ACTIVITÉS DE L'ACADÉMIE DE NÎMES

 

 

 

En conclusion du colloque :


D’une Rive à l’autre de la Méditerranée occidentale : hier, aujourd’hui et demain.

 

Nîmes. Les 16, 17 et 18 octobre 2017

 

 

Du 16 au 18 octobre, la commission "Arc méditerranéen" de l’Académie de Nîmes, (rapporteur Mme Hélène Deronne), associée aux Académies du Var et de Marseille, ainsi qu’à l’O.NG. Émir Abd el Kader et à la Fondation de la Casbah d’Alger, organisait avec le soutien de la Ville de Nîmes, de Nîmes Métropole, de la Région et du Département, un premier colloque, longuement préparé : D’une Rive à l’autre de la Méditerranée occidentale : hier, aujourd’hui et demain.

 

A l’issue la séance d’ouverture, la première journée fut consacrée à l’Émir Abd el Kader, son œuvre (principalement sa Lettre aux Français), son action et sa spiritualité interreligieuse.

 

La journée suivante permit d’analyser, de manière comparative et très large – du Moyen-Âge à nos jours et au travers des sciences exactes comme de la médecine ou de l’éthologie/écologie des milieux marins – l’évolution des sciences dans les pays méditerranéens.

 

Durant la dernière journée on s’intéressa au patrimoine artistique et architectural commun, avec une insistance particulière apportée à la Casbah d’Alger et  à la Médina de Tunis, ainsi qu’aux archives manuscrites et à leur circulation d’une rive à l’autre au fil de l’Histoire.

 

Au total, trois riches journées d’étude et de partage suivies par un public nombreux, attentif et présent dans les discussions, constituant d’excellents prolégomènes à de nouvelles rencontres, auxquelles devront être associés le Maroc et la Tunisie.

 

 

Allocution de Jean-Paul Meyrueis

Président de la Conférence nationale des Académies

 

Monsieur le préfet,

Monsieur le Sénateur-Maire,

Messieurs les présidents des Académies de Nîmes et de Marseille,

Messieurs le président de la fondation Abd el Kader de Genève,

Chers collègues, Mesdames, Messieurs.

C’est en tant que président de la Conférence Nationale des académies des sciences, Lettres et arts représentant, sous l’égide de l’institut de France, 32 académies et 1370 académiciens que je suis présent à ce colloque, organisé par l’Académie de Nîmes, soutenue par les Académies de Marseille et du Var.

Je voudrais tout d’abord adresser toutes mes félicitations à Madame Hélène Deronne, coordonnatrice du colloque. Contre vents et marées elle a conçu et mené à bien son projet malgré les nombreuses réticences qu’il suscitait. En ces périodes politiquement difficiles il est particulièrement courageux d’essayer de rapprocher les deux rives de la Méditerranée pour un dialogue constructif. Ces deux rives se rapprochent certes spontanément à l’échelle géologique, sous l’action de la remontée de la plaque africaine, mais il faudra quelques dizaines de Ma avant que la Méditerranée disparaisse. Ce qui laisse du temps au temps.

En dehors des quelques siècles de domination romaine sur les deux rives  de la Méditerranée, la mare nostrum a toujours été un espace de conflit.

Du 8e au 13esiècle l’empire musulman a régné sur ses rives à l’est, au sud et à l’ouest, de Samarcande à Saragosse…Ce colloque va nous donner une idée de ce que les arabes ont apporté à l’occident pendant cette longue période. Ils ont commencé par traduire les textes grecs et une partie des textes indiens. C’est grâce à eux que nous avons hérité de la médecine de Galien et des travaux d’Archimède et d’Aristote. Sur cette base ils ont fait progresser la médecine avec Avicenne, la philosophie et la médecine avec Averroès pour ne citer que les plus célèbres. Ils ont inventé l’algèbre, même si les chiffres dits arabes sont en réalité indiens, la trigonométrie et une partie de l’astronomie.

Mais pendant des siècles ils ont aussi apporté les raids sarrasins meurtriers sur les côtes et dans le sud de la France.

Au 19e siècle les choses se sont inversées et se fut la colonisation avec ses excès. Elle a cependant apporté aux arabes les connaissances et les progrès de la civilisation occidentale et presque fait disparaître les grandes endémies du continent africain.

Dans une optique de rapprochement le choix d’Abd el Kader est particulièrement judicieux. Symbole du combat contre le colonialisme il est à l’origine de l’état algérien. Philosophe et poète mystique il étudiait la géométrie et citait Platon… Pour la France de Louis Philippe et de Napoléon III il fut un modèle de combattant respecté de tous. Esprit tolérant et ouvert il fut libéré par la France après son incarcération à Toulon puis à Pau.  En Syrie il prit la défense des chrétiens d’Orient ce qui lui valut d’être décoré de la légion d’honneur et même décoré par le Vatican.

Je retiendrai de lui une phrase essentielle Si les musulmans et les chrétiens avaient voulu me prêter leur attention, j’aurais fait cesser leurs querelles. Ils seraient devenus extérieurement et intérieurement des frères.

Hélas le rendez- vous a été raté. La Méditerranée des trois religions s’achemine probablement vers la guerre des cultures. Il faudra beaucoup de colloques pour espérer l’arrêter. Celui qui s’ouvre va mettre en évidence ce que les arabes ont apporté à l’occident. S’il s’agit d’un dialogue le prochain devrait mettre l’accent sur ce que l’occident a apporté au monde arabe au-delà de la colonisation dont on ne peut que condamner les excès.

 

 

 

 Séance inaugurale

 

 

Auditorium du carré d'Art Jean-Bousquet