PUBLICATIONS DE L'ACADÉMIE D'AIX

 

 

Publication annuelle :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Publication exceptionnelle pour le centenaire du legs de Paul Arbaud, par lequel ce confrère a donné son Hôtel particulier, situé 2a rue du 4 septembre à l’Académie d’Aix : 


Huit études de fond sur la vie d’Aix à cette époque : le monde judiciaire et universitaire, les militaires, la vie religieuse, la vie mondaine, la vie économique, le monde des arts, complétées par des évocations de la vie quotidienne d’Aix et des commentaires de nombreux documents d’époque, souvent inédits.

 

 

 En collaboration avec le Planétarium Peiresc d’Aix-en-Provence a été édité en décembre 2015 un livre évoquant la personnalité hors du commun de cet humaniste aixois né en 1580 et mort en 1637.  Historien, épistolier, l’un des fondateurs de la Poste, scientifique et notamment astronome,  ami de Galilée, Descartes, Malherbe, Mersenne, Rubens…à découvrir ou redécouvrir !

 

 

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Quand les missionnaires de Provence investissaient le dortoir des carmélites

 

 Bertrand MORARD

Mars 2016

 

Peu d'académies ou de sociétés dites savantes peuvent s'enorgueillir de compter parmi leurs membres un saint, reconnu comme tel par l'Église catholique.

 Le 11 février 1808, Eugène de MAZENOD est reçu parmi les membres de la Société des Sciences et des Lettres de l'Agriculture et des Arts d'Aix. Il n'a pas encore vingt six ans. Il y siégera notamment aux cotés d'un certain MILLE (dont j'ignore le prénom), artiste peintre de son état.

 Au cours de l'année 2016, la congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée commémore le bicentenaire de sa fondation par cet académicien aixois. Ils étaient alors connus sous le vocable de "Missionnaires de Provence". Ils n'étaient qu'une poignée.

 J'aimerais, au cours de cette communication, retracer les premiers balbutiements de cette jeune troupe de quelques hommes passionnés, aujourd'hui au nombre de 3.800 répartis dans 65 pays.

 Les aixois connaissent la personnalité d'Eugène de MAZENOD devenu fondateur, évêque de Marseille et canonisé en 1995 par Jean-Paul II.

 Mon propos n'est pas de vous conter sa vie. Je n'en ai ni le temps, ni les compétences. Certains biographes mettent en évidence la profonde piété de cet enfant qui, dès son plus jeune âge, se précipitait vers le sein de sa nourrice bas-alpine en récitant un bénédicité !

 Son biographe le plus séduisant est sans conteste Monseigneur Jean LEFLON, Docteur es-lettres, professeur à l'Institut Catholique de Paris et maître de recherches au CNRS…. Également, Jozef PIERLOZ relate abondamment les premières années des missions. Plus récemment, des membres de la congrégation se sont attachés à décrypter sa correspondance (Yvon BAUDOUIN, Michel COURVOISIER, Frank SANTUCCI, Bernard DULLIER, Fabio CIARDI, Pawel ZAJAK,…).

 On ne peut cependant aborder ce sujet sans quelques rappels concernant la jeunesse et les premières années d'Eugène, son exil et son retour à Aix qui forgeront sa personnalité.

 L'ENFANCE ET l'EXIL

 Charles Antoine de MAZENOD, Président à mortier à la Cour des Comptes, résidait en son hôtel au n° 53 de l'actuel Cours Mirabeau. Il n'est pas allé bien loin (2, rue Papassaudi) chercher la dot de 120.000 livres que Thomas JOANNIS, professeur de médecine, réservait à sa fille Rose.

                                                                         

 

 

Tout sourit au jeune couple, entouré d'une douzaine de domestiques, jouissant de la fortune JOANNIS et de la respectabilité parlementaire.
Charles Joseph Eugène voit le jour dans l'hôtel familial le 1er août 1782. Il y vit entouré de l'affection familiale MAZENOD et JOANNIS et de celle de sa sœur, "Ninette", de trois ans sa cadette.
Eugène débutera sa scolarité au "Collège Royal Bourbon d'Aix des Prêtres de la Doctrine Chrétienne".
La période révolutionnaire met un terme à cet heureux temps.

Le 14 décembre 1790, après trois jours d'émeutes, la tête de LA ROQUETTE est piquée sur le bout d'une branche d'ormeau et plantée en face du Cercle Guion (actuel "Café des Deux Garçons") et de l'hôtel de Mazenod. Celle de PASCALIS, plantée sur une pique, est promenée par la foule pendant trois heures sur la route de Marseille.

Dans la soirée, le chevalier de GUIRAMAND, âgé de 77 ans, est arrêté à la bastide de Valbriant près de Meyreuil et conduit à Aix par des paysans armés. Arrivé à Aix il est finalement pendu sur le Cours.

Le 26 janvier 1791, le Président de MAZENOD, qui devait être le quatrième supplicié, n'est plus à Aix pour répondre des charges dont il est poursuivi.

Il se rendit à Nice, qui se trouvait à cette époque sous la suzeraineté du roi de Piémont-Sardaigne. Le 31 mars Eugène quitte Aix, accompagné de son oncle Charles Louis, capitaine de vaisseau, pour rejoindre son père.

 Après cinq mois, la famille de MAZENOD (femmes comprises) gagne Turin. Eugène y sera scolarisé au "Collège Royal des Nobles", dirigé par les Barnabites. L’approche de l’armée française inspira une vive terreur à tous les émigrés et le 2 mai 1794, les MAZENOD, à l’exemple de tant d’autres, quittèrent la capitale du Piémont pour aller se fixer à Venise. Le voyage s'opère sur un coche d'eau au prix de 15 livres pour les laïcs et 12 livres pour les ecclésiastiques. Après 12 jours de voyage l'embarcation entrait dans les lagunes.

 Après avoir vainement cherché un logis ils durent passer deux nuits dans leur barque. Heureusement, un flibustier, soi-disant officier autrichien, mais en réalité chanteur de rue, qu'ils avaient ramassé en route et transporté gracieusement, leur découvrit près de la place Saint-Marc, chez le cafetier Domenico PANTANELLI, deux chambres où "nous patientâmes un mois, entassés tous les onze" écrit Eugène.

 Eugène est désœuvré, il écrit dans ses mémoires :

Un jour je m'amusais à la fenêtre qui donnait en face de la maison de la famille ZINELLI, Don Bartoloparut de son côté, et m'adressant la parole, il me dit : "Monsieur Eugène, ne craignez-vous pas de perdre votre temps en baguenaudant ainsi à la fenêtre ?" – "Hélas, Monsieur, repris-je, c'est bien à regret, mais que puis-je faire ? Vous savez que, je suis étranger, et je n'ai pas un livre à ma disposition".

C'est là qu'il voulait en venir : "Qu'à cela ne tienne, mon cher enfant, vous me voyez ici précisément dans ma bibliothèque, où se trouvent beaucoup de livres latins, italiens, français même, si vous en voulez". - Je ne demande pas mieux, lui répliquai-je". A l'instant Don Bartolo détache la barre qui tenait les volets de la fenêtre, et y plaçant un livre dessus, il me le fait passer à travers la petite rue qui nous séparait. Le livre fut bientôt lu, car je lisais toujours avec avidité, et le lendemain mon père me conseilla d'aller le rendre, et de remercier Don Bartolo.

 Don Bartolo et son frère Don Pietro vont "prendre en main", pendant trois ans, l'éducation du jeune émigré. Eugène écrira plus tard dans son journal :

C’est ce prêtre, Don Bartolo, mort ensuite en odeur de sainteté, qui m’a instruit dans la religion et inspiré les sentiments de piété qui ont préservé ma jeunesse des écarts sur lesquels tant d’autres ont eu à gémir, faute d’avoir rencontré les mêmes secours.

 Il ajoute :

Furent jeté par un homme de Dieu dans mon âme, les fondements de religion et de piété.

 En 1795, Madame de MAZENOD et Ninette regagnent la France.

 Alors que Charles Antoine, pour subsister, se lançait dans de douteuses affaires de prêt à porter (qui périclitèrent très rapidement), les troupes françaises avançaient. Le 2 mai 1797, Bonaparte déclare la guerre à la Sérénissime.… Les MAZENOD parviennent à Naples, à l'hôtel du Chapeau Rouge, au soir du 1er janvier 1798, par voie maritime, après 51 jours de voyage, ponctués par la maladie du capitaine d'une mauvaise embarcation, des vents contraires, des escales improvisées et la crainte des pirates barbaresques qui laisseront s'échapper une prise sans grand intérêt…

LEFLON précise dans son ouvrage :

Ce chapeau n'était pas un chapeau de cardinal, ni l'hôtel un palace. Dans la Naples aux rues étroites sordides, grouillantes de ce temps,  M. de MAZENOD, par économie, avait du se rabattre sur une pension moins rutilante que son enseigne. Ce cadre, sans confort, d'une propreté douteuse, ne contribuait pas à le ragaillardir. Pour comble de bonheur, son piteux état d'infirmité obligea le président à garder toute une semaine la chambre et le lit. Enfermé  avec son père et son oncle durant des journées interminables, Eugène eut ainsi l'avant-goût de ce que lui réservait la capitale des Deux-Siciles ; sous le beau ciel de Naples, il connaîtrait les heures les plus sombres et les plus fastidieuses de son exil.

 Eugène écrira dans son journal d'exil :

Mon séjour à Naples fut pour moi une année accablante de la plus triste monotonie. Je n’avais plus mes bons amis ZINELLI, je n’avais plus une occupation obligée, de relations conformes à mes goûts et à mon inclination. Je puis dire que j’y perdis mon temps…

 Les ressources financières s'amenuisent. Les bijoux ont été vendus… Charles Antoine écrit le 9 janvier 1798 au Comte d'Antraigues qui l'a déjà secouru :

Vos bontés passées m’enhardissent à vous exposer ma situation en toute franchise. J’ai abjuré mon pays pour toujours. Je ne possède rien… Ma famille comprend 4 personnes, à savoir mes deux frères… mon fils et moi-même. En ramassant tout ce que nous possédons et au moyen de la plus stricte et de la plus rigide frugalité, tout ce qui reste suffit à pourvoir à notre maigre alimentation à partir d’aujourd’hui jusqu’à la fin de juillet. En plus de cela, durant le mois d’août, nous ferons face à rien et serons sans aucune ressource, quelle qu’elle soit. La misère et la plus abjecte indigence sont nos seules perspectives.

 Inexorablement les troupes françaises progressent… La cour de Naples fuit sur les vaisseaux de NELSON pour se rendre à Palerme. Sur un navire portugais les MAZENOD quittent précipitamment Naples le 3 janvier 1799. La Grosse Nanon, dernière domestique attachée au service des MAZENOD a quelque peine, sur une mer démontée, à se hisser sur le bord. Ils parviennent à Palerme le 6 janvier.

 C'est une nouvelle vie qui s'ouvre à lui. Eugène est accueilli par la duchesse de CANNIZZARO qui le traitera comme l'un de ses fils. Il va retrouver l'aisance, l'insouciance, une domesticité. Il s'autoproclame "Comte de MAZENOD". Les italiens l'appellent "Eccellenza". Il apprend enfin à monter à cheval, à tirer, à danser… Il écrit à  son père en octobre 1799 :

Je suis, mon cher papa, comme un coq en pâte. Un lit excellent, une chambre charmante, cabinet, etc., un valet de chambre à mes ordres, qui m’a battu mes habits ce matin (chose importante)… Ce matin en me levant, je me croyais au milieu des champs. Ma chambre a une vue charmante. Les maîtres et valets s’empressent de venir au devant de tout ce que je puis désirer.

Aux bons dîners, servis au palais des Cannizzaro, s’ajoutaient les fréquentes réceptions. Elles se prolongeaient tard dans la nuit et étaient souvent accompagnées de danses, de courses de chevaux et de différents jeux de hasard. Une réception que donna la duchesse au roi des Deux-Siciles coûta 500 onces d’or, ce qui aujourd’hui équivaut à plus de 70.000 €. Un tel étalement d’argent était le prix à payer pour bien figurer parmi les familles de la haute société palermitaine.

 

 

Ill y rencontre Marie-Amélie de Bourbon-Siciles, sa jumelle et fille du monarque, future épouse de Louis-Philippe, aux souvenirs de laquelle il se rappellera lorsqu'il deviendra évêque de Marseille.

De loin, Ninette lui fait reproche de la vie mondaine qu'il mène. LEFLON cite un courrier qu'elle adresse à son frère, le 26 octobre 1801 :

D'après ce que vous et votre ami écrivez sur la manière dont vous passez votre temps, il me paraît, mon cher, que vous ne vous amusez pas mal... Ne craignez-vous point de mener une vie trop dissipée ? Vous étiez autrefois fort pieux ; vous ne vouliez pas donner la main aux dames, excepté aux vieilles.

Les lois portées contre les émigrés ayant été abrogées par Napoléon, un traité de paix fut enfin signé à Florence, le 28 mars 1801, entre la France et les Deux-Siciles. Après un exil de douze ans, le 25 octobre 1802, Eugène de Mazenod, alors âgé de 20 ans, regagnait la France.

 RETOUR A AIX

 

A Marseille, personne ne l'attend au port… Eugène s'établit chez sa mère, rue Papassaudi. Il résidera également à Saint Laurent du Verdon, fief des MAZENOD, le temps de fuir la conscription.

Il s'immerge dans la vie mondaine aixoise. Il écrit à son père :

Nous nous amusons comme des rois. Nous courons après le plaisir, qui court plus vite que nous….

… comment suffire aux plaisirs que me présente la charmante ville d’Aix ? En outre de l’Odéon, que nous n’appelons plus Odéon mais Ceréle de Sextius, où nous nous réunissons deux fois la semaine pour chanter et danser, nous avons souvent des comédies. Mais que dis-je comédies, ce sont des opéra. Oui, nous nous sommes élevés jusque là !

Mlle Siméon, qui a épousé un général nommé De Launay et qui commande en ce moment à Aix, s’est logée dans la maison de Castellane où chaque vendredi elle reçoit toute la ville ; Mme de Forbin née St-Césaire reçoit tous les jours et particulièrement le samedi toute sa société, qui est composée de toute la ci-devant noblesse. Le dimanche on s’empresse d’aller, après le spectacle, danser au Cercle de Sextius,  qui se tient chez Regusse, oû toute la bonne compagnie des deux Ceti se rassemble. Le lundi Mme d’Arbaud-Jouques reçoit la même société que sa cousine de Forbin (par parenthèse, Mme de Jouques, pour compléter l’inépuisable bonheur de son mari, lui a donné dernièrement un beau garçon). Le mardi, spectacle ou, si l’on veut, chez Mme de Magalon qui reçoit tous les jours une très jolie société. Le mercredi on se garderait bien de manquer le concert, qui commence à 6 heures au cercle de Sextius ; le concert fini, les gens de bon sens font une partie, la jeunesse danse à outrance ; quand on a faim, on trouve à l’office de quoi manger en payant. Le jeudi, spectacle et les sociétés de tous les jours. Ajoutez aux interminables divertissements la comédie de société jouée par les Galliffet et consorts, tous les samedis, et plus fréquemment encore le carnaval. Faites un résumé de tout cela, et vous verrez qu’on finira à Aix par crever de plaisir. Vous saurez pourtant que, malgré toutes ses ressources, dont peut-être il n’y a pas dans la France une autre ville qui  puisse se vanter d’en tant réunir, il se trouve des jeunes gens qui prétendent que l’on s’ennuie à Aix. Je me fâche quelquefois à ce sujet. Ce n’est pas que je profite de tous ses agréments, car au contraire je suis celui qui les néglige le plus ; mais je veux que l’on rende justice à la ville ou que l’on convienne de bonne foi qu’en ne sait ce qu’on désire.

 Pour 54 Francs, il fait graver son portait. Il est pour le moins déçu du résultat ! Il écrit à son père :

                                                                                 

  Je suis furieux contre ce M. Chrétien qui, après avoir fait un dessein parfaitement ressemblant, en a tiré une gravure qui ne l’est presque pas. Je comptais qu’il me flatterait et il a eu le talent de m’enlaidir complètement. Il a établi de mon nez à ma bouche une distance monstrueuse, m’a obligeamment pourvu d’un menton de galoche, et a jugé à propos d’asseoir cette galoche sur un second menton. Le tout réuni forme un bas de visage d’une longueur démesurée et horriblement défectueux. Or vous saurez (car je suis piqué) que la distance qui se trouve entre mon nez et ma bouche est très fort dans les règles, que mon menton n’est point double et qu’il n’est aucunement pointu. Quand je reçus ces gravures de Paris, je fus tenté de les jeter au feu, mais comme on prétend que malgré tous les défauts on me reconnaît je vous en envoie une.

 

 Il en fera également usage pour trouver dans cette société bouillonnante une épouse digne de son rang. Pour plaire à sa mère, Eugène était prêt à épouser une jeune femme qui lui aurait permis d’assurer la fortune de la famille sur une base solide une fois de plus. Cela aurait été, en fait, un mariage dans le style de l’ancien régime dans lequel la richesse de la dot devait compenser l’absence d’amour ou d'affection et les déficiences des qualités personnelles  de la fiancée.

 On lui présente une demoiselle JAUFFRET "d'une figure agréable et la taille bien faite" qui lui apporterait 25.000 Francs. Elle décède prématurément. Un autre parti, avec 40.000 Francs s'offre à lui. Mais, c'est encore bien en dessous de ses prétentions. Il écrit à son père en janvier 1805 :

… Jugez comme tout cela me convenait : 40 000 francs à moi qui en veux au moins 150 000 francs… S'il  ne se présente jamais d'autres marchés que de pareils à celui-là, j'ai tout peur de mourir puceau.

 Il songe à regagner la Sicile.

 CONVERSION

 LEFLON évoque un "drame de conscience" qui germe vers 1803 pour atteindre toute sa force en 1805-1806. En décembre 1806, Eugène de MAZENOD intègre l'"Œuvre des Prisons d'Aix", résurgence de la Confrérie des Pénitents Blancs constituée à Aix en 1686. Eugène y dénonce les pratiques du boulanger, "la déplorable situation des prisonniers passagers", l'"irréligion de la part d'un grand nombre de prisonniers qui se dispensent d'assister à l'office divin".

 Cette expérience va révéler à Eugène les misères matérielles et morales qu'il ne soupçonnait pas. La souffrance des pauvres et des déshérités ont très vraisemblablement stimulé sa générosité à l'heure ou Dieu lui demandait le sacrifice de ses ambitions terrestres.

 Lorsque le Vendredi Saint de l’année 1807, alors qu’il est âgé de 25 ans, Eugène de MAZENOD se rend à l’office, il ne se doute pas qu’il va vivre le moment le plus décisif de sa vie. La croix du Christ est proposée à la vénération des fidèles. Il n’a jamais pensé ni réalisé que Celui qui y est cloué l’attend, les bras ouverts. Il écrira plus tard :

Puis-je oublier les larmes amères que la vue de la croix fit couler de mes yeux un Vendredi saint ? Ah ! Qu’elles partaient du cœur. Rien ne put en arrêter le cours.

 Le 12 octobre 1808, il a 26 ans, il se présente au séminaire Saint-Sulpice de Paris où il mène une vie austère, et participe bientôt à la résistance de Monsieur EMERY à l'Empereur excommunié. MAURY (archevêque concordataire de Paris en 1810) est un intrus, il ira donc se faire ordonner prêtre, le 21 décembre 1811, par un ami de sa famille, Monseigneur de DEMANDOLX, évêque d'Amiens, qui lui propose de le prendre comme vicaire-général. Mais il refuse pour être fidèle à sa résolution : évangéliser les petits et les pauvres de Provence.

 RETOUR à AIX

 Il revient à Aix au mois de novembre 1812. Quittant le ministère paroissial normal, il commence un service à la prison locale comme chapelain. Sa résolution, semble-t-il, arrange bien l'archevêque d'Aix, Monseigneur JAUFFRET, nommé par Napoléon en 1811, préoccupé de caser dans son diocèse cet aristocrate précédé d'une réputation, à vrai dire bien méritée, de personnel et fougueux. Elle stupéfie par contre sa mère qui l'héberge et tout son milieu de l'aristocratie aixoise.

 Cette stupéfaction atteint son paroxysme lorsqu'il monta en chaire, le premier dimanche de Carême, à six heures, à l'église de la Madeleine. C'est en provençal, pour être compris du petit peuple, qu'il prononce sa première instruction :

Domestiques, qu'êtes-vous selon le monde ? Une classe de gens esclaves de ceux qui vous paient, exposés au mépris, à l'injustice et, souvent même aux mauvais traitements des maîtres exigeants qui croient acheter le droit d'être injustes envers vous par le faible salaire qu'ils vous accordent.

Et il poursuit :
Venez maintenant apprendre de nous ce que vous êtes aux yeux de la foi. Pauvres de Jésus-Christ, affligés, malheureux, souffrants, infirmes, couverts d'ulcères. Vous tous que la misère accable, mes frères, mes chers frères, mes respectables frères, vous êtes les enfants de Dieu, les frères de Jésus-Christ, les cohéritiers de son royaume éternel, la portion choisie de son héritage.

 

Il excellait, dit-on, dans l'improvisation et se bornait à jeter sur le papier quelques notes, de sorte qu'aucun texte manuscrit ne nous est parvenu.

 LA CONGRÉGATION DE LA JEUNESSE

 Puis quelques semaines plus tard, le 25 avril 1813, il fondait la Congrégation de la Jeunesse Chrétienne à Aix, composée au début de sept garçons.

 Son but est clair. Il est exposé dans "L'introduction au journal des délibérations, lois et coutumes de la jeunesse chrétienne établie à Aix sous les auspices de la Très Sainte Vierge" :

Il n’est pas difficile de s’apercevoir que le dessein de l’impie Buonaparte et de son infâme gouvernement est de détruire entièrement la Religion Catholique dans les États qu’il a usurpés.

L’attachement du plus grand nombre des peuples opprimés à la foi de leurs Pères lui paraissant un obstacle pour la prompte exécution de l’exécrable projet qu’il a conçu comme devant être utile à son infernale politique, il semble s’être réduit à en attendre la réussite du temps et des moyens qu’il emploie, en attendant, pour parvenir à ses fins.

Celui de tous les moyens sur lequel il compte le plus, c’est de démoraliser la jeunesse.

Le succès de ses mesures est effrayant. Déjà la surface de la France est couverte de Lycées, d’Écoles Militaires et d’autres établissements où l’impiété est encouragée, les mauvaises mœurs pour le moins tolérées, le matérialisme inspiré et applaudi.

Toutes ces horribles écoles se peuplent de jeunes gens que l’avarice des parents sacrifie à l’appât d’une place gratuite ou d’une demi-bourse, à l’espérance d’un avancement qui n’est promis qu’aux adeptes. Les vides sont remplis par de malheureuses victimes que le tyran arrache impitoyablement du sein de leurs familles pour les forcer de boire à cette coupe empoisonnée où ils doivent trouver le germe de leur inévitable corruption. Déjà l’œuvre est en grande partie consommée. Un lycéen de 15 ans, un élève d’une école préparatoire, d’une école militaire, de l’École polytechnique, un page etc… sont autant d’impies dépravés qui ne laissent presque plus d’espoir à leur retour aux bonnes mœurs, aux bons principes religieux et politiques. Ils sont élevés à ne reconnaître d’autre Dieu que Napoléon. La volonté de cette nouvelle Providence qui leur promet impunité pour leurs vices, et avancement pour leur ambition, est l’unique règle de leur conduite, l’unique mobile de toutes leurs actions. Aussi les voit-on au moindre signe de leur Idole voler où sa voix les appelle, disposés à commettre tous les crimes qu’il plaira d’exiger de leur sacrilège dévouement.

Ce tableau est effrayant, mais il est vrai, et je pourrais le rembrunir encore sans crainte d’être taxé d’exagération. Outre ce qui est sensible à tous les yeux et qui peut être aperçu de tout le monde, j’ai par devers moi mille preuves de ce que j’avance.

Le mal est à son comble et nous marchons à grands pas vers une dissolution totale si Dieu ne vient pas au plus tôt à notre secours, car l’exemple à gagné parmi la jeunesse, parmi ceux mêmes qui vivent sous les yeux de leurs parents, et on ne voit que trop souvent l’impiété forcenée du fils faire un effrayant contraste avec les principes du père dont l’impuissante autorité, ou la coupable faiblesse est obligée de céder et souvent même de conniver à ses désordres et à son apostasie. Mais comment déplorer assez la malheureuse rencontre qui devient tous les jours plus commune de jeunes pères élevés dans la Révolution, qui ne valent pas mieux que leurs fils élevés par Buonaparte.

Fallait-il, triste spectateur de ce déluge de maux, se contenter de gémir en silence sans y apporter aucun remède ? Non certes ! et dussé-je être persécuté, dussé-je échouer dans la sainte entreprise d’opposer une digue à ce torrent d’iniquité, du moins je n’aurai pas a me reprocher de ne l’avoir pas tenté. Mais quel moyen employer pour réussir dans une aussi grande entreprise ? Point d’autres que celui que met en œuvre le séducteur lui-même. Il croit ne pouvoir parvenir à corrompre la France qu’en pervertissant la jeunesse, c’est vers elle qu’il dirige tous ses efforts. Eh bien ! ce sera aussi sur la jeunesse que je travaillerai, je tâcherai, j’essaierai de la préserver des malheurs dont elle est menacée, qu’elle éprouve déjà même en partie, en lui inspirant de bonne heure l’amour de la vertu, le respect pour la Religion, le goût pour la piété, l’horreur pour le vice.

 La Congrégation n’accueillait que les garçons. Pour être admis il fallait avoir reçu la Première Communion, donc avoir au moins 12 ans car c’était à cet âge-là qu’à l’époque on recevait ce sacrement. Néanmoins PIERLOZ dit que les garçons les plus jeunes avaient dix ans. De plus, vers 1815 a été créée une nouvelle section pour les aînés (dix-huit ans et plus).

 A cette congrégation dont il fit partie, le bâtonnier TAVERNIER, président de notre académie en 1885-1887, consacra une communication publiée à Aix en 1872.

 

 

    

 

Des liens étroits se nouent. C'est ainsi que TAVERNIER écrit :

Je l'aimais et le respectais comme un père ; il me chérissait comme un fils.

… Il répondait à mes lettres ce qu'au milieu de ses travaux évangéliques, sa pensée savait trouver de traits vifs, rapides et délicats, et ils étaient nombreux. Ses lettres sont de gracieux modèles de l'art épistolaire ; il est impossible d'exprimer, avec plus de goût et de naturel, des choses affectueuses et simples, et de les orner d'un style plus pur, plus correct et plus littéraire.

… A l'époque où je voulus donner à mes études de droit une sanction plus haute, en prenant dans la Faculté d'Aix le grade de docteur, c'est à lui que je dédiais la thèse que je présentais à mes juges et au public.

Lorsqu'au début de ma carrière dans le barreau d'Aix, je fis la première fois entendre ma voix devant la Cour d'Appel d'Aix, je le comptais au nombre des auditeurs bienveillants qui étaient venus encourager mon inexpérience.

… Enfin, lorsque son heure dernière approcha et qu'une si belle vie fut sur le point de finir, j'accourus à son lit de mort et je pus recevoir, avec ses adieux, le dernier mot et le dernier mouvement de son cœur.

 Le développement de la Congrégation était très dynamique. Déjà, à la fin de 1813, ils étaient 25 membres, 60 en 1814, 120 en 1815, 200 en 1816, aux alentours de 300 en 1817.

 Après le départ d'Eugène pour Marseille en 1823, la Congrégation de la Jeunesse Chrétienne d'Aix a commencé à diminuer, et elle a finalement disparu vers 1840.

 Ces jeunes se réunissaient régulièrement à L'Enclos, une propriété JOANNIS, proche de Notre Dame de La Seds. Alors qu’il était encore au séminaire Saint-Sulpice, il écrit à sa mère, le 6 mars 1809 :

Cet ermitage convient parfaitement à mes vues, lorsque je serai dans le ministère.

 Pour sa première équipe de missions paroissiales, il envisage de l’établir dans cette propriété de L’Enclos et de faire de l’église Notre-Dame de la Seds le centre de son établissement. Mais, comme il le dit à son ami Charles de FORBIN-JANSON :

Les religieuses du Saint-Sacrement, par un tour de passe-passe, me le soufflèrent poliment.

 LE CARMEL

 Avec la chute de Napoléon et le retour des BOURBONS sur le trône de France en 1814 s'ouvre une nouvelle période dans la vie politique et sociale ainsi que dans la vie de l’Église. Une étape caractérisée par la paix. C’en est fini, après plus de vingt ans, des guerres interminables et de la conscription. Pour l’Église, le temps qui s’ouvre est pense-t-on, un temps d’harmonie retrouvée. Après des régimes persécuteurs, l’Église de France retrouve un  Roi très chrétien. En quelques années, les séminaires vont se remplir, des congrégations nouvelles seront fondées par dizaines.

 L'ancien Carmel d'Aix constitue une opportunité d'implantation de l'œuvre d'Eugène au cœur de la ville. Cette maison, Cours Mirabeau, était, depuis 1628, la résidence des Carmélites, mais c’est seulement lors de la construction de l’église (1695-1701) que le bâtiment prit la forme qu’il a maintenant, un ensemble de quatre ailes en carré entourant une cour intérieure.

 

Plan du projet gravé par CUNDIER en 1692.


L’église attenante au monastère est l’œuvre de l’architecte Thomas Verrier, disciple et neveu de Pierre Puget. Elle est en croix grecque, surmontée d’une coupole ovale. Elle était ornée de stucs et de tableaux, un baldaquin recouvrait l’autel. Ces éléments de style baroque ont disparu après les diverses restaurations qu’a subies le bâtiment.

 Les Carmélites, alors au nombre de dix-huit, furent chassées par la Révolution en 1792 et leur couvent ainsi que le mobilier vendus comme biens nationaux à des particuliers de la ville d’Aix le 29 messidor an IV (17 juillet 1796).

 Après l’expulsion des Carmélites, l’église fut, pendant quelques années, transformée en temple de la Raison et ensuite abandonnée. Aussi Eugène de Mazenod peut-il écrire à son ami Charles de FORBIN-JANSON, le 23 octobre 1815 :

La toiture est délabrée..., il y pleut comme à la rue.

 Mais il a l’intention de la remettre en état :

Ne vaut-il pas mieux que l’office divin s’y fasse que de la voir servir d’entrepôt à tous les saltimbanques qui passent et de caserne aux soldats de toute nation ?

 A l'automne 1815, à 33 ans, il invite à se joindre à lui :

-  Auguste ICARD, âgé de 25 ans, vicaire de Lambesc, qui sera chassé de la congrégation dès 1816,

-  Pierre Nolasque MIE, âgé de 47 ans, vicaire à Salon de Provence,

-  François de Paule Henry TEMPIER, vicaire de Saint Cézaire, en Arles, alors âgé de 27 ans,

-  Sébastien DEBLIEU, également âgé de 27 ans, curé de Peynier,

-  Emmanuel Fréjus MAUNIER, veuf, âgé de 46 ans et prêtre depuis plus de 18 ans à Marseille.

 

 

 

 

TEMPIER

 

 

 

DEBLIEU

 Le 30 décembre 1815, (MOTET, Notaire à Aix), Eugène de MAZENOD acquiert pour le prix de 16.000 Francs, "tout droit de pot de vin et d'épingle compris", de Victoire GONTIER, veuve de Zacharie PASCAL, institutrice, le corps principal de l'ancien couvent des carmélites (ailes NORD, EST et SUD) que celle-ci avait acquis en janvier 1810 de Jacques GINEZY. La venderesse se réserve néanmoins la jouissance de l'essentiel du bien vendu pendant sept années pour l'exploitation de son pensionnat. Elle renoncera à cette réserve par acte du 12 mai 1816.

 Le 25 janvier 1816, MAZENOD, TEMPIER et ICARD investissent les lieux.

 Le 24 janvier 1831 Eugène de MAZENOD comptera  à Jean-Baptiste Vincent MILLE, supérieur du Noviciat de Billens, en Suisse, les premiers jours d'occupation des locaux qu'il avait acquis :

Je célèbre demain l’anniversaire du jour où, il y a seize ans, je quittais la maison maternelle pour aller m’établir à la mission. Le p. Tempier en avait pris possession quelques jours avant. Notre gîte n’était pas si magnifique que le château de Billens, et quelque dépourvus que vous soyez, nous l’étions encore davantage. Mon lit de sangle fut placé dans le petit passage qui conduit à la bibliothèque qui était alors une grande chambre servant de chambre à coucher au p. Tempier et à un autre qu’on ne nomme plus parmi nous ; c’était aussi notre salle de communauté. Une lampe formait tout notre bel éclairage et, quand il fallait se coucher, on la posait sur le seuil de la porte pour qu’elle servît aux trois.

La table qui ornait notre réfectoire était une planche à côté d’une autre, posées sur deux vieux tonneaux. Nous n’avons jamais eu le bonheur d’être si pauvres depuis que nous avons fait vœu de l’être. Nous préludions, sans nous en douter, à l’état parfait où nous vivons si imparfaitement. Mais je remarque, à dessein, cette espèce de dénuement très volontaire puisqu’il eût été facile de le faire cesser en faisant transporter tout ce qu’il fallait de chez ma mère, pour en déduire que le bon Dieu nous dirigeait dès lors, et vraiment, sans que nous y pensassions encore, vers les conseils évangéliques dont nous devions plus tard faire profession. C’est en les pratiquant que nous en avons connu le prix.
Je vous assure que nous n’avions rien perdu de notre gaieté ; au contraire, comme cette nouvelle manière de vivre formait un contraste assez frappant avec celle que nous venions de quitter, il nous arrivait souvent d’en rire de bien bon cœur.

 D'autres acquisitions viendront compléter celle initiale. La plus récente concerne celle faite par la Fondation de Mazenod de l'aile occidentale de l'ancien cloître le 4 juillet 2003 lors de la réalisation de l'opération Mazarin-Mirabeau, 48 et 52, Cours Mirabeau.

 

 1921

 

2003

 MISSIONNAIRES DE PROVENCE

 Le 25 janvier 1816, avec TEMPIER, MIE, DEBLIEU et ICARD, Eugène écrit aux vicaires généraux capitulaires d'Aix (le siège épiscopal est alors vacant) pour leur demander d'approuver la société missionnaire qu'ils ont convenu de constituer. Son but ? Il l'expose clairement : se consacrer aux missions des "petites villes et villages de Provence, qui ont presque entièrement perdu la foi, car les secours ordinaires du ministère paroissial ne suffisent pas à faire sortir de leur abrutissement ces peuples égarés".

 

La signature d'ICARD a été grossièrement masquée…

 Dans ses mémoires, dira-t-il plus tard, "mon intention, en me vouant au ministère des missions pour travailler surtout à l'instruction et à la conversion des âmes les plus abandonnées, avait été d'imiter l'exemple des apôtres dans leur vie de dévouement et d'abnégation".

 Dès le 29 janvier, les grands vicaires l'approuvent.

 Premières missions

 La préoccupation d'Eugène est d'évangéliser les pauvres de Provence. C'est pour cela qu'il a fondé sa petite compagnie, les Missionnaires de Provence, comme il les appelle, pour les distinguer des Missionnaires de France de son ami FORBIN-JANSON.

 La première mission a lieu à Pignans, dans le Var, en décembre 1815/janvier1816. ICARD semble avoir été associé à MIE.  Eugène écrit à FORBIN-JANSON :

Nous ne battons que d'une aile quoique deux de nos missionnaires ayant déjà fait des merveilles dans le bourg qu'ils viennent d'évangéliser, dix-huit cent personnes se sont approchées des sacrements. Tous les curés des environs les demandaient.

 Mais c'est, en fait, la mission de Grans, du 11 février au 17 mars 1816, qui est considérée comme la première de la société des Missionnaires de Provence, car tous les missionnaires, excepté le Père TEMPIER qui devait garder la maison, y prirent part.

 Il lui écrit le 24 février 1816 :

Il est absolument impossible que je vous écrive, mon bon frère et ami : nous n’avons pas le temps de manger, pas même celui de dormir.… Si j’entrais dans les détails, vous pleureriez d’attendrissement. Je vous regrette dix fois par jour : la religion était perdue dans ce pays sans la mission, elle triomphe. Si nous en crevons, je ne m’en plaindrai pas. Notre œuvre est indispensable, et elle ne pourra se soutenir que si nous sommes douze. Appelez donc des sujets par vos prières. Je regretterai toute ma vie que vous n’ayez pas été avec nous, mais Dieu vous tiendra compte de votre sacrifice.

Mille amitiés à tous nos grands et petits amis : je pense à eux tous les jours dans le saint sacrifice : qu’ils ne nous oublient pas.

Je vous embrasse de tout mon cœur comme mon frère chéri que vous êtes. Adieu, adieu.

 Les missions se succèdent, à Fuveau, à Eyguières, Marignane, Marseille, Aix,…

 Le Père COURVOISIER (Eugène de MAZENOD – "1816-1817 La première année des Missionnaire de Provence") insiste sur l'importance donnée aux confessions :

Un point cependant peut être souligné : le temps passé à confesser. « 28 heures de suite ! » Et il en sera souvent de même.

Par définition, on ignore presque tout de la manière dont ce sacrement était célébré. On peut penser que les missionnaires demandaient les aveux les plus complets possibles, surtout pour des pénitents qui s’étaient abstenus pendant plus de 25 ans. Qu’ils insistaient aussi sur une véritable contrition et un vrai ferme propos.

La prédication sur le péché et sur les menaces de l’enfer tenait à cette époque une grande place. Il semble aussi qu’on demandait habituellement aux pénitents de revenir plusieurs fois, avant de les absoudre. Et cependant les Missionnaires de Provence se virent assez souvent reprocher leur trop grande indulgence, voire leur laxisme…

 Ces premières missions furent essentiellement prêchées par les Pères de MAZENOD, DEBLIEU, MIE, TEMPIER et MAUNIER jusqu'en mars 1823. A cette date le fondateur donne sa dernière mission à Tallard et le Père TEMPIER au Lauzet.

 Sur les cinq premiers missionnaires de 1816, deux deviennent vicaires généraux en 1823, deux quittent la société pour rentrer dans leurs diocèses respectifs, et il ne restera des pionniers que le Père MIE. Entre-temps se seront joints progressivement à lui d'autres recrues, puisque, le 18 mars 1822, la société compte 14 prêtres, 15 novices et 2 candidats frères convers. Mais c'est pour la petite équipe de missionnaires une activité prodigieuse, puisqu'elle assure 50 missions, dont 40 sont connues de façon précise, et une dizaine d'une manière plus incertaine.

 

Charles-Fortuné de MAZENOD

                                                                                

C'est un véritable changement qui se produit en 1823. Les disciples remplacent les pionniers.
Le supérieur, devenu comme TEMPIER vicaire-général de son oncle Charles-Fortuné de MAZENOD, transfère sa communauté à Marseille. Il lui confie le grand séminaire et l'implante dès lors solidement dans le diocèse.

Léon XII approuve l'Institut le 17 février 1826
 
Désormais les Oblats de Marie-Immaculée, comme on les appelle, portent, à travers le monde entier, le message mûri par quelques provençaux passionnés …

Ce sont de nouvelles aventures !
    

Orientation Bibliographique

 

-  Jean LEFLON : "Eugène de Mazenod" – Plon – 1957 – 3 volumes.

-  RAMBERT : "Vie de Mgr Charles Joseph Eugène de Mazenod" – Mame – Tours – 1883 – 2 volumes.

"Conférence prononcée par Mgr Paul Poupard, recteur de l'Institut Catholique de Paris, au congrès d'Aix en Provence le 7 octobre 1975 à l'occasion de la béatification de Mgr de Mazenod" – Nouvelles de l'Institut Catholique de Paris 1975-1976.

"From the french revolution to the new evangelization" – Adam Mickiewicz – Faculty of Theology – Poznan 2012 – Collectif sous la direction de Pawel ZAJAC.

-  TAVERNIER (membre de l'Académie d'Aix) – "Charles Eugène de Mazenod" – Imprimerie ILLY – Aix – 1872.

-  Bernard TERLAY – "Les Communautés Religieuses sur le Cours à Aix" – Académie d'Aix – Communication du 18 mai 2010.

-  Jean-Marie ROUX – "Création des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée" – Deux Siècles d'Histoire d'Aix en Provence – Académie d'Aix Éditions – 2008.

"Dictionnaire Historique des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée – En France, aux temps du Fondateur" - Missionnaires OMI Rome 2004 – Collectif de l'Association d'Études et de Recherches Oblates, sous la direction de Frank SANTUCCI – Mises à jour sur le site omiworld.

-  Site de la Congrégation (Rome) : http://www.omiworld.org/.

-  Centre International Eugène de Mazenod (Aix) : http://www.centremazenod.org/ - voir notamment "Etudes – Mlichel COURVOISIER".

-  Province de France : http://www.oblatfrance.com/.

-  Eugène de Mazenod parle : http://www.eugenedemazenod.net/fra/.

-  Correspondance d'Eugène de MAZENOD à sa famille (plus de 600 lettres – 1802/1861).

 

 

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Réflexions d'un ancien chef d'établissement d'Enseignement catholique

 

Bernard MILLE

Président de l'Académies des Sciences, Agriculture, Arts et Belles-Lettres d'AIX

 

Lors de notre conférence nationale des Académies, réunie à Toulon en octobre 2016, l’invitation m’a été lancée de présenter les réflexions d’un ancien chef d’établissement d’Enseignement Catholique sur l’Institution qu’il a servie. Peut-être a-t-on pensé qu’un Provençal serait à même d’apporter un éclairage particulier sur cette composante de l’œuvre éducative nationale. Il est vrai que le sujet à aborder s’étalait à la une de la presse en 1984. A cette époque, des manifestations mobilisant, en un premier temps les provinciaux, sous la houlette d’un président marseillais de l’association nationale des Parents d’élèves de l’Enseignement catholique, connurent leur apogée sur les boulevards parisiens au point de déstabiliser le pouvoir en place qui l’avait un peu cherché. Depuis lors, on en entend moins parler, les médias n’ayant pas manqué d’imagination pour tenir en éveil auditeurs et téléspectateurs au moyen d’autres centres d’intérêt.

La France contemporaine qui affectionne les relectures du passé a tout de même une dette de reconnaissance, non encore exprimée, envers cette institution que nous désignerons par l’école catholique car elle a joué un rôle essentiel et exclusif durant des dizaines de siècles dans le domaine de l’enseignement et de l’éducation ce qui n’est pas négligeable.  Et même si au dix huitième les écrits et les actes des philosophes et révolutionnaires l’ont remise en cause, ses principaux détracteurs, à la reconnaissance parcimonieuse, en étaient issus, pour la plupart, comme Montesquieu, formé chez les Oratoriens, Diderot et Voltaire chez les bons pères jésuites, qui leur inculquèrent une culture enviable…ce que je ne manquais pas de rappeler à certains élèves qui se présentaient à l’oral du bac de français, en stigmatisant l’obscurantisme clérical certes, mais tout en négligeant tous les autres aspects des textes qu’ils avaient à commenter.

La séparation de l’Eglise et de l’Etat, matérialisée par la loi de 1905 qui avait clairement pour but d’éliminer l’influence de l’Eglise même si certains acteurs œuvrèrent avec modération dans ce sens, a transformé la donne. L’enseignement catholique a cependant conservé un espace dans la mission d’éducation nationale. La loi Debré et les aménagements qui l’ont suivie ont défini durablement sa place dans la société.

Si l’on dénombre aujourd’hui 2 000 000 de jeunes inscrits dans ses diverses unités scolaires sur 10 000 000 dans le public, l’on sait aussi que la moitié des élèves inscrits dans l’école publique a fréquenté à un moment ou un autre du cursus scolaire, un établissement de l’Enseignement catholique. Beaucoup de personnalités politiques de premier plan et de tous bords, ont accompli un détour par là, avec plus ou moins d’heureux effets! Ces échanges favorisent une plus grande tolérance.

L’enseignement catholique, en France, a évolué, puisqu’il a dû revêtir davantage un rôle missionnaire dans la mesure où il n’accueillait plus majoritairement une population catholique convaincue. L’approfondissement de la foi ne pouvait plus être le seul domaine de formation spirituelle, il fallait aussi envisager une annonce de celle-ci dans le respect de la riche diversité de la société accueillie. L’Académicien que je suis devenu, atteint comme tous ses confrères par l’un ou l’autre de ces maux qui traquent notre vieillesse, recourt régulièrement à un pilulier offert,  à son retour de Rome, par une ancienne élève musulmane et représentant sur son couvercle ovale et émaillé,  le château Saint Ange.

L’Eglise catholique qui a une grande expérience dans le domaine de l’enseignement et de l’éducation, à l’échelon international, sans grande concurrence d’ailleurs, même pas de la part de ses détracteurs, a l’habitude de ce genre de situation puisqu’elle a ouvert des écoles, très fréquentées, dans des pays où la communauté chrétienne est minoritaire. Le président Hafez el Assad n’avait-il pas été l’élève des jésuites!

La réputation prestigieuse de certains établissements, soutenue par leur taux de réussite aux examens et une certaine longévité, favorise leur recrutement. Ils ne doivent pas faire oublier la quantité d’autres évidemment implantés, pour la plupart, dans des zones correspondant à un ancrage chrétien ancestral. Il faut savoir qu’un certain nombre d’écoles ont été fondées par des congrégations religieuses ou des laïcs pieux et parfois bâties sur les terrains généreusement mis à disposition par des familles. Les équilibres budgétaires pouvaient d’ailleurs être assurés grâce aux donateurs qui savaient mettre la main à la poche de façon répétitive.

Ces mêmes congrégations enseignantes, aux effectifs en perte de vitesse ont dû passer le relais à des laïcs, dans un grand nombre de leurs établissements. Elles ont gardé ou retrouvé, en revenant aux commandes, quelques têtes de pont cependant plus nombreuses dans le secondaire que dans le primaire. 

Du fait que l’Etat, prend en charge le salaire des enseignants et le fonctionnement des établissements, les familles contribuent seulement à l’entretien des locaux et au financement des activités liées au caractère propre. Même si cette participation familiale n’est pas très importante, elle est réelle. Il va de soi que des facilités sont accordées aux personnes qui rencontrent des difficultés ou qui scolarisent plusieurs enfants.

Historiquement, la consigne était que la scolarité devait être gratuite, c’était le cas pour les jésuites, entre autres quand ils se sont lancés dans l’entreprise. Les religieuses et religieux ayant prononcé le vœu de pauvreté se contentaient de peu et permettaient d’accueillir, de ce fait, pour rien ou presque, les enfants qui fréquentaient leurs écoles. La population rurale féminine a ainsi bénéficié d’une éducation et d’une instruction grâce à l’activité des religieuses.  L’Eglise percevait alors la dîme, au moyen de laquelle elle éduquait les enfants, veillait sur les malades en Hôtel-Dieu, les orphelins et personnes âgées sans famille dans les hospices et gérait tout ce que l’Etat assume depuis et qui lui vaut encore le vocable d’Etat Providence, formule que la laïcisation galopante n’a pas encore gommée!

Une autre cause de la réduction des coûts tient au fait que les personnes qui s’impliquent dans les organismes de gestion chargés de contrôler les comptes sont des bénévoles recrutés parmi les parents ou anciens élèves des établissements. Il en est de même, d’ailleurs, au niveau du peuplement des diverses associations propriétaires qui avaient été constituées de telle manière que ne puisse se reproduire la confiscation par un nouveau pouvoir totalitaire des biens affectés à l’enseignement et qui ne furent jamais rendus. Ceux qui sont retournés à leur destination première ont été rachetés notamment pas des fidèles, comme ce fut le cas pour l’établissement que j’ai dirigé. A l’heure actuelle les congrégations et les diocèses reprennent de plus en plus le contrôle de ces dernières associations dans le but de pérenniser leur fonctionnement et leurs services.

Des efforts notables sont accomplis pour essayer d’ouvrir des établissements dans les quartiers nouveaux et là où l’Enseignement catholique ne dispose pas d’unités scolaires. Mais encore faut-il que le projet soit accueilli sur place et suscite un intérêt reconnu par la population puis bénéficie des autorisations administratives et des moyens suffisants pour sa réalisation.

Le pouvoir accordé au chef d’établissement qui ouvre, à sa nomination, l’unité scolaire qu’il préside et la ferme à son départ à la retraite ou en cas de démission ou de mutation lui permet une grande capacité d’action qui va favoriser le dynamisme tout en réduisant les délais pour les prises de décisions. Cette accélération administrative est à l’origine des expérimentations diverses qui sont tentées et qu’il assume. Il faut ajouter à cela une tradition d’innovations dans l’Enseignement catholique, liée à la diversité des expériences pédagogiques, pensées par les fondateurs d’ordre et les divers éducateurs inventifs qu’ils ont suscités. Il ne faut pas croire un seul instant, que le recours à l’imagination et même à la fantaisie est banni dans les communautés religieuses. De nombreuses trouvailles pédagogiques, récemment mises en scène à grand renfort de publicité, étaient pratiquées dans telle ou telle institution religieuse, il y a fort longtemps. Et on ne peut que se réjouir de ce remploi.

Paradoxalement, la notion de communauté éducative est aussi une des composantes de l’Enseignement catholique, essentielle à son existence. Elle assure une sorte de contrepoids à l’autorité du chef d’établissement qui est entouré, éclairé, conseillé. Une de mes anciennes élèves devenue surveillante dans l’établissement, l’avait souligné lors de la cessation de mes activités : « je suis très heureuse d’avoir pu faire partie de cette grande famille, à vos côtés ». Les nombreux bénévoles, évoqués précédemment, jouissent de par leur statut, d’une liberté plus grande et leur apport désintéressé est un élément enrichissant.

L’enseignement catholique, associé à l’enseignement public, a dû déployer une forte énergie pour répondre aux divers besoins de formation des maîtres, au début et tout au long de leur carrière. Parallèlement il était nécessaire et indispensable de tout mettre en œuvre pour que les règlements en vigueur soient respectés avec la mise aux normes des constructions, la mise à disposition de moyens pédagogiques adaptés, la mise en place d’outils pour la prospective. Ce dynamisme a donné naissance à une profusion d’organismes en charge de tous ces aspects, généralement dénommés par des sigles aux sonorités variables dont semblent se délecter les responsables mais qui ont engendré l’élaboration de glossaires pour en faciliter la lecture. Il ne faudrait pas que cette surenchère d’agitations détourne de l’essentiel.

Le but n’est pas de concurrencer l’Enseignement public dans le domaine de l’Enseignement, il le fait très bien. Lors de l’ouverture de l’Institut catholique de Paris en 1875, le cardinal Guibert, Oblat de Marie Immaculée, archevêque de Paris mais natif d’Aix-en-Provence, donnait à ses ouailles le modèle à suivre « user loyalement et pacifiquement du droit reconnu par la loi ; éviter toute hostilité, toute provocation, toute injustice à l’égard des maîtres honorables et savants qui enseignent dans d’autres chaires que les nôtres ; mais aussi donner à l’enseignement des nouvelles facultés le caractère grave et religieux qui répond aux besoins de notre société et aux vœux des familles ».

Le problème est en effet, ailleurs. Sur une feuille double qui circulait à peu près discrètement dans ma classe, en fin d’année, et qui me fut remise au terme de son cheminement camouflé, pour exprimer la reconnaissance des élèves, à leur professeur, une élève avait griffonné : « merci d’avoir incarné pour nous l’espoir » Julie.

Cette petite formule rappelle que l’attente des jeunes dépasse le cadre scolaire et qu’ils sont en quête d’un idéal, friands de propositions pour les aider à cheminer dans leur existence humaine.

Des textes fondamentaux reconnaissent la liberté des familles dans le domaine éducatif. Par exemple l'article 26 paragraphe 3 de la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 dispose que «  les parents ont par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants » et la Convention européenne des Droits de l’Homme définit le droit à l’instruction par l’article 2 du protocole additionnel : « Nul ne peut se voir refuser le droit à l’instruction. L’État, dans l’exercice des fonctions qu’il assumera dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement, respectera le droit des parents d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques. »

 

L’Eglise ne peut se soustraire à sa mission et se doit d’apporter son soutien aux familles dans cette œuvre. Sur le livre d’or que j’ai découvert lors de mon départ à la retraite, une famille avait tracé ces mots : « gratitude (à Monsieur le Directeur) pour l’œuvre accomplie auprès des enfants mais aussi auprès de tant de parents et tout cela pour élever l’homme, cette magnifique création vers le créateur» et une élève « merci pour les valeurs inculquées » Emilie.

L’état fait obligation à l’enseignement catholique d’accueillir, dans la mesure des places disponibles, tout élève qui en ferait la demande ; cela tombe fort bien car l’annonce de la Bonne Nouvelle de l’Evangile est destinée à tous, sans distinction. Ceci explique d’ailleurs la réticence des évêques parfois accusés de tiédeur quand des familles souhaiteraient que l’école catholique n’accueille que des enfants chrétiens alors que tous les autres ont droit de profiter du service. C’est cela la mission à laquelle tous sont appelés.

Et opportunément le message d’Espérance, porté par l’Institution, constitue une offre essentielle à une période marquée par la crainte et le pessimisme que génère une société sans repères. L’état essaie de répondre aux problèmes soulevés, au fur et à mesure qu’ils se présentent. Son domaine s’étend au gré des sollicitations dans l’espoir de dénouer ce qui peut l’être.  Assez étrangement, sa démarche va même jusqu‘à réintroduire une sorte d’inquisition lorsqu’il légifère pour condamner certaines pensées, certains propos, certaines intentions mais il manque une cohésion.  

La conception chrétienne de l’enseignement tout en développant la dimension spirituelle prend en compte la faiblesse humaine. Loin de se recroqueviller sur cette fragilité, elle incite l’être à la dépasser. Racheté par la mort puis la résurrection du Christ, le jeune ne doit pas perdre espoir car il ne sera jamais abandonné.

Voici de belles perspectives mais on entend dire aussi que les familles qui inscrivent leurs enfants dans l’Enseignement Catholique n’y viennent pas par conviction mais par commodité. Ce n’est pas faux, dans bien des cas, comme par exemple, pour éviter l’école de secteur considérée comme mal fréquentée. On comprend dans ces cas, la réaction des personnes qui déplorent l’aide de l’Etat apportée à un système dont le seul but serait de concurrencer l’Enseignement Public. Si l’Enseignement catholique n’accomplit pas sa mission spirituelle, il n’a plus sa raison d’être, c’est vrai. Mais cela ne signifie pas, pour autant, qu’une demande spirituelle n’est pas très souvent la motivation profonde de beaucoup de parents. Les confidences des familles, dans le bureau du chef d’établissement, au moment de l’inscription évidemment…mais aussi à l’issue du parcours scolaire et tout au long de celui-ci, laissent penser que rien n’est aussi radical qu’on pourrait l’imaginer. 

Les évêques de France, dont certains n’avaient pas placé leur priorité dans l’œuvre éducative accomplie par l’Enseignement catholique, ont pris conscience qu’il fallait défendre une qualité et ne pas tromper les familles sur la marchandise ! A l’image des supérieurs d’ordres religieux qui accomplissaient des audits dans leurs établissements pour évaluer la qualité du service proposé, ils ont institué des visites régulières dites de tutelle pour s’assurer de la fidélité des établissements à la mission dont ils sont investis.

C’est cet enthousiasme, cette confiance en l’homme, créature de Dieu que l’Enseignement catholique en France veut promouvoir d’où la démarche dans laquelle il a récemment entraîné tous les établissements d’Enseignement catholique et qu’il a résumée dans cette belle formule : « réenchanter l’école » !

 

« Réenchanter le "nous", en cherchant à aller plus loin que le seul “vivre ensemble”

Réenchanter les savoirs, en refusant de se résigner à leur perte de sens pour trop d’élèves

Réenchanter les possibles, en redonnant confiance en l’avenir et en notre capacité d’agir sur le réel Réenchanter la relation, en permettant à chacun de se sentir reconnu, compris et utile

Réenchanter notre rapport au monde, en développant une culture de l’engagement et de la responsabilité »

 

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