sauf si le pouvoir se prépare à une guerre civile (1845). Il plaide, contre le catholicisme religion d'état, pour la liberté des cultes (1845). Le 10 juin 1846 il dénonce avec des mots sévères la dictature militaire en Algérie et accuse longuement l'armée qui extermine les populations rebelles, de crimes de guerre.

 Dans ces discours engagés Lamartine manifeste un grand talent oratoire, faisant vibrer ses publics avec des illuminations lyriques, des improvisations inspirées, un romantisme démocratique. Son éloquence capte l'émotion des auditeurs et des lecteurs. Ses convictions progressistes sont en phase avec la montée dans l'opinion de l'opposition au régime de Louis - Philippe.

 Sans illusions sur la Chambre, Lamartine qui a son domicile parisien 82 rue de l'Université ne se rend plus guère au palais Bourbon. Il mène activement la bataille de l'opinion dans la presse, à Paris et en province. En 1847 il interrompt son silence de la tribune par la publication d'un immense succès de librairie " L'histoire des Girondins " qui raconte avec souffle et talent la Révolution française. Son analyse historique n'est pas scientifique mais dans cette ardente épopée il distingue clairement les crimes condamnables de la Terreur du mouvement de 1789, dont il veut ressusciter le feu sacré. Lamartine réhabilite les héros de la République et veut rassurer le peuple des campagnes et la bourgeoisie. Dans une « France qui s'ennuie» (1839) minée par la médiocrité et la corruption du régime, Lamartine exalte la grandeur de la France et de ses principes, il magnifie de grandes actions et de grands hommes . Cet ouvrage contient des récits enflammés des grands moments de la Révolution et des analyses pertinentes sur les personnalités qui s'affrontent.

 Le 18 juillet 1847 Lamartine est le héros à Mâcon d'un grand banquet donné en son honneur. Dénonçant la corruption des élites et les spéculateurs il annonce dans son discours, en déchaînant l'enthousiasme,« la révolution de la conscience publique, la révolution du mépris»La presse nationale et son journal mâconnais " Le Bien public ", donnent une grande résonance à cette manifestation locale qui restera célèbre dans l'histoire sous le nom de « banquet des Girondins ». La popularité du poète engagé et de l'orateur est considérable dans le pays.

 

 Un élu local mâconnais bien implanté 

Car depuis 1837, l'homme politique s'est fortement implanté dans sa circonscription de Mâcon. Élu député par un collège électoral d'environ 300 notables, l'ascendance aristocratique de Lamartine, sa notoriété à Paris, sa fortune rassurent « les possédants ». Progressivement il s'est ensuite détaché du régime et de sa politique égoïste pour adopter des opinions progressistes : il réussit à rassembler sur sa personne de larges secteurs de l'opinion publique locale, depuis les modérés jusqu'aux hommes du mouvement. Il a autour de lui en Mâconnais des agents électoraux actifs et fidèles qui constituent un véritable « parti Lamartine» : MM. Aubel, substitut du procureur du Roi, Febvre, conseiller de préfecture, Ronot avoué, Dubois, maire de Château, le docteur Fouillard, maire de Romanèche-Thorins, Claude Guigue propriétaire viticole à Nancelles, Pierre-Henry de Lacretelle châtelain à Cormatin, Elie Bruys notaire de Matour, le maire de Mâcon Charles Rolland ,avocat et journaliste, et venant de la gauche après leur ralliement ,le savant Mathieu et le juge de paix Duréault.

 Son journal mâconnais "Le Bien publicdiffuse localement son programme, ses idées, ses discours.

 A la Chambre des députés, Lamartine intervient activement en faveur de sa circonscription : en 1835 il s'oppose au transfert de la préfecture à Chalon sur Saône ; en 1836 il plaide en faveur d'un régime douanier de libre échange en faveur de la viticulture ; en 1842 il obtint que le terminus de ligne de chemin de fer soit Mâcon et non Chalon ; en 1840 il fait voter un crédit de 150 000 f en faveur des sinistrés des inondations de la Saône ; en 1841 il obtient la transformation du collège municipal de Mâcon en collège royal. Apres l'émeute des portefaix de Mâcon qui, le 9 septembre 1844 avaient violemment manifesté contre les négociants voulant porter atteinte à leur monopole, il intercède publiquement pour modérer la répression judiciaire.

 Lamartine président du Conseil général de Saône et Loire depuis 1836 fait voter par sa majorité départementale des vœux et des crédits pour soutenir l'agriculture et la viticulture locale : développement des engrais et de l'outillage, du drainage, des défrichements, vœu pour le partage des communaux, organisation de comices agricoles, encouragements aux fermes modèles. Convaincu que le développement de l'instruction doit être une priorité démocratique, il favorise dans son département l'enseignement agricole, les écoles communales gratuites, la rémunération des instituteurs par la collectivité, l'attribution de bourses, la création d'une école normale. L'assistance aux « classes pauvres souffrantes » s'exprime par une politique en faveur de l'accueil des enfants trouvés ou abandonnés (discours  du 30  Août 1845),  par des actions visant à l'extinction de la mendicité et l'assistance médicale gratuite en faveur des indigents.

Le Conseil général de Saône et Loire vote des crédits visant à l'amélioration des communications (routes, canaux et batellerie). Mais nous voilà en 1848 : Lamartine va rentrer dans !'Histoire de notre pays.

 

Trois mois au pouvoir...

 A Paris en février 1848, dans la confusion des journées révolutionnaires, c'est avec une grande intelligence des situations qu'il fait repousser par la Chambre des députés la Régence et va faire proclamer la République à !'Hôtel de Ville le 24 février. Il devient en fait le véritable chef d'un gouvernement provisoire improvisé ,présidé par le vieux Dupont de l'Eure, qui siège sans désemparer sous la pression permanente de la rue et prend un certain nombre de décisions immédiates considérables:

Le 25 février, annonce d'élections nationales au suffrage universel ;

Le 27 février, promesse d'une politique sociale généreuse (création de la Commission du Luxembourg et des Ateliers Nationaux) ; abolition de la peine de mort en matière politique ;

Le 4 mars, proclamation de l'abolition de l'esclavage.

Face à l'agitation de la foule de Paris, Lamartine reçoit chaque jour des délégations de citoyens très disparates qui lui présentent leurs revendications ; il exerce un véritable ministère de la parole, décrivant les aspirations démocratiques et pacifiques du nouveau régime et repoussant les désordres. Il rassure « les gens de biens » inquiets pour leurs propriétés et les ouvriers remplis d'espérance. Proclamant avec lyrisme, la liberté, l'égalité et la fraternité, il réussit à éviter la guerre civile. Les clubs, les groupes de discussion avec des badauds et des militants se multiplient pour imaginer dans des discussions interminables un autre avenir possible: c'est « le printemps lyrique »...

 Ministre des affaires étrangères prestigieux et prudent, il affirme dans une circulaire datée du 4 mars adressée à nos ambassadeurs, que la France révolutionnaire - contrairement à celle de 1792 - aura une politique de paix. La France ne fera la guerre à personne, soutiendra avec fraternité les mouvements d'émancipation démocratique des nationalités (comme en Italie ou en Allemagne). Elle annonce cependant sa non intervention si elle était sollicitée. La France ouvre ses frontières aux réfugiés politiques, notamment les Polonais, les Irlandais. Rappelons qu'en 1851, 6% de la population parisienne était d'origine étrangère (Allemands, Belges, Italiens et Savoyards.)

 Sur le plan judiciaire on peut citer l'engagement d'Adolphe Crémieux ancien avocat au Conseil, ministre de la justice de février à juin 1848 et qui le redeviendra en 1871. C'est depuis un décret du gouvernement provisoire que toutes les décisions de justice commencent  par la mention « au nom du peuple français ». Crémieux  supprime le serment de fidélité des magistrats à la Couronne mais signe le décret du 17 avril 1848 selon lequel « l'inamovibilité de la magistrature est incompatible avec le gouvernement républicain ». Une épuration -modérée il est vrai - frappe des magistrats de la Cour de Cassation et de la  Cour des Comptes, des magistrats du parquet et des juges de paix. ( L'épuration que Crémieux dirigera une seconde fois en 1871 sera beaucoup plus brutale.)     Une « Commission de réforme de l'organisation judiciaire» avait été mise en place par un décret du ministre Crémieux le 2 mars 1848. Elle rendra son rapport en juillet 1848 proposant - déjà- une diminution du nombre des cours d'appel, un seul tribunal départemental, la présence de jurés en correctionnelle et à la chambre des mises en accusation.

Les élections générales au suffrage universel masculin, du 23 avril 1848 sont un triomphe pour Lamartine élu à plus de 90% des suffrages dans dix départements. Il opte pour la Seine.

Rassurant pour la droite et progressiste pour la gauche, il est invité à prendre la direction du pouvoir et à diriger le pays. Mais Lamartine ne veut pas se séparer sur sa gauche de Ledru-Rollin, leader des démocrates socialistes. En désaccord avec la droite de l'Assemblée, il le fait élire à ses côtés à la Commission exécutive, dans un contexte de très grave crise économique, financière et sociale.

Certes le Gouvernement a déjà engagé de nombreuses réformes concernant la réduction du temps de travail ( La durée journalière est fixée à 10 heures), l'interdiction du marchandage de main-d'œuvre, le dialogue social avec la création des conseils de prud'hommes, la démocratisation de la Garde Nationale dont les chefs sont élus, mais il envisage encore de moderniser la fiscalité ( création d'un impôt progressif et d'un impôt sur les successions), le rachat par l'Etat ( c'est à dire la nationalisation) des assurances incendie et des chemins de fer, une vaste réforme de l'enseignement avec augmentation du traitement des instituteurs.

 La commission exécutive se heurte progressivement à la majorité conservatrice des représentants de plus en plus réticente et se fracasse, (après avoir confié les pleins pouvoirs au général républicain Cavaignac, pacificateur de l'Algérie) sur l'échec des Ateliers nationaux et les terribles Journées de Juin au cours desquelles plus de 5000 parisiens, trouvent la mort sur les barricades, 1500 sont fusillés sans jugement, un millier condamnés à la prison ou à la déportation.. La République a fait tirer sur les ouvriers.....en attendant la Commune de Paris en 1871!

 A l'automne 1848, à l'Assemblée Nationale, Lamartine vote la Constitution de la deuxième République caractérisée par une séparation des pouvoirs absolue entre une assemblée unique élue au suffrage universel et un président de la République élu lui aussi au suffrage universel. Lamartine  ne mesure pas  qu'en cas de conflit entre ces deux pouvoirs indépendants, faute de régulation, un coup d 'Etat est inévitable. En décembre, il croit devoir se présenter à l'élection présidentielle au suffrage universel. Son échec est total: alors que Louis-Napoléon compte 5 434 000 voix, Lamartine ne recueille que 17 210 voix (0,23% des suffrages exprimés) : selon Victor Hugo, à l'Assemblée Nationale, un éclat de rire accompagnât la proclamation de ce résultat ! Dans  " l'Education sentimentale ", l'homme du peuple de 1848 s'écrit:« Assez de lyre ! »

En Saône et Loire, abandonné par la droite et le centre gauche, rejeté par le mouvement démocrate - socialiste, Lamartine n'obtint que 2 % des suffrages exprimés (dix fois moins que Louis-Napoléon), 7,2 % en Mâconnais..... Réélu député difficilement en 1849, malgré son ralliement « à l'ordre et à la propriété », Lamartine solitaire, disparaît progressivement de la scène politique.

En décembre 1851 lors du coup d'état, présent à son château de Monceau il prétexte la maladie, pour refuser de se joindre à la  petite troupe de militants  républicains, venus de Saint Gengoux et de Cluny pour aller manifester à Mâcon.

Eugène Schneider le très puissant maître de forges du Creusot, futur président du Corps législatif et ministre de Napoléon III, est nommé à sa place à la présidence du Conseil général de Saône et Loire.

Sous le Second Empire, hostile au nouveau régime, ruiné, Lamartine se mure dans l'amertume et le silence avant de mourir aphasique le 28 févier 1869.

 

L'échec politique de Lamartine et de l'éphémère Révolution de 1848

 Que reste t'il aujourd'hui de Lamartine, bien oublié des lycéens ? Une statue de Falguière à Mâcon, le nom d'une salle à l'Assemblée nationale, le discours pour le drapeau tricolore contre le drapeau rouge prononcé sur les marches de l'Hôtel de ville le 25 février 1848 ?

L'orateur romantique,« le prince des tribunes», le chef du gouvernement provisoire de « la République démocratique et sociale »,qui a imposé avec panache de grandes réformes politiques a échoué au bout de quelques semaines en 1848. Pourquoi ? Henri Guillemin soutient que les « possédants » et les « gens de biens » ont cassé les reins à ce héros qui, selon eux, avait trahi sa classe...Cela n'est pas faux, mais est ce suffisant?

En effet, Lamartine, dont la notoriété en février est considérable à Paris et dans le pays est un homme seul. Il ne dispose pas dans le pays d'un parti de cadres ou de militants  politiques susceptibles d'inspirer, de soutenir et  d'expliquer son action dans les campagnes, de sélectionner des candidats aux scrutins locaux. Les Républicains pendant le Second Empire retiendront la leçon et sauront s'organiser en 1870.

 Le Gouvernement révolutionnaire de la République, constitué d'hommes sans expérience ministérielle, a des méthodes de travail encore incertaines : échappant progressivement à la pression populaire permanente de ses débuts, il ne se réunit guère collectivement pour délibérer ; il est en principe présidé par un vieillard illustre, survivant du Directoire, Dupont de l'Eure; il n'a pas de secrétariat général, les cabinets ministériels sont embryonnaires . On comprend que les gouvernants aient décidé par décret du 8 mars 1848, le principe d'une Ecole Nationale <l'Administration...

 Les hommes de 1848 n'ont pas de réponses appropriées aux très graves difficultés économiques, bancaires et financières que traverse le pays depuis les années 46-47.

Lamartine, poète inspiré mais sans aucune formation supérieure, bien mauvais gestionnaire de sa fortune personnelle, ne dispose pas de connaissances économiques suffisantes, lui permettant de comprendre et de faire face aux terribles enjeux de la crise et au mouvement social. Les puissances financières lui sont hostiles.

Lamartine et son gouvernement, sont confrontés aux multiples « journées » de violence qui agitent Paris et constituent une pression permanente sur leur politique (journées du 25 février, des 16 et 17 mars, du 16 avril, du 15 mai et de juin 1848...). Les techniques démocratiques du maintien de l'ordre public dans la rue sont encore inconnues : Caussidière, ancien agitateur professionnel avec sa milice militante de "Montagnards", est un bien mauvais préfet de police de Paris. Certes Lamartine, sur ses deniers personnels, verse en secret des fonds aux leaders d'extrême gauche Blanqui et Barbès, en échange de leurs informations et de leur modération. Mais la réponse aux troubles urbains par  le recours à  une Garde Nationale peu sûre, à  une  Garde municipale mobile constituée de jeunes engagés prolétaires qui veulent en découdre ou à !'Armée qui a pacifié l'Algérie dans le sang , n'est pas appropriée...

 La cécité institutionnelle de Lamartine lors du débat constitutionnel de l'automne 1848, désole. Le poète, l'orateur romantique, l'homme adulé de l'opinion qui avait bien perçu pendant un certain temps les attentes populaires et discerné les troubles desseins du prétendant impérial, n'était pas un juriste. La République le paiera cher en 1851...

Lamartine gloire littéraire, historien inspiré, orateur lyrique, démocrate généreux avait recueilli de 1833 à 1848 dans de multiples élections la majorité du suffrage censitaire des notables et des « gens de bien ». Mais avait il perçu, pour la conquête et la gestion du pouvoir démocratique, les enjeux nouveaux du suffrage universel qu'il avait proclamé ? On peut s'interroger.....Hélas Louis-Napoléon, lui, avait compris le parti qu'il pouvait tirer du vote populaire ...

 

« Dans ces jours de crise sociale, tout homme qui vit pleinement à deux tributs à payer : un à son temps, un à la postérité. » Avertissement à La chute d'un ange

 Lamartine restera silencieux après le coup d'état de 1852. Ruiné il acceptera même en 1867 une pension de Napoléon III pour vivre.

Acteur malheureux de« l'illusion lyrique» de 1848, sa mémoire reste t'elle présente dans l'histoire politique de notre pays ? Après leur échec politique « Les vieilles barbes de 48 » furent longtemps discréditées. L'emphase oratoire passée de mode, le romantisme sentimental brisé par le coup d'état, l'idéalisme social sombrant dans les fusillades de juin, la réussite économique du second empire expliquent le silence après 1870 des Républicains sur leurs prédécesseurs de la gauche de gouvernement.

 Néanmoins sous la IIIe république à la tribune de la Chambre Gambetta, Ferry, Jaurès, Briand, Barthou et Herriot seront des orateurs, héritiers du progressisme lyrique de Lamartine.

Apres la seconde guerre mondiale les avocats maîtres de l'éloquence deviendront moins nombreux à la tribune de l'Assemblée nationale, remplacés au fil des années par les anciens élèves de l'Ecole Nationale d'Administration.

Le 23 février 1998 Laurent Fabius, président de l'Assemblée Nationale, ouvrant le colloque organisé au palais Bourbon pour le cent cinquantenaire de 1848, ne fera qu'une seule allusion au Lamartine ministre des affaires étrangères.

Le 14 janvier précédent le premier ministre, Lionel Jospin, répondant à une question orale sur les commémorations nationales de l'année, se limitait aux 150 ans de l'abolition de l'esclavage (à laquelle accusait il, dans le tumulte, la droite avait été hostile). Il ne citait ni la IIe République, ni Lamartine. (JO, Ass. Nat. 1998, Débats p.277)

 Edgar Faure et Léopold Senghor s'étaient souvenus quelques années auparavant de ce qu'ils devaient à l'engagement politique du chef du gouvernement provisoire (Actes du colloque de Mâcon, mai 1969).

Mais c'est François Mitterrand qui, dans un bel article de !'Unité, écrit au lendemain d'un dimanche de Pentecôte à la roche de Solutré et republié dans " la paille et le grain (1975), avouera sa profonde tendresse pour Lamartine, dont « certaines pages sont au premier rang des œuvres littéraires et politiques de son siècle ». A Mâcon le 12 octobre 1990 à l'occasion d'un colloque organisé pour le bicentenaire de la naissance de Lamartine, le président de la République célébra les mérites de l'homme politique qui désirait plus d'égalité et de justice entre les hommes, voulait changer le monde, son temps et les choses. Pour lui, si Lamartine avait évolué dans ses choix politiques, changé d'opinions, eu des revirements il n'avait jamais pris le parti des sceptiques et il avait su contribuer à la transformation de la société. Certes pour François Mitterrand l'illustre Mâconnais, qui venait d'un milieu conservateur, était « individualiste, comme chacun d'entre nous, mais il rêvait d'une organisation de la société qui limitât les excès de l'individualisme qui se reportait sur l'instinct de classe ». Il loua encore dans son discours celui qui  avait  pris  des  risques,  salua  sa  souplesse d'esprit, sa faculté de conciliation, sa capacité de discerner des perspectives d'avenir. François Mitterrand, rappela à Mâcon ce soir là, à propos de Lamartine - et il savait de quoi il parlait - que « l'histoire est la rencontre d'un individu et d'un événement » !        Alors François Mitterrand, héritier de Lamartine ?

 Christophe Barbier, dans « les derniers jours de Mitterrand » a fait le parallèle entre les deux hommes politiques, tous deux issus de milieux de province conservateurs, nés catholiques avant de finir mystiques, grands séducteurs et ambitieux. Mais pour lui « Rêver d'être Lamartine et choisir d'être Thiers, parce que Thiers « arriva » et que Lamartine "échoua ", c'est peut être le drame intime de François Mitterrand, l'amertume de son succès ».

  Georges-Max Benamou dans son livre « Dites leur que Je ne suis pas le diable » (2016) consacre lui aussi un chapitre aux deux hommes, intitulé « Il faut venger Lamartine ! » Son jugement est  différent. Pour lui  Mitterrand, passé de la droite à la gauche,  avait longuement médité les raisons de l'échec du poète - un naïf en politique - ses fautes de stratégie et d'alliance, son isolement.  " Lamartine était son double de l'autre siècle qu'il avait vengé de l'humiliation républicaine de décembre 1848....les ennemis de Lamartine avaient été les siens aussi... il a réussi là où Lamartine a échoué ; conquis le peuple sans céder au populisme. Il avait déjoué la fatalité lamartinienne."

 

 

Portrait de Lamartine par Henri Decaisne - 1839 - Musée des ursulines Mâco

 

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LE CORBUSIER

ET LA FILIATION DU MODULOR


Corps de l'homme et rapports mathématiques

 


par Jean-Pierre Dufoix
  architecte

                                                                                               inspecteur général des monuments historiques                                                                                                professeur à !'École spéciale d'architecture

  enseignant à l'Université de Paris IV Sorbonne (h)

    membre de !'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier

 

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              Avec les remerciements de l'auteur à la Fondation Le Corbusier pour l'autorisation de reproduction du modulor copyright © FLC /ADAGP.

 

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LE CORPS DE L' HOMME a constitué en octobre 2015 à Paris, à l' hôtel Pereire, siège de la Fondation Simone et Cino del Duca, Institut de France, sous la présidence d'honneur de Mr Bernard Bourgeois, Président honoraire de l' Académie des Sciences morales et politiques, le thème de la Conférence Nationale des Académies des Sciences Lettres et Arts. Parmi les communications, certaines ont évoqué les rapports entre anatomie et mathématiques : elles m'amènent à prolonger cette réflexion sur un point qui m'a concerné personnellement. Que l'on me permette, sans perdre de vue le corps de l' homme, d'élargir le sujet jusqu' à l'architecture de Le Corbusier!

Mon accession professionnelle à l'œuvre de Le Corbusier, lors de travaux de restauration que j'ai dirigés comme architecte en chef des Monuments historiques dans les années 1980-1990 à la Cité radieuse de Marseille, Unité d'habitation de grandeur conforme- ce titre est déjà tout un programme pour le sujet qui nous intéresse- , m'a conduit à m'interroger et à solliciter l'avis de la Fondation Le Corbusier chaque fois que le dessein originel du Maître risquait d'être altéré. En effet, dans une stricte orthodoxie, certains travaux de remise en état de parties défectueuses seraient-ils compatibles avec les proportions initialement prévues ? Mes confrères et consœurs qui ont pris la parole dans le cadre du colloque 2015 de la Conférence nationale des Académies m'ont donné à réfléchir selon une approche un peu différente de la leur, liée au sujet en raison de travaux d'architecture dans le domaine très concret d' un chantier. Sur un édifice, par ailleurs Monument historique classé, il s'agissait bien évidemment de respecter les cotes en référence au Modulor, c'est-à-dire selon une échelle qui utilise à la fois le corps humain et les rapports mathématiques en lien étroit avec ce que l'on a baptisé la section dorée ou section d'or. J'ai lu, sur ce sujet , des ouvrages bien souvent contradictoires se rapportant aux tracés régulateurs, à la part que représentent les mathématiques, en particulier le nombre d'or, dans la composition architecturale et dans la reconnaissance de la beauté de certaines formes.

Les Académies, de Platon à nos jours, ont débattu avec passion de ces questions. Comme au temps de Pascal, opposant l'esprit de.finesse à l'esprit de géométrie,deux camps s'opposent. Que les éminents spécialistes de Teilhard de Chardin que sont certains de mes confrères, membres de l'Académie de Montpellier, m' autorisent à lui emprunter en la détournant - mais cela a-t-il un sens? - une terminologie dont j'admets qu' elle est bien inhabituelle sur un pareil sujet. Il écrit qu'il s'agit parmi les Hommes de deux catégories d'esprits irréductibles. Il y a d'un côté ceux qu'il appelle les physicistes (qui sont les mystiques). Il y ad'un autre côté les juridiques qui ne peuvent opter que par des raisonnements. Les uns et les autres ne se comprendront jamais, souligne-t-il. Je n'ai pas la moindre prétention de pouvoir pénétrer l'évolution organique vers le corps du Christ, le Christ cosmique. autrement ditl' évolution ou la construction de l'univers en Christà laquelle renvoie sa conception physiciste. Aussi emploierai-je ce terme ainsi que celui de juridiquesans aucune connotation religieuse. Je n' ai pas d' excuse pour cette impertinence !                                                                                                              Juridique de tempérament pour ce qui me concerne, j'ai abordé avec curiosité, circonspection mais ouverture à des idées qui n'étaient pas les miennes les ouvrages de mon confrère aujourd'hui disparu Georges Jouven, architecte en chef des monuments historiques, docteur ès lettres mais mathématicien, physiciste mais juridiquedans son cheminement intellectuel. Bien que je doive déclarer en toute modestie que je n'ai pas été en mesure de le suivre dans des démonstrations mathématiques complexes, son approche de ces questions m'a donné à réfléchir. Ses livres ont été publiés vers la fin du vingtième siècle dans le droit fil des théories du «pape» du nombre d'or, Matila Ghyca. Le Corbusier y a lui-même adhéré. De là est né le Modulor. Je voudrais en rappeler l'historique, m'intéressant d'abord aux origines, au bond en avant engendré par la Renaissance ensuite et à la pensée contemporaine enfin dans laquelle Le Corbusier trouve sa place.

Partant de notre temps et de Le Corbusier pour remonter jusqu'aux mathématiques grecques du troisième siècle av. J.C., souvenons-nous qu'Euclide définissait le rapport entre deux segments sur une droite que partageait un point par les termes de partage  en  extrême  et  moyenne  raison. Ce rapport permettait, entre autres, de construire plus facilement un pentagone ou un décagone régulier. Si j'en crois les spécialistes, il n'aurait pas semblé qu' Euclide ait donné à sa découverte un prolongement qui ait pu sortir du strict domaine des mathématiques.

La référence aux Grecs est à prendre avec prudence, bon nombre de chercheurs au dix-neuvième siècle - le pionnier germanique Henszelmann serait du nombre - ayant pu confondre la pensée du philosophe avec leurs propres théories sur le rapport entre Science et Esthétique. Ainsi que le rappelait très justement notre confrère le professeur Jean Nonnoit, membre de l'Académie d'Aix-en-Provence, dans son exposé sur La représentation anatomique. Du néant au modèle informatique ...,auquel je renvoie le lecteur : « On cherche une harmonie des proportions ...» (Actes du colloque, page 214). Toutefois, ne reste-t-il pas à apporter la preuve que, avant le dix-neuvième siècle, ces mesures prenaient pour référence le partage en extrême et moyenne raison, la future section d'or ?

En 1498, le moine Fra Luca Pacioli, par ailleurs professeur de mathématiques, cherche à établir une justification par la science des proportions qui lui paraissent les plus heureuses. Le traité qu'il a établi De divina proportione présenterait un intérêt limité, au dire des spécialistes, bien qu'il comporte des illustrations signées Léonard de Vinci. Léonard dessine le corps humain, inscrit dans un carré et dans un cercle, d'après les indications qu'avait données Vitruve (ci-dessous à gauche) mais aucun message se rapportant à une quelconque proportion idéale ne nous a été laissé par le peintre. Un autre dessin de corps inscrit dans un carré est connu sous le crayon de Cesare Cesariano (ci-dessous à droite).

 

 

                                                     L'Homme de Vitruve                                                                                                           Dessin de Cesare Cesariano

 

  À Côme, en 1521, le même Cesare Cesariano  traduit en italien  le traité de Marcus Vitruvius Pollio, De architectura libri decem, dont la façade du duomo de Milan (ci-après) constituera une parfaite illustration.

 

 

                                 

                                                                                                                 Il Duomo  (Milan)

 

L'art qui se développe au seizième siècle transfigure le corps humain dans cette lumière nouvelle qui est celle de la Renaissance. La modernité est dans le beau comme dans le bon, indissociables dans une pensée qui, par delà les textes bibliques, se trouve dans le droit fil de la tradition platonicienne.

Le désir d'une justification mathématique de la beauté va se traduire par un approfondissement des recherches. En ce qui concerne les monuments, on ne peut nier, par exemple, à la vue de telle façade jugée très harmonieuse, la compatibilité de son tracé et d'une forme géométrique simple, carré, circonférence ou triangle équilatéral. Par contre, on ne peut que constater la dérive que représente, a posteriori, l'établissement des multiples tracés régulateurs : carrés, triangles et cercles, que l'on s'ap­plique à inscrire sur un dessin en plan ou en élévation. Bien que le nombre des tracés inscriptibles sou­vent très complexes relativise le choix de la figure de référence, il en résulte pour certains l'assurance du beau par la géométrie. Comme Hentszelmann, le chercheur n' invoquerait-il pas les mathématiques afin d'apporter la justification de ce qu'il cherche, appliquant sa propre démarche pour en déduire celle du concepteur, avec les risques d'erreur et de contresens que cela comporte ! Georges Jouven indique qu'il a étudié quatorze propositions de tracé régulateur du plan du Parthénon et qu'il en a établi une quinzième, ce qui implique pour lui que les quatorze premières étaient inexactes, voire complètement fausses. Qu'en est-il de sa proposition personnelle alors que d' autres sont apparues depuis, et même assez récemment ! D'ailleurs, lorsque, effectivement les tracés géométriques ont été utilisés à l'appui de la conception , cette manière de procéder,  aux résultats incertains, laisse  sceptiques bon   nombre de plasticiens et d'architectes auxquels je me joins, me reconnaissant sur ce point juridiquedans le sens du mot que j'ai indiqué. Le renfort possible des Égyptiens et des Grecs ne me convainc pas et le théorème du polytechnicien Hermite, énoncé au dix-neuvième siècle, suffit pour moi à écarter les constructions échafaudées par quelques nouveaux mais prétendus Euclide car deux longueurs prises au hasard peuvent toujours être reliées par un grand nombre de constructions géométriques de caractère simple. Laquelle serait alors la bonne ?

Comme pour la référence à l'anatomie, la géométricité du dessin architectural semble n'avoir à la Renaissance aucune relation avec le nombre d'or. Existe-t-il seulement à cette époque un texte qui puisse en faire état ? Il n'est pas contestable qu'il figurerait en bonne place dans la multitude d'études qui ont été menées sur ce sujet. Aucun texte semble-t-il, ont également souligné les chercheurs, n'en porte trace avant le dix-neuvième siècle. L'argument généralement avancé par les inconditionnels des tracés régulateurs, et plus tard du nombre d'or, est celui de la confidentialité et de l'ésotérisme.

Sur le plan qui est strictement celui des mathématiques, en 1596, Kepler cautionne le partage en extrême et moyenne raison d'Euclide.

Après lui, les philosophes et mathématiciens des dix-sept et dix-huitième siècles n'ont apparemment pas laissé de traces dénotant un intérêt particulier pour cette question, mais les secrets auraient été transmis par les Initiés. Les noms de Jules Hardouin Mansart et de Nicolas Ledoux sont avancés comme étant ceux d'architectes ayant fait partie de ces initiés.

C'est en 1854 que le professeur de philosophie Adolph Zeising, qui cherche à établir un pont entre mathématiques et esthétique, prolonge la réflexion engagée à la Renaissance sur les tracés régulateurs et décerne au partage en extrême et moyenne raison d'Euclide le titre ambitieux de section d'or.Pour lui, la beauté de certains objets se définit par leur conformité à la section d'or mais Zeising ne s'arrête pas aux objets : il analyse les paysages, les monuments, les plantes, le corps humain, etc. Les mesures et formes dont il rend compte au sujet du Parthénon et des sculptures de Praxitèle lui fournissent la confirmation de son intuition et la justification de ses théories.

En 1931, le prince d'origine roumaine Matila Ghyca ( 1881-1965), diplomate, intéressé par les mathématiques, reprend les travaux de Zeising, pour s'en écarter d'ailleurs, plus inspiré par l'Égypte que par la Grèce. Il emploie pour la première fois l'expression nombre d'or, immédiatement promue à un brillant avenir. Les éditions de son traité sur le nombre d'or se renouvelleront en effet avec régularité depuis la première parution, ce qui montre que l'intérêt du public pour ce genre de questions n'a pas fléchi. Le nombre d'or,dont l'initiale du sculpteur Phidias serait le symbole, la lettre φ, commence par les chiffres 1, 618033... Matila Ghyca écarte Euclide et fait référence à Pythagore, évoquant cette connaissance tenue secrète qui se serait transmise de génération en génération dans le bâtiment, jusqu'aux maîtres d'œuvre des cathédrales et au-delà. Pas plus que !'Américain Jay Hambidge, de l'Université de Yale, Ghyca ne saura lire, ainsi que le déplore Georges Jouven, les tracés harmoniques d'Ictinos au Parthénon. Il faut dire, à la décharge de l'un et de l'autre, qu'avant les travaux de l'architecte et archéologue grec Balanos, il n'existait pas de levé de plans cotés d'une qualité et précision suffisantes pour mettre en évidence ces tracés. Ainsi que le soulignent Marguerite Neveux et H.E. Huntley dans leur étude Le nombre d'or (éditions du Seuil, 1O. 1995, p. 122), Le but poursuivi est de démontrer que le « Nombre d'Or» ...est « dans la Société des Nombres » le plus intéressant certainement parmi les nombres algébriques incommensurables.

Par parenthèse, le recours à l'éthique platonicienne en la matière et l'adhésion du monde occidental à cette pensée témoignent de  façon incontestable  pour Ghyca de la suprématie technique et politique de la race blanche.

Le Corbusier sera enthousiasmé par les théories que ce diplomate, humaniste et idéaliste, a développées au sujet du nombre d'or. Les propositions qu'il découvre vont dans le sens de ses propres recherches sur les modules. Il réfléchit à la possibilité d'une combinaison mathématique  dont l'homme serait une composante. Partant de l'humain, il affecte à son personnage de référence une taille de 1, 83 m, ou plus exactement 1, 829 m, et conçoit un système de mesures conforme à la suite de Fibonacci et lié par là au nombre d'or. Ainsi est né avec Le Corbusier le Modulor, « conception assistée par le Modulor »,dirions- nous en langage de notre temps. C'est un outil de travail que beaucoup d'architectes utiliseront en toute confiance. Il renvoie aux modules des temples grecs, unité de métrologie comme de préfabrication.

Il n'est pas contestable que des tracés mathématiques simples puissent, d'une façon générale, s'appliquer à l' établissement du dessin de certains plans ou élévations pour les améliorer et que le tracé régulateur, utilisé à bon escient, a été et reste bénéfique. Il a bien souvent permis d'accéder à un niveau de qualité plus élevé. À l'inverse, certains ouvrages qui retiennent notre attention par leur beauté ont ignoré le tracé régulateur lors de la conception mais peuvent se voir conférer le titre de chef-d'œuvre dans la mesure où une forme géométrique les sous-tend. La nature apporte aussi sa contribution à celui qui sait voir. Je citerai à titre d'exemple la forme pure - triangle équilatéral vu sous un certain angle - que constitue dans le paysage des Alpes le Cervin, ou encore les formes somptueuses, citées tant de fois, de la spirale de quelques coquillages.

Sur de pareils exemples, il est peut-être possible de renvoyer dos à dos nos physicistes et juridiques. La difficulté surgit avec le mélange des genres. Le Corbusier invoquant l'exemple des Grecs ne cherche-t-il pas en effet les lois d'une sorte d'harmonie transcendante en utilisant des tracés qui fusionnent mathématiques et ésotérisme, moyen d'établir un dialogue avec l'invisible, comme le rappelle Georges Jouven à propos du Modulor ? Cette voie a été explorée en son temps par Pythagore s'interrogeant sur le rapport des nombres et de la musique qui conduit tout naturellement au rythme dans l'espace et à l'architecture. Le Modulor combine ainsi la rationalité des nombres et la mysticité de l'esthétique.

Le Corbusier se voudrait juridique, mettant en avant sa démarche mathématique qu'authentifie la suite de Fibonacci mais physiciste,il subordonne toutefois ce raisonnement à sa mystique du beau. En dehors de toute finalité où la religion a sa place, il se range ainsi aux côtés de Teilhard de Chardin, lui aussi avant tout physiciste, dans sa recherche de l'harmonie et de l'invisible et, par là, de l' idéal.

 Le Modulor est-il à la base de l'harmonie ? Je ne m'autorise pas, personnellement, à dire que la section d'or est à la base de l'harmonie car ma propre appréciation de l'harmonie, voire de la perfection d'une forme, n'est que subjective. Je ne reconnais au nombre d'or de Ghyca qu'une valeur qui satisfait mon esprit, comme un rapport d'une extrême élégance mais qui ne reste pour moi que l'une des innombrables curiosités que le dieu des mathématiques a livrées au génie d'Euclide et aux chercheurs des générations suivantes.

Le Corbusier indique qu'il n'a rencontré autour de lui que l'étonnement, l'opposition ou le scepticisme. Le raisonnement justifiait pour lui le tracé de ses compositions. Il y a introduit la notion d'échelle, en référence au corps humain, ce qui implique en bonne logique un retour aux paramètres qu'avaient constitués le pas, le pied ou le pouce qui ont précédé le système métrique. Toutefois, qui peut dire, assurer, démontrer que la science mathématique, fût-elle la plus subtile comme chez Euclide et Pythagore, justifie l'harmonie et par elle la beauté ?

Il est permis de s'interroger comme Zeising, Ghyca ou Le Corbusier sur les prolongements du partage en extrême et moyenne raison, mais comment affirmer qu'Euclide a exprimé autre chose qu'un rapport mathématique ? Il n'est pas interdit à chacun de continuer à voir en lui ce qu'il cherche et lui faire dire ce qu'il veut, mais la science n'a jamais rien démontré quant à l'existence du pont jeté entre mathématiques et esthétique. Ce pont a bien existé pour Platon mais seulement sur le plan de la mystique et de l'ésotérisme des nombres. On peut évidemment déplorer que cette liaison si séduisante ne soit qu'une pure spéculation. Étant par là inaccessible, elle demeure alors dans le domaine très subjectif de l'harmonie comme la simple interférence d'une curiosité mathématique, fût-elle au plus haut niveau. Si Matyla Ghyca n'a cessé de rassembler des admirateurs fervents qui se rangent dans le camp de l'ésotérisme, bien des voix contestent aujourd'hui, au nom de la science, sa démarche considérée pour le moins comme ambiguë. L'historienne d'art Marguerite Neveux rejette purement et simplement ce qui n'est pour elle qu'un mythe : le nombre d'or, écrit-elle, un nombre trop doré pour être honnête ! L'architecte Christian Langlois, dans une communication à l'Académie des Beaux-Arts, s'interroge lui aussi sur son existence.

Le nombre d'or n'a-t-il été qu'une brillante comète ayant traversé, il y aura bientôt un siècle, le ciel de l'esthétique ? Une approche scientifique, au sein des courants de pensée actuels, n'accorde plus guère d' estime aux théories de Ghyca sinon à titre de curiosité. Le rationalisme contemporain a jeté par-dessus bord une bien improbable quantification du beau, avec ou sans la suite de Fibonacci. Seuls les courants de pensée ésotériques en conservent aujourd'hui la mémoire, dans une perspective mystique qui reste une constante de l' esprit humain et dont personnellement je ne conteste pas le besoin dans un monde matérialiste.

Les deux camps ne communiquent plus, disait Teilhard de Chardin. On peut se demander si le Modulor ne doit pas sa naissance à une confusion des genres, de par son lien filial avec le nombre d'or, et s'il ne survit pas aujourd'hui - pour ceux qui s'interrogent sur sa nature - qu'en raison de l'estime grandissante et justifiée que l'on accorde dans d'autres domaines à l'architecte visionnaire. Après tant d' heures que j' ai passées, heureux, à la Cité radieuse, dans une profonde admiration de multiples détails mais aussi des portiques ou des cheminées qui pour moi ne le cèdent en rien aux piliers de Karnak ou de Louqsor, je n'ai pas besoin du nombre d'or pour avoir été impressionné par la stature du plasticien Le Corbusier. Intéressé par les subtilités de la suite de Fibonacci comme par l'intégration de l'homme dans l'abstraction du module après plus de 2000 ans de classicisme, je demeure cependant bien sceptique à l' égard du Modulor.

Une question reste toutefois pendante pour moi: quel jugement auraient porté Ictinos et Callicrates, mes confrères du Parthénon, sur l'application du Modulor sans les corrections optiques ? En terminant ces quelques pages sur le nombre d'or, je reviens à la Grèce pour évoquer celles qui ont été apportées aux lignes et aux volumes pleins et vides du Parthénon. Sans elles, ce temple - pour moi chef-d'œuvre entre les chefs-d' œuvre - serait-il le monument emblématique qu'il est ? Assurément non : il ne serait qu'une subtile curiosité mathématique et rien de plus. Alors je m'interroge : dans l' approche asymptotique de la Beauté, le tracé harmonique, l'échelle, le module, travail d'orfèvre mais aussi de pur mathématicien, n'apportent-ils pas qu'une partie seulement de la réponse au problème sans l' accompagnement de l'œil et du cerveau qui permettent la perception de la forme ? Peut-on évoquer Le Corbusier et le Modulorsans soulever ce problème des corrections optiques pour lesquelles je renvoie à la perspective inversée du piano de Braque ?

Le Modulor - avec sa publicité ! - ajoute-t-il quelque chose à la stature de Le Corbusier ? Sur ce point, je le répète, je reste réservé.

Le Modulor va-t-il au-delà d' une mise en équation du corps de l'homme ?

 Dans la ligne de pensée de Teilhard de Chardin, je laisserai le mot de  la fin à  notre confrère Hilaire Giron, membre de l' Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, très éminent président de l'Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin, qui, ayant lu ce texte et élevant le débat, répond à mes interrogations par les siennes : l'évolution et la construction de    l 'univers en Christ doit- elle se rapprocher du beau par la liaison organique des nombres, approchant par le Modulor le tout universel ?

 

 

 Le Modulor de Le Corbusier

 

 

             La cité Radieuse de Le Corbusier à Marseille

         Façade et éléments en  superstructure après travaux de nettoyage et consolidation 

            photo JP Dufoix arch.

 

 

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 Le tombeau de Thiers à proximité de la chapelle du cimetière  (fr.wikipédia.org)

 

Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille


Le tombeau d'Adolphe Thiers au cimetière du Père-Lachaise

 

par Régis Bertrand

Professeur émérite d'histoire moderne

Aix-Marseille univ-Cnrs, UMR TELEMMe, Aix-en-provence, France

membre de l'Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille

 

 

L' Académie des sciences, lettres et arts de Marseille est établie dans la maison réputée être celle où naquit  Adolphe Thiers, qui lui a été donnée en 1901 par Félicie Dosne, belle-sœur du premier président de la IIIe République. L'année 2017, 220e anniversaire de la naissance de Thiers, le 26 germinal an V (5 avril 1797), et le l40e de sa mort, le 3 septembre 1877, a suscité un regain d'intérêt de l'Académie pour celui qu'elle ne compta pas parmi ses membres mais dont elle est dépositaire de la mémoire marseillaise. Elle nous a donné l' occasion d'étudier son tombeau, qui s'est avéré n'avoir fait l'objet d'aucune monographie'. En effet, les biographes de Thiers limitent en général leur récit à ses obsèques et n'ont guère porté attention à son ultime demeure 2 Les nombreux ouvrages consacrés au Père-Lachaise ne l'évoquent pas avec précision et s'attachent plutôt à relater la carrière de Thiers. La plupart se bornent à une énigmatique comparaison avec le tombeau de Napoléon aux Invalides, incompréhensible au commun des visiteurs qui ne peut accéder à l'intérieur du monument 3. Celui qui a ce privilège découvre alors une disposition originale et surtout un ensemble sculpté que l'on soupçonne mal de l'extérieur et qui n' avait guère été publié, à notre connaissance, que sous forme de photographies de qualité assez médiocre et de fort petit format 4 avant qu'Internet n' en procure de meilleurs clichés.

Les deux tombeaux de Monsieur Thiers

La mort soudaine d'Adolphe Thiers le 3 septembre 1877 à Saint-Germain-en-Laye fut un événement. Le gouvernement prit un décret lui accordant les funérailles nationales mais madame Thiers « faisant ses conditions » selon l'expression de Victor Hugo 5, le décret fut rapporté. Hugo a également décrit très brièvement l'enterrement : " 8 septembre. Aujourd'hui enterrement de Thiers ; j' y suis allé. Trajet à pied de la maison place Saint-Georges à Notre-Dame de Lorette, de là au Père-Lachaise par les boulevards. Foule immense. Discours médiocres. Il y a eu des choses touchantes, la bannière de Belfort 6 ".

S'il faut en croire Jules Ferry qui répète une estimation de la presse républicaine, un million de personnes se seraient massées au passage du convoi entre l'église Notre-Dame de Lorette et le Père - Lachaise . La presse de droite estima cette foule à quatre à six cents mille personnes.
Avner Ben Arnos a jugé que « le nombre exact se situait donc sans doute nettement au-dessus du demi-million» et a relevé que la seule cérémonie funéraire comparable pour le XIXe siècle fut le retour des cendres de Napoléon, que Thiers avait d'ailleurs organisé 7.

 

 

 Les obsèques de A. Thiers, Le Monde illustré,  15 septembre 1877, p.168-169.

 

 Thiers et son épouse Élise Dosne possédaient un tombeau dans la 30 e division du cimetière. Situé en bordure de l'avenue des Acacias, il est reproduit par des gravures qui illustrent les récits de l'enterrement du grand homme 8. Cette chapelle néoclassique avait sans doute été édifiée à la suite du décès d' Alexis Dosne, le beau-père de Thiers. Le "Journal des débats" l'attribue en 1887 à Louis Visconti (1879-1853)ce qui est plausible : Visconti avait conçu les décorations de la capitale pour la cérémonie du retour des cendres de Napoléon et il avait aménagé le tombeau de l' empereur sous le dôme des Invalides. Ce premier tombeau de Thiers existe toujours (30 e division, 1ère ligne). Il porte aujourd'hui les noms des familles Mathéron et Charlemagne car il a reçu le corps du général Charles-Antoine Charlemagne (1819-1896), neveu de madame Thiers, qui avait conduit le deuil de Thiers le 8 septembre 1877. Il se distinguait peu de ses voisins et avait le grand inconvénient de ne pas être très éloigné d' une portion de la clôture du cimetière où la Commune s'était achevée par un massacre de communards, qui allait devenir le « Mur des Fédérés», et où l'on commençait déjà à venir en pèlerinage et à déposer des couronnes 10.

       

    Faire-part du décès d'A. Thiers. Col. de l'Académie de Marseille,        Le tombeau de M. Thiers au Père-Lachaise. L'Illustration, 15 septembre 1877.

                                                                                                               Clichés R Bertrand

 

 La veuve de Thiers conçut le projet d'ériger un autre tombeau à un emplacement plus en vue. Elle jeta son dévolu sur les terrains proches de la chapelle du cimetière, sur la terrasse qui surmonte l'extrémité de l'avenue principale. On sait que c' est à cet endroit même que Balzac fait dire à Rastignac en regardant Paris « À nous deux, maintenant » et que Thiers a servi de modèle à !'écrivain pour l' élaboration de cet ambitieux personnage. Mais il n' est point assuré qu' Élise Thiers ait pris en compte cette donnée. En contrebas de la terrasse, avait été établi en 1876 en bordure de l'avenue principale un grand monument élevé aux frais de l' Etat où avaient été transférés les restes des généraux Lecomte et Thomas, fusillés par les communards. L'établissement du mausolée de Thiers à proximité immédiate a laissé penser à Danielle Tartakowsky que l' on déterminait ainsi « un territoire dévolu à l' expiation de la Commune »11. Aucun indice ne semble conforter cette hypothèse.

 La bordure immédiate de la chapelle venait de faire l' objet d' un plan de lotissement en concessions approuvé par arrêté préfectoral. Élise Thiers obtint qu' il fût rapporté et que le plan fût modifié afin de lui permettre d' acquérir une large surface du terrain disponible. 

 Il est difficile d'établir si elle avait dû faire agir des recommandations pour l' obtenir, comme l'assura un journal hostile à Thiers," La Vérité", du 22 septembre 1880 12. La vente d'une telle superficie d'un seul tenant était en fait intéressante pour la ville : la même étendue de terrain morcelée en rangs de concessions aurait dû comprendre des espaces publics entre et devant les tombes et le prix du mètre carré concédé était progressif au-delà de deux mètres carrés 13.On sait du moins par une réponse manuscrite émanant des bureaux de la préfecture de la Seine que madame Thiers demandait 150 mètres carrés (10 m de façade sur 15 de profondeur) et obtint 144 m 2 Elle paya 141 000 francs cette concession d'une étendue exceptionnelle. Elle lui fut délivrée le 18 septembre 188014.

Mais Élise Thiers décédait peu après, le 15 décembre 1880, et c'est sa sœur, Félicie Dosne (1823 - 1906), qui allait faire réaliser le tombeau et y faire transférer les restes de ses parents, de son beau-frère et de sa sœur. La conception et la réalisation de ce mausolée, le choix de l'architecte et des artistes lui incombent sans doute. S' il faut en croire "le Matin" du 4 septembre 1887, qui abonde en données chiffrées, « il a coûté, nous assure-t-on, plus d'un million et la construction a duré plus de trois ans ». Les décors intérieurs ne sont cependant pas encore achevés lors de l' inauguration, qui eut lieu le 3 septembre 1887, pour le dixième anniversaire de la mort de Thiers.

Certains auteurs ont avancé que le monument aurait été édifié par souscription publique 15. Il est permis de se demander s'il n'y aurait pas confusion avec le « monument national » érigé dans la ville mortuaire de Thiers, Saint-Germain-en-Laye, en 1880, disparu en 1941. Cette affirmation ne se retrouve pas du moins dans les articles qui signalent son inauguration, laquelle fut strictement privée : « La famille et quelques amis seulement ont été invités à cette cérémonie intime», précise le "Journal des Débats" du 3 septembre 1887. Félicie Dosne mourut le 16 janvier 1906 et vint occuper la place qu'elle s'était réservée dans la crypte. 

 

 

 Tombeau d'A. Thiers et la chapelle du cimetière, cl. R. Bertrand

 Un mausolée

Cet emplacement d'exception devait recevoir un monument lui-même hors du commun, dont les dimensions rivalisent avec celles de la chapelle 16. Son inauguration s'accompagna de la publication, dans "!'Illustration " du 3 septembre 1887, d'une gravure en pleine page, sans doute réalisée d'après un cliché 17 , et en fin de livraison 18 d'un commentaire précis qui laisse penser que son auteur anonyme a interrogé l'architecte et le sculpteur. Il n'a pu en revanche pénétrer à l'intérieur du tombeau qui n'allait être inauguré que le jour où paraîtrait la livraison de la revue 19 . Un article ultérieur paru dans le "Journal des Débats" a pu préciser que les sculptures intérieures sont en cours d'exécution à l'automne 1887 : ce sont des esquisses qui ont été provisoirement placées à l'emplacement des reliefs et le groupe qui doit occuper le fond de la salle est « encore inachevé »." Le Matin" indique que l' œuvre était« représentée (... ) en grandeur naturelle en toile peinte »20.

D'une hauteur de 14 mètres et d'une surface extérieure de 144 m 2 (145 selon la notice de "l'Illustration"), le tombeau de Thiers est « le monument le plus imposant du Père-Lachaise » (A. Lenormand-Romain)21, soit un des plus hauts, des plus vastes et des plus visibles du cimetière. Albert Lefeuvre, un érudit parisien dont la cellule Patrimoine du service des cimetières possède les fiches, a observé avec prosaïsme : « On pourrait y loger 40 hommes et 8 chevaux. »22

Son auteur est Alfred-Philibert Aldrophe (1834-1895), architecte de la grande synagogue de Paris, rue la rue de la Victoire, et de celle de Versailles. Architecte attitré des Rothschild, il a construit pour eux l'hôtel de Marigny, aujourd'hui annexe de l' Elysée. II avait été recommandé par les Rothschild à Thiers pour la reconstruction en 1873-1875 aux frais de la Nation de son hôtel particulier, place Saint-Georges à Paris, qui avait été incendié pendant la Commune. Ce dernier sera offert par F. Dosne en 1905 à l' Institut de France et est actuellement le siège de la fondation Thiers. Aldrophe est également l'auteur de l' immeuble, situé au rond-point Bugeaud (actuelle place Adenauer), qui abrita jusqu'en 1986 les pensionnaires de la fondation Thiers 23. On lui attribue un autre tombeau monumental, au cimetière juif de la Timone à Marseille, celui de Joseph Cohen, négociant en grains qui s'était installé à Paris où il mourut en 1864, vaste construction néoclassique bien connue des visiteurs car elle porte sur son architrave l'inscription: « Je veux être enterré à Marseille »24

 

 

 Le monument d'A.Thiers,. L'Illustration du 3 septembre 1887, p.156 et la façade du tombeau

Cl. R. Bertrand

 

 Aldrophe devait composer un monument qui retienne d' emblée l'attention et se distingue du néoclassicisme austère de la chapelle voisine, oeuvre de Godde. Il a réalisé « une chapelle Renaissance», selon " l' Illustration", le "Journal des Débats" et " le Matin", qui rapportent sans doute une précision fournie par l'architecte ou un proche de F. Dosne. Aldrophe a choisi pour la façade un parti qui évoque un arc de triomphe - ainsi l'arc de Titus à Rome, à une seule arche et deux paires de colonnes corinthiennes. Une des particularités de l'édifice est l'absence du patronyme de la famille propriétaire, fort rare dans le cas d'un tombeau. On observe sur le claveau central de l'arceau l' initiale T, entourée de lauriers ; et un T uni à deux D croisés également laurés sur les portes de bronze. Sont bien lisibles en revanche les noms du sculpteur, A. Chapu, qui a signé le relief du tympan, de l'architecte Aldrophe et même du fondeur de la porte, Ferdinand Barbedienne (1810-1892), ces deux derniers gravés sur la traverse inférieure de la porte. Thiers avait invité à plusieurs reprises Barbedienne à l' Elysée pendant sa présidence et était allé visiter ses ateliers et sa boutique 25.

 Au centre de l'attique , une plaque de porphyre vert porte la devise de Thiers « Patriam dilexit, veritatem coluit » (il aima passionnément la patrie, il cultiva la vérité). Elle résume les deux grands thèmes de la célébration de Thiers retenus par F. Dosne: d' une part son rôle politique, en particulier dans la conclusion de la guerre de 1870 et dans la libération de près du tiers du territoire français qui était occupé par l'armée allemande, d'autre part son œuvre d' historien. Ce double éloge est illustré par la sculpture à la fois sur la façade et à l'intérieur du mausolée. Aldrophe a animé les côtés du monument sur le modèle d' une cella de temple romain par des pilastres corinthiens encadrant de larges baies cintrées garnies de vitraux, protégés par des grilles - œuvre du fondeur Roland selon l'" Illustration", qui précise également que « comme motifs sculpturaux les façades latérales portent deux D entrelacés rappelant le nom de la famille Dosne ». Une frise de pavots le long du chambranle de la porte vient très discrètement évoquer le sommeil éternel sur un monument qui suggère moins la mort que l'immortalité et qui est extérieurement dépourvu de signes religieux, ce qui n' est pas le cas à l' intérieur.

 

Faces latérale et arrière du tombeau, cl. R. Bertrand

 Au début des années 1880, Henri Chapu (1833-1891) est au faîte de sa gloire26. Il dirige trois ateliers afin de satisfaire à toutes ses commandes, vient d' être élu à l' Institut et a sculpté l' Immortalité, figure allégorique pour le tombeau de Jean Reynaud, unanimement louée lors du salon de 188027 et qui sera reproduite par son élève Auguste Patey sur son propre tombeau, au Mée-sur-Seine. Son premier biographe, Octave Fidière, rapporte cette remarque d'un critique d'art : « L' idéal quand on veut laisser une trace immortelle consiste à être ensépulturé par M. Chapu »28 Il avait réalisé en 1878 un buste en marbre de Thiers, commande pour 3000 f du ministère de l'Intérieur destinée à la salle des séances de l'Académie française à l'Institut, un autre exemplaire étant pour le Sénat (galerie des bustes)29.

La porte est surmontée d'un relief de Chapu, "Le Patriotisme", qui selon le Dictionnaire des sculpteurs de S. Lami mesure 1,50 sur 2,50 m. Il est ainsi décrit en 1888 par "1' Illustration" : « Un seul bloc de pierre a été employé mais d' une dimension telle qu' il a fallu organiser un système de wagons spéciaux pour le transporter; il a fallu vingt chevaux d'une force extraordinaire pour l'amener à pied d' œuvre.
L' éminent sculpteur a représenté le "Génie du patriotisme". À l'arrière-plan, la France est assise sur une colonne brisée et tient de la main gauche un drapeau. Au premier plan, le Génie du patriotisme, ailes déployées, se met devant elle comme pour la protéger, un sabre d' une main.
À ses pieds, le cadavre d' un jeune homme. Dans le fond, des flammes, emblèmes de la guerre ».

 

 

Le "Génie du patriorisme" de Henri Chapu au tympan

 Au-dessus, les écoinçons de l'arcade portent, selon la même source, « deux génies, l'un tenant une plume et figurant les Lettres, l'autre tenant une torche et figurant les Sciences (qui) personnifient les aptitudes de l' homme qui a été à la fois éminent écrivain et savant historien ». Ces bas-reliefs sont également I'oeuvre de Chapu.

 

Les génies des sciences et des lettres dans les écoinçons, cL. R. Bertrand

 

 Intérieur du tombeau

Sitôt entré, on observe d' emblée la clarté qui règne dans cette vaste salle, due aux deux baies latérales et à une coupole ouverte vitrée, peu visible extérieurement.Les vitraux à motifs végétaux et décoratifs des deux baies et de la rose zénithale sont du peintre-verrier Eugène Oudinot (1827-1889).

On découvre la nature de la dette d' Aldrophe à l'égard de l'aménagement par Visconti du tombeau de Napoléon aux Invalides : la formule de la crypte ouverte, surplombée depuis la salle, renfermant en son centre le tombeau de Thiers, en forme de grand sarcophage, comme celui de Napoléon. On ne saurait cependant avancer qu'il ait été imité de ce dernier : ses sources d'inspiration semblent différentes. Néanmoins, les reliefs qui entourent le sarcophage de Napoléon à l'intérieur de la crypte des Invalides se trouvent dans le cas de Thiers dans la salle, sur ses deux faces latérales. La relative analogie du tombeau de Thiers avec celui de Napoléon fait sans doute à la fois allusion à son œuvre d'historien consacrée à la Révolution et à l'Empire et à son action politique : rappelons que c'est le second ministère Thiers qui avait organisé en 1840 le « retour des cendres »30.

 

La crypte et le sarcophage de Thiers vus depuis l'intérieur du tombeau, cl. R. Bertrand

 

Aux murs, deux hauts-reliefs de Chapu, qui mesurent chacun 2,50 m de hauteur sur 3,40 m de longueur31 et ont été apparemment achevés après la mort de l'artiste à partir de ses esquisses 32. À gauche la Libération du territoire illustre l'inscription« Patriam dilexit » gravée au-dessous33 ; à droite !'Histoire traçant dans !'avenir le nom de Thiers34 et l'inscription « Veritatem coluit ». Sur les pilastres des angles de la salle, d'autres inscriptions explicitent le sujet des deux œuvres. Pour la première : « Fortifications de Paris 1840 - Mission diplomatique en Europe 1870 » et « Belfort conservé à la France 1871 - Libération du territoire 1873 ». Pour la seconde : « Membre de l' Académie française 1833 - Membre de l' Académie des sciences morales et politiques 1840 » et « Histoire de la Révolution française 1823-1827 - Histoire du Consulat et de !'Empire 1845-1862 ».

 

 

"La Liibération du territoire", H. Chapu, cl. Régis Bertrand

 

Thiers, debout, est mis en scène dans la Libération du territoire. La France en deuil, assise à ses côtés, pose avec confiance une main sur son épaule. Il se tourne vers elle et lui montre le produit de la « souscription nationale, 43 milliards » comme l'indique l' inscription gravée sur le coffre placé au centre de la composition, gui déborde de sacs de pièces et de billets.
Le montant qui devait être versé aux Allemands pour qu'ils retirent leur armée d'occupation est de cinq milliards. Mais les deux emprunts publics émis par l'Etat eurent un succès international et le second fut couvert quatorze fois par un million de souscripteur. À droite, un groupe de femmes couronnées de tours représente les villes de France venant déposer le fruit de leur collecte. Au-dessus, une Renommée, ailes déployées, tient une banderole qui porte : « Monsieur Thiers a bien mérité de la patrie. Assemblée nationale, 17 mars 1873 » 35.  Aux pieds de la France, le cadavre d'un enfant évoque ses« fils» morts au combat, comme semble le suggérer un drapeau couché. À droite, une femme en deuil tient les armoiries d' une ville, peu lisibles, qui pourraient éventuellement être celles de Belfort. Sous la direction du colonel Denfert-Rochereau, la ville avait résisté à l'armée allemande, après même la signature de l'armistice et Thiers avait obtenu qu'elle soit exclue, avec son arrondissement, de l'annexion du Haut-Rhin par l'Allemagne.

 

"L'Histoire traçant dans l'avenir le nom de Thiers" H. Chapu, cl. R. Bertrand

 

En revanche, !'Histoire traçant dans !'avenir le nom de Thiers" constitue une composition densément peuplée d'allégories, qui pourrait figurer aussi bien dans le décor d' une bibliothèque. Nous avons conservé ce titre indiqué par le "Journal des Débats", bien qu' il semble légèrement inexact. Henry Jouin, qui intitule l'œuvre "!'Histoire, la Philosophie et l'Éloquence" , en fournit une description incomplète : « Au centre, !' Histoire vient de tracer, à l'aide d'un style, dans la partie supérieure de la composition, le nom d' A. Thiers. À droite et à gauche, figures assises ou debout: la Philosophie debout tient un parchemin où sont écrits les noms d' Aristote et de Léonard de Vinci ; sur un autre parchemin est gravé le nom de Platon ; !'Éloquence pose la main sur le bord d' une tribune où on lit Démosthène, Cicéron ».

Le journaliste du "Matin" du 4 septembre 1887 affirme pour sa part : « [Il] représente le Génie de l' immortalité gravant sur ses tablettes le nom de Thiers. À ses pieds (sic), sont groupées des figures allégoriques: les Sciences, les Arts, !' Histoire, les Lettres, l' Éloquence ». À gauche de la composition, une femme casquée, tenant un livre et une pique, pourrait être Athéna-Minerve, déesse de la sagesse ou de la philosophie, accompagnée de !' Éloquence, laurée et tenant un rouleau sur le rebord d'une tribune. Devant elles, une femme assise écrit sur une tablette posée sur ses genoux - l' allégorie de !' Histoire sans doute. Le centre est occupé par une allégorie ailée qui écrit sur les nuées - ces dernières débordent du cadre. Elle tient de l' autre main une trompette et semble être une Renommée. Par ailleurs, figurent à droite les allégories de la Science (au sens large du savoir), avec le flambeau allumé et le livre, et de la Vérité - cette dernière dans la plénitude de sa nudité et tenant son miroir, qui déborde également du cadre. Au-dessous, apparemment, l' industrie et les Arts (le génie de la sculpture modelant une statuette ?), I' Agriculture avec une corne d' abondance que renverse un enfant, le Commerce, avec le caducée.

Les principales qualités que F. Dosne voulait voir reconnues à Thiers par la postérité sont répétées au-dessus de cet ensemble : « Aux pendentifs de la coupole : quatre génies ailés, par Mercié, représentent avec des attributs !' Histoire, !' Éloquence, la Science , le Patriotisme »37.

 

La coupole et les génies d'A. Mercié, cl. R. Bertrand

 

Le fond de la salle est occupé par un imposant groupe statuaire en marbre et métal, dû à Antonin Mercié (1845-1916), "Thiers mort se soulève pour répondre à !'appel de l'immortalité "38. On sait qu' il est suggéré par une toile peinte lors de l' inauguration du tombeau en 1887 et le Journal des débats annonce que « l' œuvre (...) sera mise en place l'année prochaine ». En fait, on peut penser que ses blocs sont déjà à leur emplacement mais à peine ébauchés car leur installation a posteriori aurait sans doute posé de considérables difficultés techniques. Son achèvement exigea davantage de temps car elle figure entre deux autres datées de 1891 dans la liste que procure S. Lami des réalisations de Mercié 39 . Mercié était l' auteur de la statue de Thiers qui couronnait le « monument national » inauguré en septembre 1880 à Saint-Germain-en-Laye - elle devait être envoyée à la fonte en 1941. 

Il avait aussi réalisé la statuaire ou les reliefs de plusieurs tombeaux du Père-Lachaise. Il avait également donné les groupes "Gloria victis" (1874) et "Quand même " (1886), en référence à la guerre de 1870, diffusés en tirages réduits en bronze par F. Barbedienne - un exemplaire du premier est à la fondation Dosne-Thiers 40. Il avait sculpté en 1886 les gisants de Louis­ Philippe et de la reine Marie-Amélie dans la chapelle royale de Dreux. Il venait d' obtenir le grand prix de l'exposition de 1889.

 

A Mercié, " Thiers mort se soulève pour répondre à l'appel de l'Immortalité " cl. R. Bertrand

 

Il a représenté l'allégorie de la France affligée, assise sur le fût d'un canon brisé devant un haut piédestal qui porte un sarcophage sur lequel Thiers est couché. Mercié a habilement dissimulé sa faible taille sous le drapé d'un vaste suaire. Il a su donner quelque élan à sa composition par la grande diagonale de la hampe et la pique du drapeau tenu par la France, qui se surimpose au corps de Thiers. Ce dernier se relève à l'appel du Génie de !' Immortalité qui plane au-dessus de lui. Cette statue constitue le meilleur morceau de l' ensemble 41. Son matériau tranche par sa couleur avec le marbre blanc et le profil et le buste de Thiers s'y détachent fortement. Le corps et le bras levé de l'allégorie reprennent la diagonale du drapeau.

Mercié avait déjà associé un gisant à une allégorie, celle de la Gloire, dans le bas-relief du tombeau de l'historien Jules Michelet (52e division). Son Génie de !'Immortalité semble la version masculine de la gloire en bronze qu'il venait de composer pour le tombeau du peintre Paul Baudry (4e division). Audace supplémentaire , le Génie se surimpose à l'épitaphe gravée sous l'arceau du mur arrière. Celle-ci est cependant fort lisible du visiteur placé sur le côté car le groupe n' est pas plaqué contre le mur : entre les deux se trouve l'escalier qui donne accès à la crypte.

L' épitaphe indique sobrement :
Louis-AdolpheThiers
Né le XV avril MDCCLXXXXVII à Marseille.
Mort le III septembre MDCCCVXXVII à Saint-Germain-en-Laye

Sur le mur intérieur qui surmonte la porte d' entrée, les principales étapes de sa carrière politique sont rappelées 42.

La crypte

La crypte est remarquablement appareillée, comme d'ailleurs l'ensemble du monument. Sa conception est radicalement différente de celle du tombeau de Napoléon, conçue pour un seul homme. Il s'agit ici du tombeau d'une famille organisée autour de son grand homme. Son modèle serait plutôt celui des caveaux dynastiques de l' Europe, à cette grande nuance près que la famille est sans descendants et que tous les emplacements d'inhumation sont occupés.

Le sarcophage de Thiers, au centre de la crypte, est dressé sur un haut soubassement qui porte ses prénom et nom et dates. Sa cuve convexe sur tous ses côtés repose sur de forts montants à pattes de lion. Elle semble librement inspirée du sarcophage en porphyre rouge de Guillaume Ier de Sicile dans la cathédrale de Monreale. Sa partie supérieure est en revanche nettement transposée du couvercle du sarcophage antique de Scipion, conservé au musée du Vatican. Ce sarcophage au couvercle à volutes a connu un grand succès dans les cimetières du XIXe siècle ; on le retrouve, entre autres exemples, au tombeau d'Eugène Delacroix (49e division). Dans le cas du tombeau de Napoléon aux Invalides, ses formes ont été réinterprétées. G. Groud a observé que les matériaux du tombeau de Napoléon sont inversés dans le cas de celui de Thiers : le sarcophage est en porphyre vert et son soubassement en porphyre rouge sur deux marches de porphyre gris. On ne sait combien de chevaux furent nécessaires pour hisser ce monument jusqu'à la terrasse du cimetière.

 

 

 La crypte,  tombeau d'A.Thiers, de F. Dosne et des époux Dosne, cl. R. Bertrand

 

 Autour du monument central sont disposés ceux des membres de la famille de Thiers, accotés aux murs et tous semblables. Un soubassement en granite moucheté portant l' épitaphe et un sarcophage en marbre blanc veiné. Sa forme et ses bases en pattes de lion reprennent celles du tombeau de Thiers. Mais le couvercle, à quatre pans, est surmonté d' une acrotère où est figurée une petite croix. Celui d'Élise Thiers est sur le mur latéral gauche, celui de Félicie Dosne sur le mur droit, de part et autre du tombeau de Thiers. Ceux de son beau-père et de sa belle-mère sont sur le mur qui correspond à la façade. Enfin le mur du fond est constitué de trois arcades. Celle du débouché de l'escalier est à droite. L'arcade centrale, la plus large, renferme un autel surmonté d' un crucifix - la messe y fut célébrée le 3 septembre 1887 pour l'inauguration du tombeau. La troisième arcade est un simple pendant de la première donnant sur « une pièce formant sacristie », selon le "Journal des Débats" , fort étroite.

Un monument introverti

Les admirateurs de Thiers - si du moins il y eut souscription, ce dont on peut douter -, et avant tout son épouse et plus encore sa belle-sœur, mademoiselle Dosne, voulurent à l'évidence transmettre à la postérité à travers un tel monument la double image du grand historien et du grand homme d' Etat, libérateur du territoire. Il est possible que l' on ait initialement prévu d'ouvrir les portes du tombeau à certaines dates de l' année, peut-être le 2 novembre ou à la date anniversaire de la mort de Thiers ; l'exceptionnelle luminosité procurée par l'éclairage zénithal et latéral aurait alors permis aux visiteurs du cimetière d'apercevoir le groupe de Mercié et d'entrevoir les bas-reliefs de Chapu. On peut douter qu' une telle exposition ait eut lieu, et dans cette hypothèse, elle ne dura sans doute pas longtemps. Nous avons déjà souligné que le nom de l'homme illustre ne figure pas explicitement sur son tombeau, alors que sa première sépulture, dans la 30e division, portait lors de son inhumation sur son fronton les patronymes « Famille Dosne-Famille Thiers », qui sont bien lisibles sur les gravures qui furent alors publiées. Dix ans plus tard, à la date où il fut construit et achevé intérieurement, le monument de Thiers constituait déjà pour les siens un enjeu dans une bataille de mémoire qu'ils allaient perdre, car le « chef du pouvoir exécutif» puis « président de la République française » entre le 17 février 1871 et le 24 mai 1873 a connu, dans les décennies qui suivirent sa mort, à la suite de l'arrivée au pouvoir des républicains radicaux, un retournement mémoriel sans équivalent dans l'histoire de France, qui allait imposer jusqu' à nos jours l'image sans nuances du« boucher de la Commune »43 On sait que Félicie Dosne s'efforcera dans la dernière partie de sa vie de lutter assez vainement contre cette légende noire en publiant les manuscrits et la correspondance de l' homme d' État, en créant sous l' égide de l'Institut la fondation Thiers et la Bibliothèque Thiers. Le mausolée participe à l' évidence à cette volonté de défense et illustration de l' œuvre et de l'action de son beau-frère. Au temps par excellence de la « statuomanie » des grands hommes (M. Agulhon), Félicie Dosne lui a offert au père-Lachaise ce monument commémoratif qu'il n'a guère obtenu au cœur des villes de France 44 . L'oeuvre de Mercié est certes à l'abri des outrages à l'intérieur du mausolée mais elle est ainsi restée peu connue.

Lors du centenaire de la Commune de Paris en 1971, le tombeau de Thiers fut victime d'actes de vandalisme. Le 25 juin, une première tentative avec "un engin détonnant" avait noirci la façade. Le 28 août, jour sans doute choisi en référence au 28 mai 1871, celui de l'exécution de communards dans le cimetière, une charge explosive placée contre la paire de colonnes de droite de la façade endommagea fortement leur partie basse. Une autre charge, sur les colonnes de gauche, n'avait pas explosé 45 . Le monument fut étayé. Il fut inscrit le 21 mars 1983 sur " l'inventaire supplémentaire" des Monuments historiques, selon les termes encore usités alors. Il fut restauré, au terme d'une longue procédure administrative, en 1992 par la ville de Paris avec une subvention de l'Etat.

 

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Notes

 

1 Nos remerciements vont à Guénola Groud, conservateur général du patrimoine, et à Pierre Jourjon, documentaliste-bibliothécaire , de la cellule Patrimoine du service des cimetières de la Ville de Paris, pour leur aide amicale.

2 Thiers a inspiré  plusieurs biographies, dont certaines relèvent du genre de  l' essai   historique.  Parmi celles qui sont nourries d' une recherche approfondie de sources de première main, outre celle, ancienne , d' Henri  Malo, Thiers, 1797-1877,Paris, Payot, 1932, citons Pierre Guiral , Adolphe Thiers ou de la nécessité en politique, Paris, Fayard, 1986, dont l' auteur fut membre résident et directeur de l' Académie de Marseille. Cette dernière tint le 14 novembre 1997 un colloque pour le bicentenaire de la naissance de Thiers dans la maison "natale" de ce dernier. Ses actes ont été publiés : Monsieur Thiers d'une République à l 'autre , Paris, Publisud, 1998.

3 Citons par exemple Marcel Le Clère, Cimetières et sépultures de Paris, Hachette,  Les Guides bleues,  1978, p. 80 ou France Raimbault, Le Père-La Chaise. Guide du flaneur, Saint-Cyr- sur-Loire, Alan Sutton, 2006, p. 58-59. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire du Père-Lachaise, Versailles, Mémoire et documents, 2006, p. 745-746, avance quant à lui : « À l' intérieur , imposant monument en marbre blanc, accompagné de l' immortalité de la France (sic)». En revanche, longue notice descriptive du tombeau sur Wikipedia.

4 Dans Jules Moiroux, Guide illustré du cimetière du Père-Lachaise, sépultures des personnages ayant un caractère historique, artistique et parisien, Paris, A. Maréchal, [ 1908], p. 326-327. Ouvrage de format in-12.

5  Victor Hugo, Choses vues, souvenirs.journaux, cahiers, 1830- 1885, éd. d'Hubert Juin, Paris, Gallimard (Quarto), 2002, p. 1356.

 6 Ibid.

7 Avner Ben Amos, " Le  vif saisit le mort ".  Funérailles,  politique et mémoire en  France ( 1789 -1996 ), traduit de l'anglais par Rachel Bouyssou , Paris, éd. de l'ÉHESS, 2013 p. 189-203.

8 " l 'Illustration" , n° 1803, 15 septembre 1877, p. 170. le Monde illustré, n° 1 066 , 15 septembre 1877 , p. 176.

9 "Journal des Débats politiques et littéraires", 3 septembre 1887 , « Le monument de Thiers». http://gallica.bnf.fr/ark:/l2148 / bpt6k464043v/f3.item

10 Danielle Tartakowsky, Nous irons chanter sur vos tombes. le Père-Lachaise, XIX"-XX" siècles,Paris, Aubier , 1999 , p. 60-65.

11 Id., p. 31 et encore p. 40.

 12 Archives de la Seine, 1 326 W 9, en copie dans le dossier du tombeau à la cellule Patrimoine du service des cimetières de Paris. Cette liasse renferme une lettre non datée de l' avocat Émile Durier (1828-1890) , conseiller d' État, écrite « à la demande de Madame Thiers », apparemment  adressée au préfet de la Seine Ferdinand  Hérold qu' il tutoie ; il rappelle la demande d'É. Thiers , la promesse (orale?) du préfet de la satisfaire et le presse de signer le nouvel arrêté de distribution des terrains proches de la chapelle.

13 Préfecture de la Seine, Note. Cimetières de la Ville de Paris, Paris, Typ. A. Maude, 1889 , p. 25. Nous remercions G. Groud de nous avoir signalé cette référence.

14 Archives de la Seine, 1 326 W 9.

15 Antoinette Le Normand-Romain, Mémoire de marbre : la sculpture funéraire en France l804-19l4, Paris, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 1995, p. 130 , se borne à l' indiquer dans une énumération de tombeaux ayant bénéficié de ce mode de financement.

16 Terrasse de la chapelle, 55° division, 1ère ligne.

17 "L'Illustration" 45e année. vol. XC, n°2323, p.156.

18 Id.,p. 160. Description également très détaillée dans "le Matindu 4 septembre 1887.

 19 Annonce puis récit très précis de l' inauguration , « tout intime », avec liste des invités (une quarantaine) dans le "Petit Parisien"des 4 et 5 septembre 1887 et "le Matin"du 4 septembre 1887. Il n'y eut « aucun discours » mais une messe fut célébrée sur l' autel de la crypte. L'auteur insiste sur le faible nombre de « curieux » qui « ne dépassait pas cent cinquante ».

20 "Journal des Débats", art. cit. et " le Matin", 4 septembre 1887.

21 A. Le Normand-Romain, Mémoire de marbre, op. cit., p. 291-292.

22 Même remarque dans Michel Dansel, "Au Père-Lachaise, son histoire, ses secrets, ses promenades ", Paris, Fayard, 1976, p. 170.

23 Michel Fleury, Anne Dugast, Jsabelle Parizet (dir.)," Dictionnaire par noms d'architectes des constructions élevées à Paris aux XIX' et XX' siècles" , t. 1, période 1876-1899, Paris, Institut d' histoire de Paris. Services des travaux historiques de la Ville de Paris, 1990 , p. 12.

24 Signalé par David Cohen,« Les cimetières juifs de Marseille, 1807-1975 », Marseille, revue municipale, n°108 , 1977, p. 78-86.

25 Florence Rionnet , les Bronzes Barbedienne. l'œuvre d'une dynastie de fondeurs (1834-1954), Paris, Arthena, 2016 , p. 32. Le tombeau de F. Barbedienne porte son buste par Chapu (53° division, 1ère ligne, Moiroux, op.cit., p. 52).

26 Centenaire Henri Chapu, catalogue de l' exposition, 15 novembre 1991-12 janvier 1992 , Le Mée-sur-Se ine ­ Melun, Musée H. Chapu, Le Mée-sur-Seine et musée de Melun, 1991, p. 79-80.

27 Polytechnicien, philosophe, député et conseiller d ' État ( 1806-1863). Moiroux, Guide illustré, op. cit., p. 296 avec cliché, 72e division, 1ère ligne. Octave Fidière, Chapu, sa vie et son œuvre, Paris, Pion- Nourrit, 1894 , p. 108-112 .

28 Fidière , Chapu, op.cit., p. 131.

29 Stanislas Lami, "Dictionnaire des sculpteurs de l' École française ", Paris, É. Champion, t. 5, Sculpteurs du  XIX" siècle , vol. 1, 1914 , notice Chapu, p. 328-342, à la p. 338.

 30 Avner Ben Amos, "le vif saisit le mort ", op. cit., p. 79-88.

31 Ces dimensions sont précisées par Lami , "Dictionnaire des sculpteurs" op. cit.

32 Fidière , Chapu, op. cit., p. 162.

33 Modèle en plâtre au musée Henri Chapu de Le-Mée-sur-Seine et esquisse dessinée au musée d'Orsay reproduits dans A. Le Normand-Romain, p. 292. Voir aussi la notice de D. Ghesquière et A.-C. Lusseaux dans la base Joconde. 

34 Les titres sont précisés par l'auteur de l'article du "Journal des Débats " , qui pouvait les tenir de l'artiste ou de F.Dosne.

35 Motion votée à cette date par l' Assemblée nationale. Thiers venait d'obtenir de Bismarck un nouvel échelonnement des versements indemnitaires que la France devait à l'Empire allemand.

36 Henry Jouin," La sculpture dans les cimetières de Paris," (...), Macon, Protat frères, 1898  , p . 111-112  . C'est sans doute par lapsus que Lami,' Dictionnaire des sculpteurs' op. cit. , t. 5, p. 340 indique : « l ' Histoire, la Philologie et /' Éloquence ».

37 "ournal des Débats", art. cit.

38 Selon l' auteur de l' article du "Journal des Débats".

39  Lami ,  Dictionnaire des sculpteurs,op.cil.t. VII (vol. 3 du XIXe siècle), 1919 ,  p. 431-436  à  p. 434.

40 Centenaire  Henri Chapu, op.cit.,p. 91, n° 150.

41 Un cliché de la statue isolée , par Eugène Boutier, conservé au Musée d' Orsay (PHO 1996 6 65), précise dans sa légende qu'elle est en cuivre martelé.

42 Le texte est reproduit dans le "Journal des Débats" et aussi dans"le Matin ", art . cit.

43 En  dernier  lieu,  un  billet du  6  octobre 2016 signé de Julien  Anido,  consulté le 6 octobre 2017.

44  Le  monument   de  Nancy  par  E. Guilbert,  élevé  par souscription   sur  la  place Thiers en  1870, n' est  plus visible. La statue de sa réplique, élevée à Bône (Annaba , Algérie) grâce à un émigré  lorrain,  a  été  rapatriée  en  1962 et  se trouve aujourd'hui à Saint-Savin-sur-Gartempe. La statue de Clésinger prévue  pour  Marseille,  refusée  par  la municipalité en place lorsqu' elle fut achevée, donnée à la  ville  par  la veuve du  sculpteur,  a  été  placée  vers  1936 dans la cour de l' École  des  Arts et  Métiers d' Aix-en- Provence.  Une  réplique se  trouve  place du chancelier Adenauer à Paris, devant l' ancien immeuble de la fondation Thiers. Le square Thiers (Paris,  XV1e)  renferme  un médaillon d'Augustin Lesieux.

45  C'est par erreur que M. Le Clère, Cimetières et sépultures à Paris, op. cit., p. 80, date le fait de mai 1971.

 

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