PUBLICATIONS DE L'ACADÉMIE DE NÎMES

 

 

LA  FAMILLE  HOFFMANN

OU  LE  MÉCÉNAT  SANS  FRONTIÈRES

 

 par Jacques MEINE

 membre de l’Académie de Nîmes

 

 Alors que les fondations LUMA et Vincent Van Gogh font l’actualité en Arles, il faut remonter aux sources, si l’on veut comprendre l’esprit qui pousse la famille Hoffmann, au fil de trois générations, à consacrer sa fortune à la recherche de l’excellence et au partage de celle-ci avec tous. Si j’aborde devant vous cette thématique, c’est que, durant notre tranche de vie bâloise, mes proches et moi-même avons côtoyé plusieurs acteurs de cette saga familiale et bénéficié avec bonheur de leurs institutions culturelles.

 

Fritz Hoffmann (1868-1920) et la F. Hoffmann-La Roche & Cie

 Fritz Hoffmann avait 26 ans lorsque, à la fin d’un double apprentissage dans la banque et le commerce, il acquit une modeste fabrique de produits de droguerie située Grenzacherstrasse 124 à Bâle, à un saut de la frontière allemande, là où aujourd’hui se trouve le siège mondial des Laboratoires Roche. En 1896, avec l’aide de son père qui était fabriquant de rubans, il crée l’entreprise à laquelle il associe, selon l’usage alémanique, le nom de son épouse, Adèle La Roche[1]. Bien que celle-ci n’y eût nullement contribué financièrement, c’est « Roche » qui en sera désormais la marque. Le jeune entrepreneur affiche d’emblée quatre objectifs qui assureront la croissance de son entreprise… et la fortune de sa descendance :

 -          produire des spécialités pharmaceutiques en gros,

 -          exporter et s’implanter à l’étranger,

 -          pratiquer une politique d’autofinancement intégral,

 -          cultiver le contact avec le corps médical[2].

 L’année suivant sa création, la F. Hoffmann-La Roche & Cie a déjà deux filiales, la Deutsche Hoffmann-La Roche, à Grenzach, ‒ juste de l’autre côté de la frontière ‒, puis une autre en Italie. En 1912, la firme aura essaimé dans neuf pays et trois continents. Fritz Hoffmann avait eu l’idée de standardiser la production de remèdes basiques naturels. De là à développer une chimie d’extraction, il n’y avait qu’un pas qui fut vite franchi. Le succès fut au rendez-vous avec une potion à base de  thiocol, substance amère que Fritz rendit buvable à l’aide d’extraits d’écorces d’orange, comme il l’avait vu faire en 1892 par les habitants de Hambourg qui édulcoraient ainsi l’alcool censé les protéger de l’épidémie de choléra sévissant dans leur ville. Réputée combattre refroidissements, toux, bronchites et autres maladies pulmonaires, la Siroline demeurera un produit de grande vente international durant plus de soixante ans. Bientôt, cela deviendra plus scientifique avec des cardiotoniques et des analgésiques.

 Après la disparition, à 52 ans, de Fritz Hoffmann, la dynamique de la création industrielle se poursuivra sous la direction du Dr Emil Christoph Barell, avec la vitamine C, synthétisée par Tadeusz Reichstein en 1933 ; viendront ensuite les premiers sulfamides en 1949 et peu après le Rimifon, premier traitement curatif de la tuberculose ; puis les Librium et Valium, ouvrant dès les années 1960 le marché prometteur des tranquillisants. L’entreprise bâloise, tout en maintenant une majorité des actions entre les mains familiales, devient l’un des leaders mondiaux de l’industrie pharmaceutique. Elle collabore avec les meilleurs chercheurs, tel Tadeusz Reichstein qui sera Prix Nobel de médecine en 1950 pour ses travaux sur la corticosurrénale et la cortisone.

 De l’union de Fritz Hoffmann avec Adèle La Roche étaient nés deux fils : Emanuel en 1896 (fig. 1) et, deux ans plus tard, Alfred. Ce dernier dilapidera dans des projets fantasques l’intégralité de ses actions. Devenu minoritaire dans l’entreprise, Emanuel devra se contenter, dans un premier temps, d’en diriger la succursale de Bruxelles[3], accompagné de sa jeune épouse Maja, née Stehlin.

  

 

 Fig. 1. Emanuel Hoffmann (1896-1932), (collection particulière)

 

 Emanuel et Maja, une passion partagée

 Fille d’un architecte bâlois réputé, Maja Stehlin (fig. 2) avait rêvé de suivre les traces de son père, mais avait dû y renoncer, l’architecture n’étant alors pas un métier accessible aux femmes. Elle se forma comme sculptrice, à Munich, puis comme élève de Bourdelle à Paris, tout en suivant un cours de dessin à l’Académie de la Grande Chaumière[4]. Ses travaux sur la glaise, la pierre ou le bois, révèlent l’influence des cubistes et de ses rencontres avec Modigliani et Max Ernst. Ses séjours à Paris puis à Bruxelles, dès son mariage avec Emanuel Hoffmann en 1921, l’introduisirent dans la scène de l’art contemporain, où elle acquit des tableaux importants de Pablo Picasso, Wassily Kandinsky et Paul Klee. Visitant les ateliers de Henry Van der Velde, James Ensor, Georges Braque, Piet Mondrian, Constantin Brancusi, Joan Miró, gagnant leur confiance et leur amitié, elle leur acheta directement leurs œuvres. Elle accorda à Jean Arp, durant ses temps de disette, une aide matérielle régulière. Sans qu’elle le recherchât vraiment, elle exerça ainsi un mécénat très particulier, devenant une confidente, une protectrice ou, comme elle le formula elle-même « une figure de mère »[5].

 Emanuel partageait avec Maja cette passion pour l’art le plus neuf. Recevant artistes, musiciens, éditeurs et critiques d’art, ils constituèrent rapidement une collection importante. Une toile toute fraîche de Chagall, L’Acrobate, avait ouvert la série de leurs acquisitions[6], suivie d’œuvres d’expressionnistes belges ainsi que des toutes premières aquarelles de Miró. Et quand La fiancée du vent vint prendre sa place comme première œuvre de Max Ernst dans l’appartement de Bruxelles, « s’ouvrit au couple un monde nouveau »[7], rapporte l’historienne de l’art Erika Billeter.

 Maja et Emanuel Hoffmann eurent trois enfants : Andreas en 1922, Lukas en 1923, qui francisera son prénom en Luc dès son installation en Camargue et sera à l’origine de la branche que nous appellerons « arlésienne », et Vera en 1924, qui sera à l’origine de la branche Oeri-Hoffmann (voir tableau 1).

 

 

 Fig. 2. Maja Hoffmann-Stehlin

 (Maja Sacher-Stehlin à partir de son second mariage avec Paul Sacher en 1934), (collection particulière).

 

Emanuel Hoffmann (1896-1932), une vie tronquée

 À partir de 1930, après cinq ans d’éloignement à Bruxelles, Emanuel réintégra le siège bâlois comme sous-directeur. La maison du couple, le Lilienhof, dans le quartier résidentiel de Gellert, fut rapidement un point de convergence de la vie culturelle locale dont Emanuel devint, après son élection à la présidence du Kunstverein, l’un des protagonistes. Lors de la première assemblée qu’il dirigea en juin 1932, il répondit aux voix discordantes reprochant à la Société des arts de poursuivre des tendances trop modernistes :

 De tels reproches devraient progressivement se taire dans une ville qui s’intéresse avec autant d’intérêt et de compréhension à la musique moderne. Les beaux-arts et la musique ne sont-ils pas des expressions d’une seule et même culture ? Le Kunstverein n’a-t-il pas la tâche de se préoccuper avant tout de l’art d’artistes vivants ? Nous sommes loin de prétendre que nos expositions ne montrent que des chefs-d’œuvre, des sommets de la production artistique. Mais nous justement, nous cherchons, la vie n’est jamais immobile et chaque génération est à la recherche de la forme dans laquelle elle peut le mieux s’exprimer[8].

 L’allusion à la musique faisait référence à Paul Sacher qui s’attachait à promouvoir les œuvres contemporaines avec l’Orchestre de chambre de Bâle (BKO, Basler Kammerorchester) qu’il avait fondé en 1926.Le ton était donné, tant pour l’orientation qu’Emanuel imposa au Kunstverein que pour l’esprit animant la collection du couple. Mais, cette même année 1932, la mort accidentelle d’Emanuel mit un terme brutal à cette complicité conjugale si prometteuse. Luc Hoffmann, son fils, nous rapporte avec une sobriété qui dissimule mal la douleur du petit garçon de 9 ans qu’il était alors :

 En 1932, mon père succombait à un accident d’automobile. Il avait alors 36 ans. Moins d’une année après, mon frère disparaissait à son tour. Ma mère, ma sœur et moi nous retrouvions seuls. Ce fut la fin d’une époque[9].

 L’exposition commémorative du Kunstverein en hommage à son président défunt présenta les 120 œuvres de peinture et sculpture contemporaines que Maja et Emanuel avaient réunies avec passion en moins d’une décennie.

 

 Maja Hoffmann-Stehlin (1896-1989), une femme forte face à l’adversité

 Pour prolonger le projet commun, Maja Hoffmann ne tarda pas à créer la fondation qui porte le nom du défunt. On n’en peut lire sans émotion l’acte constitutif, daté du 6 juillet de cette année 1933 où la jeune veuve perdit son fils âgé de 10 ans (il avait été emporté par une leucémie), et où l’Europe assistait, impuissante, à l’irrésistible montée des forces du Mal :

 Dans notre ville surtout, où règne la tendance de considérer hier comme seul valable, et où la confiance en aujourd’hui et demain est si faible, il me semble important de dire oui au présent et d’exprimer son espérance dans l’avenir[10].

  La Emanuel Hoffmann-Stiftung ne se contentera pas de livrer au public une collection comptant parmi les meilleures de son époque, ouvrant ainsi le musée des Beaux-Arts de Bâle à l’art contemporain ; elle pérennisera cette action par des donations destinées, selon les termes de l’acte fondateur, « à collectionner des œuvres qui, usant de moyens d’expression nouveaux, annonciateurs d’avenir, ne pouvaient être comprises d’emblée du public contemporain[11]. » Durant sa longue vie, Maja n’aura de cesse qu’elle ne réalise les trois buts qu’elle s’était fixés : collectionner, conserver et faire connaître un art nouveau. Quand elle crée la Fondation Emanuel Hoffmann, c’est sa propre collection qui en constitue le fonds.

 

Paul Sacher (1906-1999), chef d’orchestre, mécène, collectionneur, gestionnaire

 En 1934, Maja épouse en secondes noces Paul Sacher et construit selon ses propres plans dans la campagne bâloise la villa Schönenberg, où vivra désormais sa famille. Luc Hoffmann décrit en peu de mots son beau-père :

 Paul Sacher était un homme très déterminé. Une personne extrêmement organisée, un brillant chef d’orchestre. Là était sa principale activité. Malgré cela, il a joué un rôle décisif au sein du conseil d’administration de Roche[12].

 Maja avait, en effet, confié la gestion de sa fortune à Paul Sacher qui, saisissant une opportunité financière, était parvenu à rentrer en possession des actions perdues[13]. La famille Hoffmann était donc redevenue et restera, grâce à lui, propriétaire d’une part importante de l’entreprise. Sacher avait étudié la musicologie à l’université et la direction d’orchestre au conservatoire de musique ‒ la Musikakademie ‒ de Bâle. Il avait juste 16 ans lorsqu’il fonda l’Orchestre des jeunes de Bâle, qui deviendra peu d’années plus tard le Basler Kammerorchester (BKO), dont il a été question plus haut. Sur cette lancée, il sera peu après l’un des promoteurs de la section bâloise de la Société internationale de musique contemporaine (en allemand, IGNM)[14], qui permettra de révéler de nouveaux talents. En 1933, il sera cofondateur de la Schola Cantorum Basiliensis, qui figure aujourd’hui parmi les écoles les plus renommées de formation et de recherche en musique ancienne. En 1941, il crée le Collegium musicum de Zurich qu’il dirigera durant plus de cinquante ans, notamment dans le cadre du Festival international de Lucerne. Sacher disposera ainsi des moyens qui lui permettront de réaliser ses objectifs : approfondir son exploration musicologique et révéler une musique contemporaine, jusqu’alors ignorée du public.

 Le BKO fera le bonheur des mélomanes bâlois avec des œuvres de Bartók, Stravinski, Berio, Britten, Holliger, Honegger, Martinů, Boulez, Messiaen, Dutilleux et combien d’autres, dont de nombreuses créations sur commande de Sacher lui-même[15]. Nous nous souvenons avec émotion de Karlheinz Stockhausen dirigeant son Voyage de Michael autour de la terre, jusqu’à ce que le son de la trompette de son fils Markus s’évanouisse dans une nuit profonde. Avec recueillement, nous avons vécu la création des Hymnes du silence de Norbert Moret, que Sacher s’efforçait de tirer d’un oubli immérité. Paul Sacher ne connaissait pas le clivage des générations, ni d’ailleurs celui des styles. Avec amusement et respect, nous l’avons vu diriger un groupe de jeunes percussionnistes devant Méta-Harmonie, une gigantesque et tonitruante « machine à musique » de Jean Tinguely lors de l’inauguration, en 1980, du Musée d’art contemporain de Bâle. En hommage à Paul Sacher pour ses 70 ans, Rostropovitch commanda à douze compositeurs[16] un cycle de pièces pour violoncelle sur le thème du nom de S-A-C-H-E-R (mi, la, do, si, mi, ré, selon la notation allemande) qu’il créera lui-même.

 Dès 1973, Paul Sacher confie à une fondation toute sa documentation. Destinée à la recherche, la Paul-Sacher-Stiftung comprendra l’ensemble des manuscrits des œuvres qu’il a commandées (ce sont plus de 250), sa bibliothèque, sa correspondance, l’ensemble des archives Stravinsky ainsi que celles de Webern, Honegger et d’autres.

 

Maja et Paul Sacher, un couple complémentaire

 Maja et son second mari formèrent un couple admirablement complémentaire. Peu après la disparition de son épouse, Paul Sacher relate avec beaucoup d’émotion :

 Maja a ardemment pris part à mon activité musicale. Elle était présente à chacun de mes concerts et m’a accompagné à toutes mes tournées. Elle avait une faculté de jugement souveraine pour toutes les questions de l’art, surtout de reconnaître des talents novateurs. Maja a gardé toute sa vie l’enthousiasme avec lequel, jeune femme, elle admirait Jean Arp et à un âge avancé s’engagea pour Joseph Beuys. C’est à 80 ans qu’elle se décida à créer le musée d’Art contemporain. Tout au long de notre vie de couple, Maja m’a ouvert le monde de la peinture et de la sculpture, me faisant visiter les ateliers et rencontrer des peintres et sculpteurs de la jeune génération[17].

 Nombreux furent les visiteurs accueillis par les Sacher, tant au Schönenberg qu’à Saanen (dans l’Oberland bernois) ou au « Agresto » (dans le Chianti) : Bohuslav Martinů et sa femme Charlotte, Conrad Beck, Béla Bartók, Georges et Marcelle Braque, Arthur Honegger et sa famille, Constantin Regamey, Frank et Maria Martin, Dinu Lipatti et Madeleine, Max Ernst, Mstislav Rostropovitch et sa famille, Alberto Giacometti, Bernhard Luginbühl, Jean Tinguely, Pierre Boulez, Henri Dutilleux, Cristóbal Halffter pour ne citer que les plus illustres. Voici quelques exemples parmi les plus révélateurs :

 Béla Bartók et Paul Sacher s’étaient liés d’amitié en 1929, à l’occasion d’un concert de musique de chambre. Au printemps 1936, Bartók reçut de Sacher une lettre lui demandant de composer une œuvre pour orchestre destinée à être exécutée lors du concert du dixième anniversaire de la fondation du BKO. Moins de trois mois plus tard, il mettait le point final à la Musique pour cordes, percussion et célesta. Il dédia son chef d’œuvre à Paul Sacher et à son orchestre de chambre qui, le 21 janvier 1937, en donnèrent la création qui fit grande impression. Quelques mois plus tard, Sacher adressa au compositeur une nouvelle demande, souhaitant une œuvre de musique de chambre pour très petit ensemble, destinée à la section bâloise de l’IGNM. La création de la Sonate pour deux pianos et percussion eut lieu le 16 janvier 1938, Bartók et son épouse Ditta Paszory se chargeant des deux parties de piano. Paul Sacher passa une troisième commande à Bartók, une composition pour orchestre à cordes. Alors que la situation était tendue en Hongrie, les Sacher invitèrent le compositeur dans leur chalet de Saanen. C’est là que, du 2 au 17 août 1939, fut écrit le Divertimento pour cordes. Dans une lettre à son fils Bélo, Bartók écrivit qu’il avait pu se consacrer à son art sans entraves, « …étant, comme un musicien du temps passé, l’invité d’un mécène. De loin, M. et Mme Sacher s’occupent de tout pour moi. Ils m’ont même fait venir un piano de Berne[18]. » Ses rapports avec Bâle auront été éminemment féconds pour Bartók, puisque les trois ouvrages composés pour cette ville sont ses chefs-d’œuvre les plus joués dans le monde. De retour en Hongrie, Bartók s’oppose au régime en place. En octobre 1940, Béla et Ditta doivent quitter la Hongrie. Ils gagnent la Suisse, mais craignent d’y rester, redoutant que ce pays ne pût demeurer à l’écart du conflit. Paul Sacher et quelques amis suisses organiseront leur exode aux États-Unis via Lisbonne. Dans une lettre d’adieux postée à Genève, Bartók exprime aux Sacher sa crainte : « Que votre pays puisse être protégé contre les bottes qui menacent de l’écraser[19]. »

 Quand Bohuslav Martinů, mis à l’écart et errant en Europe, est frappé d'un cancer, les Sacher lui ménagent un refuge au Schönenberg où il passera, avec son épouse Charlotte, les deux dernières années de sa vie. Il décédera en 1959 à l’hôpital de Liestal, tout proche, et sera inhumé à l’orée du Schönenberg. Vingt ans plus tard, les autorités de la République démocratique tchécoslovaque transféreront la dépouille de Martinů à Polička, sa ville natale, avec l'accord et en présence de la veuve du défunt, mais contrairement aux dernières volontés de celui-ci.

Lorsqu’en 1978 Mstislav Rostropovitch est déchu de sa nationalité russe par les autorités soviétiques, c’est chez les Sacher qu’il est accueilli et se reconstruit, ce qui valut aux Bâlois des concerts inoubliables, comme les Suites pour violoncelle de Bach sous les voûtes romanes de la cathédrale.

 Maja avait une prédilection pour les sculptures en métal. Pour la Fondation Emanuel Hoffmann, elle avait acquis, en 1948, un Mobile de Calder et, en 1962, Enclume de Rêve X de Chillida. Au cours des années 1960, elle avait découvert la jeune génération des plasticiens suisses Tinguely et Luginbühl (fig. 3), et leur témoigna son soutien par d’importantes commandes destinées à orner le siège de la direction de « Roche ». Jean Tinguely devint un ami particulièrement proche et toujours bienvenu chez les Sacher. Maja avait 70 ans, alors que l’artiste, avec ses 44 ans, était à l’apogée de son œuvre créatrice, quoique ses « machines » ne fussent encore guère prises au sérieux. Immédiatement s’établit une fascination réciproque donnant lieu, entre 1969 et 1989, aux 141 Lettres à Maja[20], adressées à toutes occasions et signées « Jeannot » Tinguely, souvent conjointement avec son épouse Niki de Saint Phalle. En un agencement en apparence chaotique, l’artiste y exprime ses sentiments et relate les événements de sa vie par des phrases toutes simples ‒ en dialecte bâlois ‒ entrelacées de dessins et collages, faisant de chacune une véritable œuvre d’art. Pour la petite histoire, Tinguely, en 1973, demanda à Maja Sacher de devenir la marraine de son fils nouveau-né Jean Milan. Celle-ci consentit, à condition que sa petite-fille Maja Oeri soit seconde marraine. C’est ainsi que Milan eut deux marraines, l’une de 79 ans, l’autre de 17[21].

 

Fig. 3. En 1976 au Schönenberg. De gauche à droite : Paul Sacher,  Maja Sacher, en compagnie des sculpteurs Jean Tinguely et Bernhard Luginbühl, (collection particulière).

 

Aussi un mécénat d’entreprise

 Parallèlement à la Fondation Emanuel Hoffmann, Maja Sacher avait commencé à acquérir des œuvres contemporaines pour les bâtiments du siège bâlois de « Roche », en se donnant pour  devise : « Là où l’on fait de la recherche, règnent aussi l’esprit de pionnier et la joie de la découverte[22]. » Un agrandissement de l’entreprise avait favorisé son projet. Dans les années 1970, sur commande de Maja, plusieurs œuvres firent leur entrée dans les nouveaux locaux : une grande sculpture en fer de Chillida, Oyarek II (1969), une sculpture en pierre blanche de Henry Moore, suivies d’un bronze de Jean Arp. Pour sa Grande spirale, placée devant l’institut d’immunologie, Jean Tinguely s’était inspiré des recherches de la firme commanditaire sur la structure spiralée de l’ADN.

 Maja a ainsi initié un mécénat d’entreprise en stimulant la création d’œuvres plastiques contemporaines destinées à l’architecture industrielle moderne. Elle poussa la direction de Hoffmann-La Roche à accorder des soutiens financiers à des manifestations artistiques, telle une importante contribution à la réalisation de la Fontaine Stravinsky de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle, que vous connaissez tous à Paris[23]. C’est à Bâle, où il enseignait à la Musikakademie, que Pierre Boulez s’était enthousiasmé pour la Fasnachtbrunnen (Fontaine du carnaval) de Jean Tinguely et avait puisé l’idée d’animer de semblable façon la place Stravinsky, plafonnant l’IRCAM au-devant du Centre Pompidou, jusqu’alors morne et déserte. Amenant sur place, à Bâle, madame Pompidou et le maire de Paris, Jacques Chirac, il avait réussi, avec succès, à les convaincre. La contribution du groupe pharmaceutique au cofinancement apparaît dans la liste des donateurs sous le terme discret de « fonds privés ».

 Ce mécénat d’entreprise culmina avec la création du Musée Tinguely à Bâle (architecte Mario Botta), inauguré en 1996, et, la même année, le financement de Canto d’Amore, une exposition de grande envergure au Kunstmuseum, mettant en parallèle la musique et les beaux-arts du classicisme moderne, à l’occasion du dixième anniversaire de la Fondation Paul Sacher[24]. Ces manifestations, toutes à la mesure des objectifs que s’étaient fixés Maja et Paul Sacher, témoignent d’une relation forte entre la firme et la famille Hoffmann. Ainsi, dans son allocution de bienvenue à l’exposition, le président du conseil d’administration de Roche, le docteur h.c. Fritz Gerber, n’avait pas manqué de relever combien l’ampleur de vues de Paul Sacher, son inspiration, sans oublier son engagement culturel au long des décennies de son mandat avaient été bénéfiques à l’entreprise.

 

 La dynamique de la Fondation Emanuel Hoffmann

 Le style personnel de la collectionneuse marqua d’une manière décisive durant plusieurs décennies la Fondation Emanuel Hoffmann, qu’elle présida jusqu’en 1979. Écoutons Erika Billeter qui en publia l’inventaire en 1980 :

" Maja Sacher a été la première femme à générer des tendances qui eurent un retentissement après la Seconde Guerre mondiale. Je suis certaine que les femmes collectionnent autrement que les hommes. Elles se laissent enthousiasmer beaucoup plus inconditionnellement et plus rapidement, sont plus émotionnelles face à l’œuvre d’art. Maja Sacher a parcouru la scène de l’art de son époque avec une sûreté de somnambule, s’est intéressée à des artistes que presque personne ne connaissait alors et qui aujourd’hui ont été confirmés par la réalité de l’histoire, a acheté, collectionné avec l’instinct le plus sûr pour le meilleur. Et a ainsi réalisé ce qui lui était donné au plus profond de son être : reconnaître la beauté là où elle était encore inaccoutumée. Elle a collectionné des contemporains à un moment où ils n’avaient encore aucune chance d’être reconnus. Elle a soutenu des artistes qui n’avaient pas encore d’acheteur. Il n’y a pas un artiste de sa collection qui ne compte parmi les maîtres de ce siècle[25]".

 En 1941, la fondation avait légalement déposé de façon permanente les œuvres de sa collection au musée des Beaux-Arts de Bâle. Après l’acquisition des modernes classiques avec Gris, Picasso, Arp, Delaunay, la collection s’attachera de plus en plus au contemporain immédiat avec des œuvres de Calder, Giacometti, Pollock, Tobey, Rothko, Chillida. Puis, ce sera l’envol des années 1970 avec Beuys. Maja avait certes vécu comme un choc sa première découverte de Joseph Beuys à l’occasion d’une exposition à la Kunsthalle de Bâle. Elle ne s’engagea pas moins en faveur de l’artiste allemand qui était alors violemment décrié, en parvenant à vaincre les réticences au financement d’une grande exposition au musée des Beaux-Arts ; et surtout en achetant courageusement pour la Fondation Emanuel Hoffmann une remarquable suite de dessins et aquarelles issus de la collection van der Grinten[26], ainsi qu’une sculpture importante intitulée Schneefall (« chute de neige », une installation déposée sur le sol et composée de petits troncs dénudés de sapin recouverts de couches de feutres). Dès le milieu des années 1970, un nouvel espace devint nécessaire suite au prêt a long terme à la ville de Bâle d’une importante partie de la collection d’art minimal du comte Panza di Biumo, comprenant des œuvres de Donald Judd, Carl Andre, Sol Lewitt, Richard Serra, Bruce Nauman, Richard Long... Une donation de Maja Sacher permit la création du musée d’Art contemporain de Bâle, inauguré en 1980, qui fut alors le premier musée au monde à mériter ce nom[27].

 Pérennité de l’héritage culturel

 Les deux enfants de Maja et Emanuel Hoffmann, Vera et son frère Luc, puis leurs descendances (v. tableau 1), assureront, chacun à sa façon, la pérennité de l’héritage culturel laissé par Maja et ses deux époux successifs. Vera Oeri-Hoffmann fut durant de longues années secrétaire particulière de Paul Sacher, puis sera présidente des Fondations Emanuel Hoffmann et Paul Sacher. Elle joua un rôle essentiel dans la construction du musée d’Art contemporain et du musée Tinguely. Gestionnaire accomplie, celle qui passait pour la femme la plus riche de Suisse était la discrétion même, toujours accessible au dialogue durant les pauses des concerts qu’elle fréquentait assidûment. Son mari, Jakob Oeri, lui-même membre du conseil d’administration de « Roche », était chirurgien et l’un de mes patrons au service de chirurgie de l’Hôpital universitaire de Bâle. Lors d’une réception du staff chez les Oeri, c’était la maîtresse de maison qui, en toute simplicité, nous servait. Après sa disparition en 2003, sera créée la Fondation Vera Oeri pour promouvoir et soutenir l'Académie de musique de la ville de Bâle, dont elle financera la construction de la bibliothèque qui porte son nom[28].

 Maja Oeri, fille de Vera et Jakob Oeri-Hoffmann, reprendra le flambeau à la présidence de la Fondation Emanuel Hoffmann en 1995, après avoir été invitée par Maja Sacher à siéger au conseil de la fondation avec sa cousine Maja Hoffmann dès 1977, les deux branches de la famille se partageant le financement et la responsabilité de la collection. Avec le Schaulager, inauguré en 2003, Maja Oeri donne à la fondation un nouvel essor, suivant la ligne de sa grand-mère Maja : « collectionner pour tracer l’avenir[29] ». Entre parenthèses, notez la récurrence des prénoms emblématiques Maja et Vera, révélant quasiment une dynastie féminine au sein de la famille Hoffmann. Il s’agissait d’abriter dans des conditions de conservation optimales toutes les œuvres de la fondation hors celles déposées et exposées dans les musées bâlois. Le Schaulager (littéralement dépôt ou stock d’exposition), que Maja Oeri a imaginé avec le Conseil de la Fondation Emanuel-Hoffmann, dont elle a financé intégralement les travaux et qu’elle gère par le biais de la Fondation Laurenz à la mémoire d’un jeune fils défunt, est une institution totalement inédite, « pas un musée, pas un dépôt traditionnel, un lieu où voir et concevoir l’art autrement[30]. » Situé en pleine zone industrielle de Bâle, le bâtiment aux allures de forteresse (fig. 4) signé Herzog et de Meuron[31] se prête admirablement, avec ses cinq étages[32] de chacun 2 500 m², à la conservation et la présentation des œuvres et installations avides d’espaces de la « nouvelle contemporanéité » détenues par la Fondation Emanuel Hoffmann.

 

 

Fig. 4. Le  Schaulager, dans la zone industrielle de Bâle, 2003, Herzog et de Meuron, architectes,

 photo Ruedi Walti, Bâle (collection Schaulager).

  Il est en priorité réservé à la recherche et à l’enseignement supérieur, tout en étant accessible au grand public lors d’expositions temporaires. La conception de ce lieu unique de promotion de l’art contemporain et de recherche scientifique valut à Maja Oeri le titre de docteur honoris causa de l’université de Bâle « …pour avoir, suivant la tradition de sa famille, contribué de manière décisive à élever Bâle au rang de ville d’art internationale », nous dit l’éloge prononcé à cette occasion.

 Première à être élue membre étranger dans le Conseil consultatif de la Tate Modern de Londres, Maja Oeri quittera cette fonction après quelques années pour devenir, en 2003, trustee du Museum of Modern Art à New-York. Dès lors, la Fondation Laurenz, le Schaulager et le MoMA travaillent en coopération régulière. Ce lien étroit permit à la Fondation Emanuel Hoffmann de faire, en commun avec le MoMA, l’acquisition de Days, une installation majeure de Bruce Nauman.

 Ajoutons que Maja Oeri a créé en 2002 et finance dès lors un poste de professeur assistant, « Laurenz Assistenzprofessor », au séminaire d’art contemporain de la faculté des Lettres et d’Histoire de Bâle, instituant ainsi un lien permanent entre le Schaulager et l’Université. En 2013, elle a fait don d’un second poste de professeur, pour la théorie de l’art, avec le titre de « Schaulager Professor ». Mais elle ne s’est pas arrêtée là. Elle a donné à la Ville de Bâle les moyens d’acheter un bâtiment prestigieux, voisin du musée des Beaux-Arts, qui était auparavant le siège de la Banque nationale suisse. Ce bâtiment abrite maintenant l’administration du musée, le séminaire d’art de la faculté des Lettres et d’Histoire de l’université de Bâle, et sa bibliothèque d’art. En 2016 sera inauguré le bâtiment d’agrandissement du Kunstmuseum (conçu par les architectes Christ & Gantenbein). Elle y a contribué, avec la Fondation Laurenz, à la hauteur de 50 millions de francs suisses.

 

Luc Hoffmann[33] (né en 1923), défenseur de la Camargue et de la biodiversité

 Monsieur Luc Hoffmann (fig. 5) est tout le contraire d’un écologiste politique. À ma question de savoir si le qualificatif de géo-écologiste lui convenait, il répondit : « Pourquoi pas ? », du ton détaché de celui à qui toute catégorisation importe peu. Il est un scientifique engagé qui ne se contente pas de publier ses observations, mais en mesure la portée, mettant tout en œuvre pour les concrétiser sur le terrain.

 

Fig. 5. Luc Hoffmann, un scientifique engagé,(collection particulière).

  Enfant, il était passionné par les oiseaux, allant les observer dans la « Petite Camargue alsacienne », une zone humide protégée aux portes de Bâle. Puis, à 16 ans, avec un camarade, il entreprend une expédition à la réserve naturelle des Sept-Îles, en Bretagne, où il a la chance d’identifier une espèce alors encore inconnue en France, le fou de Bassan. Il note ses observations et, la même année, il adhère à la Société suisse d’ornithologie, où il publie ses premiers travaux. Un début d’études de chimie destinées à l’intégrer dans l’entreprise familiale ne l’avait pas fait renoncer à sa passion, et c’est vers la biologie qu’il va résolument bifurquer. À 23 ans, il met le cap sur la Camargue. C’est le coup de foudre. Écoutons-le :

 "C’était magique ! La Camargue, c’est une vue qui ne présente aucune limite… En fait, ce premier voyage n’allait durer que quelques jours, mais assez pour frapper mon imagination. Tout ce qui se révélait à nous ! L’immensité. Cette profusion d’oiseaux."[34]

 La Camargue, avec ses espaces de transition entre terre et eau, entre eaux douces et salées, devient sa terre d’élection. Pour vraiment comprendre la nature, il va dépasser le cadre de l’ornithologie, connaître les actions et réactions entre les animaux et le milieu, reconnaître que les zones humides sont la clé de la biodiversité. Commence alors l’aventure de la Tour du Valat dont il acquiert le domaine en 1948. Il a 26 ans et s’y installe, laissant derrière lui le confort de la vie bâloise, avec l’illusion qu’il serait possible d’entreprendre à deux ou trois personnes l’étude d’un tel écosystème. Il fait construire un laboratoire susceptible d’accueillir plusieurs scientifiques, tout en procédant aux premiers baguages de poussins de flamants roses et en passant une thèse de doctorat en biologie à l’université de Bâle. En 1954, le centre de recherche est officiellement créé[35].

 Il faut résumer, tant est riche de réalisations son curriculum, tant sont variées les activités de Luc Hoffmann. Dès 1958, en collaboration avec l’Union internationale pour la conservation de la nature, il met en route le projet MAR (MARécages), première initiative internationale pour la conservation des zones humides. En 1961, il est cofondateur du WWF (World Wildlife Fund), dont il sera vice-président jusqu’en 1988. Directeur du Bureau international de recherches sur les oiseaux d’eau, le BIROE, il organise en 1962 la Conférence des Saintes-Maries-de-la-Mer, qui sera un tournant décisif dans la défense des zones humides. MAR se concrétisera en 1971 dans la Convention de Ramsar, un réseau international de zones humides qui réunit actuellement 158 nations. Les sauvetages de sites en péril se succèdent en Autriche, en Hongrie, en Afrique, en Asie, et sur le pourtour méditerranéen. Le Parc naturel régional de Camargue en 1971, ainsi que le Parc national de Doñana, à l’embouchure du Guadalquivir, furent certes rendus possibles grâce au patronat du WWF et à l’appui des gouvernements, mais non sans des apports financiers personnels et surtout le savoir-faire infatigable de Luc Hoffmann.

 Au cours des années 1950-60, l’impératif était : « protéger la nature contre l’homme », ce qui n’allait pas sans conflits avec les propriétaires locaux. Ce n’est qu’au début des années 1970 que s’imposa le concept de développement durable. Une réserve naturelle peut bel et bien constituer un avantage économique pour la région concernée. « Tout est lié. Tout interagit[36]. » En 1974, Luc Hoffmann crée la Fondation Tour du Valat pour l’étude et la conservation de la nature. Fondation scientifique privée pour une mission d’intérêt général, celle-ci œuvre pour une gestion durable des zones humides méditerranéennes, avec pour objectifs principaux d’arrêter leur dégradation, de les restaurer et de promouvoir leur utilisation rationnelle. Le domaine de la Tour du Valat s’étend sur 2 600 hectares, dont 1 900 classés en réserve naturelle. Actuellement, près de 60 salariés participent à sa mission[37]. C’est la réponse à un cri d’alarme : dans les années 1970, les terres cultivables et la zone industrielle de la Camargue avaient presque doublé de surface en un peu plus de 20 ans, alors qu’auparavant, cette expansion avait été lente et variée au long des millénaires. Au cours du xxe siècle, 50 à 70% des zones humides qui y existaient ont disparu[38]. Il s’agira de protéger la Camargue non sans ménager les intérêts économiques de sa population, un jeu d’équilibre subtil qui exigera beaucoup de pragmatisme, alors que les agriculteurs voient avec méfiance et parfois hostilité, se développer la station. À partir des années 1990, à travers l’initiative MedWet regroupant 26 pays, la Tour du Valat contribue à l’application concrète des principes de la Convention de Ramsar au pourtour méditerranéen, assurant le transfert de connaissances vers les différents acteurs des zones humides (voir annexe).

 Par le biais de la Fondation MAVA, créée en 1994, Luc Hoffmann assura à très long terme le financement de ses activités de conservation de la nature dans un rayon d’action comprenant le bassin méditerranéen (incluant en partie le centre de la Tour du Valat), la Suisse et l’arc alpin ainsi que la zone côtière de l’Afrique de l’Ouest. La Fondation MAVA consacre un 20% de son budget à d’autres initiatives, comme par exemple celle de la réintroduction en Mongolie des chevaux de Przewalski, en accordant à Claudia Feh, initiatrice du projet, le support logistique et scientifique nécessaire à sa réalisation[39].

 Du mariage de Luc Hoffmann avec Daria Razumovsky étaient nés quatre enfants : Vera en 1954, Maja en 1956, André en 1958 et Daschenka en 1960. Accueillant des chercheurs, collaborant avec le CNRS, attirant visiteurs scientifiques et élus intéressés, la Tour du Valat était devenue un petit village. Les effectifs augmentant, les enfants aussi, une école de la station et du domaine agricole devint nécessaire. Daria engagea donc une institutrice qui fut agréée par le Ministère.

 Luc Hoffmann est, lui aussi, possédé par le virus de l’art ; au travers de la fondation Emanuel Hoffmann, bien sûr, et en étant collectionneur lui-même. De nombreux artistes ont visité la Tour du Valat au cours des années. Toute dans la ligne de l’héritage maternel, sa Fondation Vincent Van Gogh, récemment inaugurée à Arles, fait dialoguer le grand maître du xixe siècle avec l’avant-garde[40]. La ville d’Arles, où Van Gogh produisit ses chefs d’œuvres les plus emblématiques, n’en avait aucun dans ses murs. C’est maintenant chose faite, d’une manière fort originale. Installée dans un complexe de bâtiments historiques du xve siècle, la fondation a signé un contrat avec le Musée Van Gogh d’Amsterdam, qui lui garantit sur le moyen terme des rotations de prêts comprenant chacune plusieurs tableaux du maître. La confrontation avec les regards d’artistes contemporains prolonge le projet de l’Association Van Gogh d’Arles initié par Yolande Clergue, l’épouse du grand photographe et fondateur des Rencontres photographiques d’Arles[41].

 

Maja Hoffmann, la bâtisseuse

 Madame Maja Hoffmann, fille de Luc Hoffmann et petite-fille de Maja Sacher-Stehlin, est vice-présidente de la fondation Emanuel Hoffmann. Elle a fréquenté les bancs d’école à la Tour du Valat puis à Arles avant de rejoindre la Suisse, Paris, New York et Londres. Sa fondation LUMA, créée en 2004 et dont le siège est à Zurich, soutient…

 …des projets dans le domaine de l’art et de l’image, de l’édition, des documentaires et du multimédia. Elle est également spécialisée dans des projets intégrant l’environnement, l’éducation et la culture dans ce qu’elle a de plus large et de plus innovant, créant ainsi un dialogue fructueux entre des domaines qui ne se rencontrent pas toujours aisément.

 Inscrivant leur action dans des partenariats au long cours, Maja Hoffmann et la fondation LUMA ont soutenu depuis 2002 le programme Raum parallell de la Kunsthalle Zurich et le festival des Rencontres photographiques d’Arles avec en particulier le Prix Découverte[42]. Depuis l’installation de Maja en 2009 à Londres, où elle passe une partie de son temps avec sa famille, la fondation soutient les programmes d’expositions, et notamment les programmes de films des galeries de la Serpentine[43] ou de la Tate, pour n’en citer que quelques-uns.

 Le réseau de la fondation LUMA est étendu et international. Dès 2006, celle-ci ne se contente pas de collectionner des œuvres existantes pour les posséder et les exposer dans un seul lieu. Elle se définit en tant que productrice d’œuvres et de projets en collaboration avec des artistes ou en partenariat avec d’autres institutions artistiques. Ainsi furent coproduits des projets tels que la Library of water de Roni Horn en Islande avec Artangel[44], ou le Parliament of Reality de l’artiste danois Olafur Eliason sur le campus de l’université de Bard, dans l’État de New York, tous deux avec une composante environnementale. LUMA&, une branche de LUMA établie en 2010, est aussi productrice de Elévation 1049, une biennale d’art contemporain dont la première édition a eu lieu dans les montagnes suisses du Sanenland en janvier 2014.

 À la suite de longues et ardues négociations avec l’administration française, un autre chapitre s’ouvre pour la Fondation avec la création en 2013 du Fonds de dotation LUMA Arles qui rend possible l’acquisition de plusieurs hectares des anciens ateliers SNCF d’Arles pour y installer son projet de Parc des Ateliers…

 …tentative de penser et de créer un centre d’art et de recherche d’un genre nouveau. Comme une maison de production dont le format principal serait l’exposition. Parce que l’art contemporain se branche depuis le début de ce siècle à tous les autres domaines de recherche et d’enquête sur le monde, le Parc des Ateliers concevra son programme autour de ce format de l’exposition. Cela transparaîtra dans une école, un laboratoire, une résidence d’artistes, une bibliothèque, des archives, un cinéma, un jardin… Tous à la recherche d’une intelligence contemporaine[45].

 Ce projet artistique et urbanistique ambitieux comporte en son centre un bâtiment conçu par l’architecte américain Frank Gehry, auteur du musée Guggenheim de Bilbao et du Disney Hall de Los Angeles en collaboration avec un collectif de consultants artistiques internationaux connus pour l’originalité de leur travail, le core group de la Fondation LUMA pour Arles. Les travaux ont débuté en 2014 et chaque année verra la rénovation d’un des ateliers abandonnés de l’ancienne friche jusqu'à l’inauguration au printemps 2018 du nouveau bâtiment et du campus dans son intégralité. Le programme de préfiguration élaboré avec le core group a donné lieu à des expositions telles que Vers la Lune en passant par la Plage [46] ou Les chroniques de solaris[47]ou à des collaborations avec les Rencontres d’Arles.

 Toutes les actions de LUMA au sens large tendent vers un but : mettre en évidence que l’art contemporain n’est pas qu’une entreprise commerciale destinée à une audience réduite, mais une manifestation humaine dont on ne saurait se passer, un langage révélateur de l’état de notre société dans le monde actuel, et qu’il est temps de tout mettre en œuvre pour le sortir du rôle mineur dans lequel on le cantonne.

 Maja Hoffmann est, comme sa grand-mère, collectionneuse de l’art le plus actuel ; nul doute qu’elle en fera bénéficier, en résonnance avec son temps, le complexe culturel qu’elle est en train de mettre en place. À son invitation initiale, les éditions Actes Sud ainsi que l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) seront installées à proximité et le Festival de la photographie qui, le premier, a permis d’ouvrir ce site au public, encouragé à continuer d’y monter des expositions. Maja Hoffmann est aussi présidente de la Fondation Vincent Van Gogh Arles et de son conseil artistique.

 Je ne saurais clore ce survol de quatre générations sans évoquer Vera Michalski-Hoffmann, fille de Luc Hoffmann. Propriétaire de plusieurs maisons d’édition, elle a créé, tout récemment à Montricher, dans la campagne vaudoise au pied du Jura, la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature « afin de perpétuer la mémoire de [son mari] Jan Michalski disparu prématurément fin août 2002 et plus particulièrement son enthousiasme pour la création littéraire » selon ses propres termes. La fondation a pour vocation de soutenir la littérature en aidant les écrivains à réaliser leurs œuvres, tout simplement partant de la constatation que « très peu peuvent vivre de leur plume et le temps consacré à l’écriture est bien souvent du temps volé. L’idée de la fondation est donc de donner le coup de pouce nécessaire ». Ce soutien se manifeste par l’octroi d’aides financières, l’organisation d’événements littéraires, l’accueil en résidence d’écrivains et bien d’autres activités. Les bâtiments présentent une architecture audacieuse en pleine nature, abritant lieu d’exposition, bibliothèque et auditorium ouverts à tous. La bibliothèque (80 000 documents à terme), en chêne clair dans un dédale d'escaliers étroits, tout en hauteur, prête un cadre intimiste à une recherche studieuse et sereine. L’attribution du Prix Jan Michalski de littérature, lancé en 2010, distingue chaque année une œuvre exceptionnelle de la littérature mondiale[48].

 

Un mécénat traceur d’avenir

 Vous l’aurez compris, le cap suivi par cette famille continue à être de chercher, comme l’a si bien exprimé Emanuel Hoffmann, en visionnaire de ce qui allait suivre ; révéler des trésors qui ne sont pas immédiatement accessibles au public ; sauver une biodiversité mise en péril par une société aveugle ; bâtir afin de tracer l’avenir. Maja ‒ et, à travers elle, ses deux maris successifs Emanuel Hoffmann et Paul Sacher ‒ est le fondement d’un édifice culturel à peu d’autres comparable. Pour elle, ce n’était pas la propriété qui comptait, sinon l’expérience et la découverte de l’art.

 À l’issue de cette sommaire galerie de portraits, se dégagent les particularités propres au mécénat pratiqué par la famille Hoffmann. C’est d’abord une exemplaire continuité au fil des générations ; tous les descendants d’Emanuel et de Maja, ‒ aussi ceux qui ne sont pas explicitement mentionnés dans ce texte ‒, se sont impliqués et continuent à le faire, d’une manière ou d’une autre, dans les fondations de leurs aînés ou dans leurs propres œuvres de mécénat, tout en exerçant une activité professionnelle régulière. Tout s’imbrique. On ne se contente pas de léguer une collection ou un domaine, on gère la donation afin d’en assurer la pérennité et créer une dynamique « renouvelable », pour utiliser une expression très actuelle. La recherche de l’excellence en est le moteur essentiel, qui se traduit par la sollicitation de personnalités de tout premier plan pour la réalisation des projets, l’établissement de synergies avec les institutions de l’État, des collectivités territoriales, d’autres fondations et ONG internationales. C’est aussi l’amitié partagée avec les artistes, la générosité de l’accueil, l’audace des réalisations, quitte à oser paraître parfois un peu iconoclaste, comme avec l’impertinente et stimulante installation de Thomas Hirschhorn dans l’exposition inaugurale de la Fondation Vincent Van Gogh à Arles[49]. La fortune que, selon un mot de Paul Sacher, « la vie leur a prêtée à terme », leur en a donné les moyens. En nos temps de disette budgétaire, ce ne sont pas nos édiles, quel que soit leur camp politique, qui s’en plaindront.

 Invité à s’exprimer lors de l’acte constitutif de la Fondation Emanuel Hoffmann en 1933, Jean Arp avait prononcé ces paroles qui n’ont rien perdu de leur validité : « Il dépend de l’amour d’une douzaine de personnes qu’un art nouveau puisse subsister ou qu’il périsse[50]. » Près de six décennies plus tard, questionné sur son jugement de valeur des œuvres rassemblées par Maja Sacher au Schönenberg, Jean Tinguely avait écrit de sa grosse écriture quasi enfantine : « Sa collection est pur amour[51]. » Cela résume tout.

 

Remerciements

 L’auteur souhaite témoigner sa gratitude à Monsieur Luc Hoffmann qui lui a accordé un long entretien à sa résidence de la Tour du Valat et a bien voulu mettre ses photos d’archives à sa disposition. Ses remerciements s’adressent également à mesdames Maja Hoffmann et Maja Oeri qui, après relecture de son texte, lui ont apporté des précisions sur leur famille et leurs activités.

 Post-scriptum

 Monsieur Luc Hoffmann s’est éteint le 21 juillet 2016 dans sa résidence de la Tour du Valat à l’âge de 93 ans. Sous l’égide de l’équipe scientifique de la Tour du Valat, un vibrant hommage réunissant sa famille, des représentants d’ONG internationales – dont le WWF –, des élus et des personnalités du monde de la culture, lui a été rendu sur les lieux-mêmes de l’institution qu’il a créée et à laquelle il a consacré toute sa vie.

 

 ANNEXES

 

Fritz HOFFMANN (1868 -1920) ép. Adèle LA ROCHE (1876 - 1938)

 

 

 

 

 

 

 

Emanuel HOFFMANN

(1896-1932)

                    ép. Maja STEHLIN    ‒   ép Paul SACHER

                       (1896-1989)           (1906-1999)

Alfred HOFFMANN

(°1898)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Andreas HOFFMANN

(1922-1933)

 

Lukas HOFFMANN

(1923-2016)

ép. Daria RAZUMOVSKY

|

Vera HOFFMANN ép. MICHALSKI

(°1954)

Maja HOFFMANN

(°1956)

André HOFFMANN

(°1958)

Daschenka HOFFMANN

(°1960)

 

Vera HOFFMANN

(1924-2003)

ép. Jakob OERI

(1920-2006)

|

Andreas OERI

(°1949)

Sabine OERI ép DUSCHMALÉ

(°1950)

Catherine OERI ép KESSLER

(°1951)

Béatrice OERI

(°1954)

Maja OERI

(°1955)

 

               

 

Tableau 1. Les quatre générations de la famille Hoffmann mentionnées dans le texte.

 

Peu avant la clôture de rédaction nous est parvenue cette information :

 La Tour du Valat s'est vu décerner mercredi 3 juin 2015 le prix du mérite Ramsar pour la conservation des zones humides, à l'occasion de la 12e Conférence des parties contractantes de la Convention à Punta del Este (Uruguay).

 Le prix du mérite décerné par la Convention de Ramsar à la Tour du Valat et remis à son directeur général, Jean Jalbert, vient récompenser soixante ans de recherche et d'action pour l'étude, la gestion et la préservation des zones humides méditerranéennes. C'est également la reconnaissance d'une aventure humaine hors du commun depuis la création en Camargue, en 1954 par Luc Hoffmann de ce centre de recherche qui a vu se succéder plusieurs générations de chercheurs de toutes nationalités, passionnés par les zones humides et leur richesse. La Tour du Valat est notamment à l'origine de la Convention de Ramsar, puis a joué un rôle déterminant dans la création de l'initiative MedWet en 1991, et a activement contribué à la mise en œuvre des principes de la Convention Ramsar dans le bassin méditerranéen. Elle est également très présente et active lors de cette 12e Conférence des parties, via des travaux sur les projets de résolution, la participation à de nombreux événements dans le cadre de « l'Agora méditerranéenne », ainsi que la diffusion des résultats de l'Observatoire des zones humides méditerranéennes.[52]

 

[1] Bieri, Alexander L., Aus Tradition der Zeit voraus, Basel, 2008, éd. Historisches Archiv Roche, F. Hoffmann-La Roche AG. On peut aussi consulter sur le net : Bieri, Alexander L., Traditionally Ahead of Our Time ‒ Roche, Basel, 2008, Roche Historical Archive, F. Hoffmann-La Roche Ltd, Basel URL : http://www.roche.com/dam/jcr:34e01314-7411-411e-83e1-2fbc83cc3272/en/histb2016_e.pdf  .

[2] Baier, Eric et al., « Essai sur le capitalisme suisse », in Domaine public, cahier spécial tenant lieu des N° 125-126-127, Lausanne, février 1970, p. 25-30.

[3] Silberstein, Jil etHoffmann, Luc, Luc Hoffmann, l’homme qui s’obstine à préserver la terre. Entretiens avec Jil Silberstein, Paris, Phebus, 2008, p. 14.

[4] Hahnloser, Margrit, « Maja Sacher », p. 23-25, in Hahnloser, Margrit (Hrsg.), Briefe von Jean Tinguely an Maja Sacher, Wabern-Bern, Benteli Verlag und Dr. Paul Sacher, 1992.

[5] Erika Billeter, citée par Margrit Hahnloser, « Maja Sacher », op. cit., p. 23.

[6] Berchtold, Alfred, Bâle et l’Europe, Une histoire culturelle, Éditions Payot Lausanne, Territoires, 2e édition revue et corrigée, Lausanne, 1991, t. II, p. 779.

[7] Billeter, Erika, Leben mit Zeitgenossen, Die Sammlung der Emanuel Hoffmann-Stiftung, Mid-Century Modern Art Collection, Basel, Emanuel Hoffmann-Stiftung éd., 1980catalogue d’exposition), p. 13.

[8] Geelhaar, Christian, « Bejahung der Gegenwart und Zuversicht auf die Zukunft. Zur Geschichte der Emanuel Hoffmann-Stiftung », in Emanuel Hoffmann-Stiftung, Maja Oeri, Theodora Vischer (Hrsg.), Emanuel Hoffmann-Stiftung Basel, Stuttgart, Wiese Verlag, 1991, p. 9-35 (traduction de l’allemand JM).

[9] Silberstein, Jil etHoffmann, Luc, op. cit., p. 18.

[10] Berchtold, Alfred, op. cit., p. 780.

[11] Hahnloser, Margrit, « Maja Sacher », op. cit., p. 24 et note 6, p. 51. Texte original de l’acte fondateur de 1933, cité dans le catalogue d’exposition, Meyer, Franz (dir.), Die Sammlung der Emanuel Hoffmann-Stiftung, Kunstmuseum Basel, 7. Nov. 1970 – 24 Jan. 1971, p. 8 : « Die Hoffmann-Stiftung sammelt Werke von Künstlern, die sich neuer, in die Zukunft weisender, von der jeweiligen Gegenwart noch nicht allgemein verstandener Ausdrucksmittel bedienen. »

[12] Silberstein, Jil etHoffmann, Luc, op. cit., p. 21.

[13] C’est le docteur Emil Christoph Barrell, successeur de Fritz Hoffmann à la tête de l’entreprise, qui initia Paul Sacher aux particularités de l’industrie pharmaceutique.

[14] La Société internationale pour la musique contemporaine, SIMC (en allemand IGNM, Internationale Gesellschaft für neue Musik), fondée en 1922, est la plus ancienne organisation faîtière pour la promotion de la création musicale contemporaine.

[15] Hänggi-Stampfli, Sabine, et al., « Basler Kammerorchester », dans Paul Sacher Stiftung, Basel, Paul Sacher Stiftung éd., URL : https://www.paul-sacher-stiftung.ch/de/home.html  . Ce site, également consultable en langue anglaise, contient toute la documentation désirable sur la Fondation Paul-Sacher, ses collections et ses activités, notamment sur le  BKO (cliquer sur <Sammlungen> puis <Basler Kammerorchester>.

[16] Conrad Beck, Luciano Berio, Pierre Boulez, Benjamin Britten, Henri Dutilleux, Wolfgang Fortner, Alberto Ginastera, Cristóbal Halffter, Hans Werner Henze, Heinz Holliger, Klaus Huber et Witold Lutosławski.

[17] Sacher, Paul, « Dank an Maja », in Hahnloser, Margrit (Hrsg.), op. cit., p. 10-12. (traduction de l’allemand JM).

[18] Fuchss, Werner, Béla Bartók en Suisse, Payot Lausanne, Collection « Les Musiciens », Lausanne, 1975, p. 70-72.

[19] Fuchss, Werner, Paderewski. Reflets de sa vie,Tribune éditions, Genève, 1981, p. 252.

[20] Les Lettres de Jean Tinguely à Maja Sacher ont été réunies par l’historienne de l’art Margrit Hahnloser en une édition critique admirablement documentée. Hahnloser, Margrit, (Hrsg.), Briefe von Jean Tinguely an Maja Sacher, Wabern-Bern, Benteli Verlag, 1992. Elles sont actuellement déposées au Musée Tinguely à Bâle.

[21] Témoignage de Mme Maja Oeri.

[22] Hahnloser, Margrit, « Kunstwerke für Hoffmann-La Roche », in Hahnloser, Margrit (Hrsg.), op. cit., p. 28-30.

[23] Ibid., p. 30. Voir aussi Bezzola, Leonardo et al., Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle, Stravinsky-Brunnen Paris, Benteli Verlag, Bern, 1983, 144 p., préface de Pierre Boulez, avec des contributions de Franz Meyer, Pontus Hultén, Jacques Chirac, Stefanie Poley.

[24] Boehm, Gottfried, Mosch, Ulrich und Schmidt, Katharina (Hrsg.), Canto d’Amore, Klassische Moderne in Musik und bildender Kunst 1914-1935, Öffentliche Kunstsammlung Basel/Kunstmuseum, Paul Sacher Stiftung Basel éd., 1996, Ausstellungskatalog, 534 p. Version française : Canto d’Amore, Modernité et classicisme dans la musique et les beaux-arts entre 1914 et 1935, Paris, Flammarion.

[25] Billeter, Erika, op. cit., p. 8 (traduction de l’allemand JM).

[26] Voir Hahnloser, Margrit, « Auf dem Schönenberg und in Basel », in Hahnloser, Margrit, op. cit., p. 32.

[27] Le Museum für Gegenwartskunst est une réalisation conjointe de la Emanuel Hoffmann-Stiftung, de la Christoph Merian Stiftung (une fondation d’utilité publique ayant son siège à Bâle) et du canton de Bâle-Ville. Il est exploité par le Kunstmuseum de Bâle.

[28] Schibler, Thomas, « Oeri-[Hoffmann], Vera », in Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), url : http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F48760.php, version du 28.08.2009, consulté le 6.12.2013.

[29] Geelhaar, Christian, op. cit., p. 9-35 (traduction de l’allemand JM).

[30] Une information très complète sur le Schaulager peut être consultée sur son site officiel : Schaulager Münchenstein/Basel, Schaulager, kein Museum, kein traditionelles Lagerhaus. Schaulager – ein Ort, an dem man Kunst anders sieht und über Kunst anders denkt, New Identity Ltd., Basel, © Schaulager 2009. www.schaulager.org/de/ ou  www.schaulager.org/en/ .

[31] Ceux-là mêmes qui réalisèrent la reconversion des bâtiments abritant la Tate Modern de Londres, ouverte en 2000.

[32] Dont deux sont des étages d’exposition et les trois autres des surfaces de dépôt pour la collection.

[33] Lukas Hoffmann avait adopté le prénom français après avoir pris résidence en France à la fin des années quarante.

[34] Silberstein, Jil et Hoffmann, Luc, op. cit., p. 34.

[35] Sur la réserve naturelle volontaire de la Tour du Valat, voir : Picon, Bernard, « La Camargue contemporaine : une complexité héritée », in Rouquette, Jean-Maurice, dir., Arles, histoire, territoires et cultures, Paris, Imprimerie nationale Éditions, 2008, p. 1167.

[36] Silberstein, Jil et Hoffmann, Luc, op. cit., p. 87-88.

[37] Ibid., p. 126. Sur les activités et programmes de recherches actuels, voir : Tour du Valat, Centre de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes, Le Sambuc, 13200 Arles, rapport d’activités 2012. Consulter aussi son site internet sous www.tourduvalat.org .

[38] Silberstein, Jil et Hoffmann, Luc, op. cit., p. 39 et 57.

[39] Ibid., p. 164-166.

[40] Fondation Vincent Van Gogh Arles, Van Gogh live ! : Inauguration, Analogue éd., Arles, 2014, 224 p. Ouvrage paru à l’occasion de l’exposition inaugurale de la Fondation Vincent van Gogh Arles.

[41] Hoffmann, Luc, « De l’Association à la Fondation Vincent van Gogh Arles », dans ibid., p. 23-25. Voir aussi dans le même ouvrage la préface de Maja Hoffmann, présidente du conseil artistique, p. 27-29, ainsi que de l’historienne de l’art Bice Curiger, directrice de la fondation « Van Gogh Live ! ‒ Introduction », p. 31-38.

[42] Le prix Découverte desRencontres d’Arles récompense un photographe ou un artiste utilisant la photographie dont le travail a été récemment découvert ou mérite de l’être sur le plan international.

[43] La Serpentine Gallery est une galerie d’expositions temporaires installée au cœur des jardins de Kensington, près de la rivière Serpentine, à Londres. L’art contemporain (sculptures, peintures, installations, vidéos) y est à l’honneur.

[44] La Library of Water est un projet à long terme conçu par l’artiste américain Roni Horn et dirigé par l’organisme de productions Artangel dans une ancienne librairie dans la cité côtière de Stykkishólmer en Islande.

[45] Hoffmann, Maja, et al., Le Parc des ateliers à Arles, Journal N° 1, été 2013, Fondation LUMA, Zurich, London, New York.

[46] Sous ce titre sonnant comme une invitation à un voyage vers la lune en passant par la plage, fut réalisée une exposition réunissant, durant quatre jours en juillet 2012 dans les arènes d’Arles, une vingtaine d’artistes de renommée internationale.

[47] Exposition rassemblant dans le Parc des Ateliers à Arles, durant six mois en 2014, un groupe d’artistes de renommée internationale autour du travail de l’architecte Frank Gehry.

[48] Bandle, Ann, « Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature », in Fondation Jan Michalski, Montricher (Suisse), 2013. URL : www.fondation-janmichalski.com.

[49] Falguières, Patricia, « Thomas Hirschhorn, Branchement Van Gogh », dans Van Gogh live ! : Inauguration, op. cit., p. 119-143.

[50] Billeter, Erika, op. cit., p. 44 ; citée et traduite par Berchtold, Alfred, op. cit., p. 784.

[51] « Ihre Sammlung ist reine Liebe ». Hahnloser, Margrit (Hrsg.), op. cit., p. 14.

[52] Plus d'informations : http://www.tourduvalat.org/fr/actualites/evenements/la_tour_du_valat_recompensee_par_un_prix_du_merite_ramsarLA  FAMILLE  HOFFMANN
OU  LE  MÉCÉNAT  SANS  FRONTIÈRES