PUBLICATIONS DE L'ACADÉMIE DE STANISLAS

 

La collection des Mémoires de l'Académie de Stanislas forme huit séries distinctes :

1° Mémoires de la Société royale des sciences et belles-lettres, fondée en 1750 par Stanislas, roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar ; 4 volumes in-12, 1754 à 1759.
2° Précis analytique des travaux de la Société des sciences, lettres et arts de Nancy ; 12 fascicules ou volumes in-8°, de 1804 (an XII) à 1833.
3° Mémoires de la Société royale des sciences, lettres et arts de Nancy (Académie de Stanislas) ; 35 volumes in-8°, de 1835 à 1866.
4° Mémoires de l'Académie de Stanislas ; 15 volumes in-8°, de 1867 à 1882.
5° Mémoires de l'Académie de Stanislas ; 20 volumes in-8°, de 1883 à 1902-1903.
6° Mémoires de l'Académie de Stanislas ; 50 volumes in-8°, de 1903-1904 à 1969-1970.
7° Mémoires de l'Académie de Stanislas ; 16 volumes in-8°, de 1970-1971 à 1985-1986.
8° Les volumes de 1986-1987 ouvrent une 8ème série.

Les mémoires de l'Académie de Stanislas, et ceux qui les précèdent, de la Société royale des sciences et belles-lettres de Nancy, ainsi que de la Société royale des sciences lettres et arts de Nancy jusqu'en 1931 sont disponibles sous forme numérisée sur la page des Sociétés savantes de Lorraine du site de la Bibliothèque nationale de France.


Colloques

- Les actes du Colloque en Hommage à Emile Gallé, qui s'est tenu les 28 et 29 septembre 2004, ont été publiés par les Annales de l'Est.
- Les actes du Colloque : l'Education et les Lumières, qui s'est tenu le 14 octobre 2005, ont été publiés sous forme d'un supplément au tome XX des Mémoires

 

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L’esprit académique

 

Paul VERT

Président de l’Académie de Stanislas 2015-2016

 

 

La vie au sein d’une académie est animée d’idées et de sentiments, objets d’échanges qui supposent implicitement un esprit au sens le plus noble. Après avoir exercé la fonction de président annuel, j’ai choisi de faire part de mes réflexions inspirées par la richesse de notre activité.

 

Le mot académie, nous le savons tous, vient de ce lieu des environs d’Athènes où Platon avait situé son école philosophique en 387 AC. Il y eut là plusieurs académies jusqu’en 86 AC. Il n’est pas temps ici d’en faire l’historique. C’est en 1462 que Cosme de Médicis fonde l’Académie platonicienne de Florence qui rassemble de nombreux érudits. On est au début de la Renaissance italienne qui ouvre les esprits aux philosophies grecque et latine et s’écarte de la scolastique. Puis, précédées de l’institution du Collège Royal par François 1er en 1530, viennent en France les académies du Grand Siècle et celles du Siècle des Lumières. C’est là que la Société Royale des Sciences et Belles Lettres de Nancy, future Académie de Stanislas, fut fondée en 1751[1].

 

Notre compagnie est héritière de l’esprit qui cessant d’être endigué était alors autorisé à se répandre, mais il avait des racines bien antérieures[2]. Arrêtons-nous, un instant, sur l’étymologie de ce mot esprit qui vient du latin spirare, souffler, et donne entre autres les mots inspiration pour les poètes, respiration pour physiologistes mais aussi pour les musiciens, enfin le mot spirituel. La polysémie de ces mots convient bien à ce qui nous occupe.

 

L’idéal qui nous rassemble est riche de valeurs fondamentales. Elles sont à la source de l’esprit académique, et nous savons implicitement, presque intuitivement, ce qu’elles sont. Ces valeurs se rejoignent, découlent souvent les unes des autres. Il n’est guère possible d’en concevoir une hiérarchie. L’épanouissement de l’être humain dans toutes ses dimensions est une finalité suprême. Rien de ce qui est humain ne nous est étranger.

 

L’histoire de la culture intellectuelle et spirituelle est l’objet de nos communications et des échanges qui les entourent. Elles s’inscrivent dans une incessante volonté de recherche, dans une quête de la connaissance et du bonheur de savoir. L’approche des thèmes, aussi rigoureuse que possible, se doit d’être objective et rationnelle. Ce sont des caractéristiques de l’esprit académique pour accéder à une part de vérités.

 

Pour atteindre de tels objectifs il est nécessaire que l’académie s’abstienne de tout dogmatisme et soit indépendante des idéologies et des pouvoirs arbitraires. Si les études historiques sont de son champ d’analyse, nous restons au sein de notre compagnie à distance des débats et des tourments politiques. Le respect mutuel est un principe déontologique, un atout pour la liberté de nos échanges. La liberté de conscience fait que les croyances sont respectables pour autant qu’elles ne portent pas les germes de l’asservissement de la pensée. C’est l’esprit de tolérance. C’est aussi l’esprit critique. La diversité des origines professionnelles et des champs d’intérêts de nos membres est une garantie d’enrichissement culturel, un moyen de tendre, certes avec modestie, à un universalisme.

 

Ainsi, la communauté d’esprit peut-elle faire progresser chacun sur le chemin de la connaissance et, par-là, lui permettre de mieux accomplir la mission de diffusion des idées dont notre état fait obligation. En cela, puisque c’est une expression à la mode, l’académie a collectivement le devoir de maintenir et de développer des réseaux relationnels. Il s’agit d’abord des relations interacadémiques que font vivre des réunions régulières dans un contexte lorrain, de grande région ou national. Ici se situe également l’apport de nos membres associés nationaux et internationaux. L’esprit académique ne connait pas de frontières.

 

Le souci de visibilité, en particulier dans notre proche environnement, n’est pas seulement celui de diffuser des connaissances mais aussi de faire valoir une forme d’objectivité et de sagesse. Le choix des thèmes d’interventions hors les murs ou dans les réunions concertées avec la municipalité est l’occasion de montrer notre présence dans l’actualité.

 

Faire vivre l’académie suppose un engagement des membres. Tout le potentiel intellectuel est là, il est immense. L’esprit académique nous garantit de la « ruine de l’âme », il est une forme de générosité spirituelle.

 


[1] Jean-Claude Bonnefont et al – Stanislas et son académie, 250ème anniversaire, Actes du colloque, sept-2001, Presses Universitaires de Nancy 2003.

[2] Tzetan Todorov, L’esprit des lumières, Robert Lafont Edit. Paris, 2006

 

 

 

17 juin 2016 : L’Académie de Stanislas rend hommage à son fondateur le roi Stanislas

 

En donnant ses statuts à la « Société royale des sciences et belles-lettres » le 27 décembre 1751, Stanislas (1677-1766) le roi de Pologne placé par son gendre Louis XV à la tête des duchés de Lorraine et de Bar en vertu des traités de 1735-1736, avait fondé notre compagnie. Celle-ci se devait ainsi qu’elle l’avait fait en 1966 pour le bicentenaire, de participer aux manifestations organisées pour commémorer le 250ème anniversaire de la mort du souverain.


Le 23 février 1766, Stanislas expirait au terme d’une douloureuse agonie causée par d’atroces brûlures. Le long règne du dernier duc de Lorraine prenait fin tragiquement et la Lorraine entière, puisque la France possédait déjà les Trois-Evêchés (Metz, Toul et Verdun), devenait française. En fait si Stanislas avait pu, en prince éclairé, mener une active politique urbanistique à Nancy (Place royale devenue place Stanislas), à Lunéville, à Commercy, et s’engager dans des actions culturelles et de bienfaisance, le pouvoir effectif avait appartenu au représentant du Roi, le chancelier Chaumont de La Galaizière. Le rattachement avait ainsi été soigneusement préparé et il se fit ipso facto sans le moindre trouble. Ce fut en quelque sorte un « non-événement ». En revanche, le contexte dans lequel il s’est produit et ses conséquences, la Lorraine ducale n’ayant pas disparu brutalement, méritent de retenir pleinement l’attention scientifique. C’est dans cette perspective que l’Académie de Stanislas avait choisi de placer sa participation.


A l’initiative de notre regretté confrère, le Professeur François Roth, alors président en exercice, il fut décidé d’organiser une journée d’études, assurée conjointement par l’Académie de Stanislas et la Société d’histoire de la Lorraine et du Musée lorrain. Elle se tint le 17 juin 2016, le matin au château des Lumières à Lunéville, en prélude à l’inauguration de l’exposition  « Stanislas Leszczynski (1677-1766), de l’homme à la légende »,  l’après-midi au palais du Gouvernement à Nancy, avant l’ouverture au Musée lorrain d’une autre grande exposition. Intitulée « La Lorraine pour horizon. La France et les duchés, de René II à Stanislas » elle était centrée sur près de trois siècles de relations entre les duchés et le Royaume, de l’indépendance ducale affirmée par la victoire de 1477 sur Charles le Téméraire à la réunion de 1766. Ces deux expositions ont rencontré un grand succès auprès des Lorrains mais aussi auprès de touristes venus de loin.
François Roth avait suivi de près le déroulement scientifique de la journée et y avait préparé un large public par une brillante conférence dans les Grands salons de l’Hôtel de ville de Nancy le 23 février, date anniversaire de la mort du roi-philosophe. Victime d’un accident mortel le 30 avril, il ne put malheureusement mener l’entreprise à son terme. Mais la journée eut lieu telle qu’il l’avait prévue.

Six mois plus tard, grâce à la diligence d’Alain Petiot, Président en exercice de l’Académie de Stanislas et de Dominique Flon, Président de la Société d’histoire de la Lorraine et du Musée lorrain un très bel ouvrage, richement illustré, rend d’entrée de jeu un juste hommage au travail de F. Roth en gardant la mémoire des communications présentées à la journée d’études du 17 juin 2016.
Dans La réunion à la France des duchés de Lorraine et de Bar et ses conséquences  sont rassemblées sept contributions de membres de l’Académie et de la Société (Jean-Claude Bonnefont, Françoise Boquillon, Dominique Flon, Sophie Mouton, Alain Petiot, François Roth, Francine Roze, Hélène Say-Barbey). Elles conduisent le lecteur des « Relations entre France et Lorraine au travers de quelques médailles » à « L’album du voyage en Lorraine  de l’impératrice Eugénie en 1866 : un exercice de réécriture de l’histoire franco-lorraine », en passant par l’étude de « La Cour souveraine de Lorraine et Barrois de 1737 à 1790 », du « Contexte économique du rattachement de la Lorraine à la France », des « Rémanences d’une fidélité à la Maison ducale : les Lorrains dans les cours européennes (1766-1790) et des « Conséquences de la réunion sur la vie artistique ». On découvre aussi avec émotion le portefeuille en maroquin rouge frappé aux armes de Stanislas et des duchés qui renferme le testament du roi – maintenant mis en ligne sur le site des archives départementales de Meurthe-et-Moselle . C’est avec une émotion égale qu’on lit (p. 103-117) le texte de la conférence donnée par F. Roth le 23 février, « Le roi Stanislas en Lorraine et son héritage ».

Le Président Alain Petiot le rappelle en conclusion : la Région Lorraine, née de la décentralisation avait redonné à l’espace lorrain né de la réunion une véritable cohérence et une réelle « unité » administrative. Elles viennent de disparaître, la Lorraine intégrant un nouveau territoire administratif, le « Grand Est ». Gageons que cette nouvelle expérience de rattachement n’empêchera pas les Lorrains de rester fidèles à tout un héritage d’histoire, de valeurs et d’ouverture.


Jeanne-Marie Demarolle
Président (2008-2010) de la CNA









Stanislas remettant à Chaumont de la Galaizière les statuts de la Bibliothèque royale et publique, le 28 décembre 1750

Jean Girardet, Nancy © Académie de Stanislas



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Du XXIe siècle au Moyen Âge :


l’Académie de Stanislas en excursion à Bure (site de l’ANDRA) et à Joinville.

 

Pour la traditionnelle sortie de fin d’année l’académie nancéienne est partie le 21 juin 2017 aux confins de la Champagne et de la Lorraine, pour découvrir Bure, site emblématique de la gestion actuelle et future des déchets radioactifs et le beau patrimoine urbain de Joinville en Haute-Marne.

La visite des installations de l’ANDRA, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs à Bure, aux confins des départements de la Meuse et de la Haute-Marne, a occupé la matinée. Le site où, pour l’heure, n’est encore stocké aucun déchet radioactif, est médiatiquement connu en raison des manifestations qui y sont menées, de l’occupation du bois Lejuc et de l’opposition judiciaire et administrative de plusieurs associations antinucléaires et de protection de l’environnement. Le centre de Bure est actuellement composé d’un laboratoire souterrain de recherche, d’un espace technologique à vocation pédagogique et d’une écothèque.
L’Académie de Stanislas a été accueillie par le directeur du projet Cigéo, M. Frédéric Launeau, qui a exposé avec clarté et conviction les problèmes scientifiques, techniques, environnementaux que pose la gestion des déchets radioactifs (environ 2 kg par an et par habitant en France) avant de faire visiter l’espace technologique.
Le laboratoire souterrain, a été implanté à 500 m de profondeur pour mener, dans des conditions à l’identique, les études et les simulations nécessaires pour mesurer les divers effets de la gestion des déchets radioactifs de haute et de moyenne activité à vie longue (entre 600 et mille ans). Ces déchets, à partir de 2030, seront enfouis à Bure dans une couche géologique. Là se trouve une couche d’argile compacte d’environ 130 m d’épaisseur du callovien –oxfordien, stable depuis 160 millions d’années et aux remarquables propriétés de confinement. L’immersion dans les fonds marins étant interdite depuis 2003, l’enfouissement géologique est la solution actuelle, en Europe, pour ce type de déchets provenant de tous les types d’utilisation du nucléaire (électricité, défense, santé…). Dans le cadre du projet Cigéo (Centre industriel de gestion de stockage géologique) les recherches doivent permettre de choisir les meilleures (compte tenu de l’état actuel de la science et de la technologie) solutions pour implanter un stockage sûr, pérenne mais réversible. Au cours de sa présentation M. Launeau a bien souligné l’intégration du projet dans l’évolution du territoire local et les divers enjeux, y compris ceux de la transmission. Les générations futures devront être à même d’introduire des évolutions et de « sanctuariser » le site lorsque le stockage sera fermé vers 2150. Ensuite, la visite commentée de l’espace technologique a fait découvrir un segment de galerie d’enfouissement à l’échelle 1/1, des prototypes de conteneurs de stockage, les modalités d’acheminement et d’installation des « colis » conditionnés sur les lieux de production (400 kg de verre pour 70 kg de déchets) dans les alvéoles des galeries.


Après cette vertigineuse plongée allant des temps géologiques à l’horizon 2150 le groupe a gagné Saudron, en Haute-Marne, pour un sympathique repas dans une ferme auberge en pleine nature. Ce fut un moment animé de convivialité qui permit d’apprécier le vin de pays des coteaux de Coiffy (au sud–est du département).


L’après-midi fut consacrée à la petite ville de Joinville, patrie du célèbre chroniqueur (vers 1235-1317) de saint Louis qu’il avait accompagné à la croisade. Traversée par la Marne, Joinville peut s’enorgueillir d’un important patrimoine Renaissance. Il doit beaucoup, en effet, au premier duc de Guise, Claude de Lorraine (1496-1550), fils du duc de Lorraine René II. Il accompagna François Ier en Italie et, comme le roi de France, fut conquis par l’art italien de la Renaissance. Trop longtemps laissé à l’abandon et vandalisé, le patrimoine de Joinville bénéficie aujourd’hui d’une ambitieuse réhabilitation qui doit dynamiser cette petite agglomération de 3500 âmes.
À l’hôpital, fondé en 1567 par la veuve de Claude, Antoinette de Bourbon, dans deux salles lambrissées de belles boiseries, est présentée une belle collection de pots à pharmacie en faïence au décor bleu et de bouteilles de l’ancienne apothicairerie. L’église Notre-Dame de-la-Nativité, où un impressionnant portail Renaissance est en cours de restauration, abrite une monumentale mise au tombeau du XVIe siècle, offerte au couvent des Cordeliers par Antoinette de Bourbon. Une gestuelle maniériste, des poses extatiques renforcent le pathétique de la scène en ronde bosse. La journée prit fin au Grand Jardin où le château dit « d’en bas » (il ne reste que quelques vestiges à flanc de colline du château médiéval, le « Château d’en haut » détruit à la Révolution) fut érigé par Claude de Lorraine. Il n’était pas destiné à être habité mais devait exposer la puissance, la munificence de Claude de Lorraine. Il comporte donc une seule grande salle où se donnaient bals et réceptions. La demeure était mise en valeur par le jardin parcouru de canaux qui l’entourait, le tout étant directement inspiré par l’Italie. Le Grand Jardin a été racheté et superbement remis en état par le conseil départemental qui en a fait un centre culturel éclectique. Espérons que les efforts des autorités, l’enthousiasme des amoureux du patrimoine local redonneront un nouveau souffle à Joinville, frappée par la crise qui affecte de nombreux territoires.
Cette journée, forte en découvertes, en échanges, en interrogations sur notre responsabilité envers les générations futures, illustre bien la démarche ouverte de l’académie de Stanislas, attentive aux défis de la modernité dans l’avenir de notre civilisation , à l’intérêt intrinsèque du patrimoine mais aussi à l’atout qu’il représente pour le développement économique.

 

Jeanne-Marie Demarolle
Correspondant de l’Académie de Stanislas auprès de la CNA